Chapitre 2

3 minutes de lecture

Jérémy éjacule sur ma cuisse. Je passe un coup de mouchoir pure pâte vierge. Ma peau rougit car je suis trop brutale. Sa chambre sent le gris. Il me parle de sa femme, qu’il l’aime, et que c’est compliqué, toutes ces histoires…

— Je t’aurais rencontré avant, je t'aurais épousé, il me souffle.

Je me lève pour remettre ma culotte. Le lit grince.

— Tu ne restes pas dîner ? On peut se prendre un Uber, un Deliveroo…

— Ça ira.

(ma pâtée Ouafix m’attends)

Je remets mon pantalon et pars. Je ne couche jamais nue, j’ai toujours mon haut sur moi, j’ai peur qu'on me morde les seins. Ma professeur de mathématiques a fait ça. Sa chambre avait l’odeur de la clope froide. Elle s’appelle Mireille. C’est la seule Mireille que j’ai connu.

Les nuits de février sont glaciales. Je jette le mouchoir sur le trottoir, il servira peut-être à la construction d’un nid pour oiseaux ; j’ai vu un documentaire sur ça, avec Benjamin. Je suis son amoureuse ; on se tient par la main et elle m’embrasse sur la joue. Elle m’appelle Jane et me promet le grand amour si je suis sage.

Je suis devant mon immeuble à trois étages. J’habite au rez-de-chaussée, première porte. Ma boîte aux lettres est vide. Je rentre manger ma pâtée. Elle est dans une assiette en porcelaine blanche, sur la table. Je mets mon nez dedans et la respire. Je salive.

Puis je me baffre.

À grandes bouchées, je bouffe et mâche. Les arômes de saumon m'explosent le nez, me piquent dans la gorge. La pâte s’écrase contre mon palais. La gelée coule sur mon visage. Je n’utilise que ma bouche. Peut-être que…

Un morceau de saumon glisse de mon menton et retombe dans l’assiette. Les mains tremblantes, je la prends et la pose sur le carrelage de ma cuisine.

(Comme quand j’étais petite…).

Je me mets à quatre pattes et fini le travail. Je me revois avec Loulou.

— Je suis répugnante.

Je me lave le visage à l’eau brûlante. Ma peau hurle. Je prends de l’eau dans ma bouche et la recrache. J’ai envie de pleurer quand je vois les morceaux tomber dans l’évier, alors je les ravale.

(il faut que je me lave)

Je me rue vers la salle de bain. Mon visage me tire. La douche est trop grande pour une personne, trop petite pour deux, parfaite pour une chienne. L’eau coule et je n'aime pas qu’on touche mes seins. Je ne me lave pas les seins. Je prends du gel douche à la vanille et me gargarise avec. Le shampooing tombe du porte-savon.

Mon portable sonne une fois, deux fois, six fois. Ça doit être Benjamin, c’est la seule à m’appeler. Elle ne sait pas pour Jérémy, ou peut-être que si, mais elle s’en fiche. Je reste prostrée dans la douche, je ne sais pas si j’ai envie de sortir. Dehors c’est dangereux : Loulou est morte écrasée. J’ai pleuré parce qu’il n’y aurait plus de pâtée ni de croquettes. Mes parents m’ont dit que ce n’est qu'une chienne, mais que je joue bien le deuil.

L’eau devient froide ; mes poils s’hérissent. Je me relève et dégouline, mes cheveux sont gras. La serviette est rêche contre ma peau. Je ne m’habille pas mais prends mon téléphone. Je traverse mon appartement décoré de petits cadres achetés sur Internet. Les gens et animaux pendus au mur ne sont pas de ma famille. On ne m’a jamais prise en photo, Benjamin veut me prendre en photo. Elle veut m’acheter des ensembles en dentelle parce que “Jane est une prostituée exemplaire”. Elle m’a dit qu’elle est la fille de Madame Claude, et qu’elle me vendrait au marché noir.

Ma chambre est une chambre. Il y a un panier dans le coin, pour le chat que je n’ai jamais eu. Je l’aurais appelé Pastèque ou Thérèse. Mon portable vibre : Benjamin m'a envoyé une photo.

image

j’ai réussi mon riz ^^

bissssssooooooouuuuuus ❤️❤️

Je me couche sur mon lit. Je ne connais pas l'odeur de ma chambre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire L'infâme Asticot ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0