2.3

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La pièce, grillagée comme les autres, ressemblait étrangement à une salle d’interrogatoire. Il y avait une table et deux chaises sur l’une desquelles on m’avait assise. Rien d’autre. J’attendis. Pas longtemps. J’aperçus Marie en compagnie de celui qui semblait être son bras droit, le même qui, quelques instants plus tôt, avait retiré le vingt troisième sachet.

— Bon qu’est-ce qui se passe avec ces foutus sachets ?

— On ne sait pas

— Comment ça, on ne sait pas ! Tu crois peut-être que c’est une réponse ?

— Le chimiste n’en sait rien lui-même.

— On en a perdu combien cette fois-ci ?

— Deux !

— Putain, ça fait chier. Et toi, on en est où de la livraison.

— On s’en occupe.

— Comment ça, on s’en occupe ?

— Cette histoire de sachets a tout désorganisé.

— Jahyan, débrouille-toi comme tu veux mais je t’en prie, fais le travail pour lequel je te paie. Bouge leurs putains de cul !

Marie s’éloigna, laissant Jahyan s’occuper des problèmes. Elle n’eut pas besoin d’ouvrir la porte, un garde le fit à sa place.

Elle s’assit et m’observa un moment.

— Alors comme ça, on s’enfuit ?

Elle sourit. Elle prit son portable et la posa sur la table.

— Paul ?

— Oui, qu’est-ce qui t’arrives.

Je pouvais entendre les questions et les réponses.

— Dis-moi, c’est quoi cette histoire avec cette fille ?

— Je la recherche. Il se peut qu’elle se débrouille pour quitter LB35.

— Pourquoi tu la recherches exactement ?

— C’est une saloperie. Elle est maligne. Si tu la vois, ne te fie pas à son air de Sainte Nitouche. Christian m’a volé de l’argent et elle m’a mis dans une position qui fragilise mes ambitions.

— Il t’a ruiné, mon pauvre chou.

— Le vol est rédhibitoire. Il fallait que je réagisse. Il est mort.

— Et tu crois que le meurtre est le meilleur moyen de se faire élire ?

— C’est la règle. On vole, on meurt. Une règle est faite pour être appliquée. C’est bien ce que je compte faire quand je serai élu.

— Eh bien, c’est pas demain, la veille.

— Inutile d’être sardonique. Je vois d’ici ton sourire en coin.

— Alors, tout ça pour ça, juste une question de morale.

— Si tu la vois, livre-la moi ! Je te le rendrai au centuple.

— Heureusement que je ne compte pas là-dessus.

Elle raccrocha.

— Que s’est il donc passé pour que Christian ait besoin de voler mon mari ?

— Je ne suis au courant de rien.

— Mouais, j’ai l’étrange impression qu’il y a autre chose entre vous. Quelque chose de plus essentiel, de plus vital, de plus fondamental.

— Si vous le dites !

Je regrettais aussitôt cette sortie.

Sous la provocation, on sentait la faiblesse de la forfanterie qui révélait l’indiscrétion de l’aveu.

— Vous savez je n’étais que la copine de Christian.

— Eh bien à partir de maintenant, tu seras la co-pine d’un tas de gens.

Elle se leva et sortit.

— Passez là au piston et mettez là au turbin. Un peu de trottoir pour commencer, histoire de la former.

— Ah non non non.

Deux mecs m’empoignèrent et m’immobilisèrent sur la table.

— Non, bordel, non !

Le troisième armé d’une seringue était prêt à enfoncer l’aiguille. Marie leva la main en signe d’apaisement.

— Tu es sure que tu n’as rien à me dire.

— Je ne vois pas de quoi vous parler, je ne sais rien des affaires de Christian.

— Comme tu voudras.

Marie s’éloigna.

— Attendez !

Marie s’arrêta,

  • je peux servir à autre chose.

prête à m’écouter.

— Je vais transporter la drogue.

Elle s’approcha.

— pour vous.

Elle fit un signe. On me mit debout.

— Qu’est-ce qui te fait penser que j’ai besoin de toi.

— Vous venez de perdre une mule et vous n’avez personne pour la remplacer.

— Paul a raison, tu es loin d’être idiote. Mais non, je vais trouver une autre solution.

— Vous n’avez pas le choix.

La gifle partit.

— Ne me dit jamais que je n’ai pas le choix, J’ai toujours le choix. Enfermez cette pute et qu’elle se taise.

— Vous n’avez plus le temps de tergiverser. Il faut livrer et je vous propose mes services.

Jahyan s’approcha de Marie, ils discutèrent un moment. Elle revint.

— Tu connais les risques.

— Oui. Les sachets se sont ouverts dans son estomac.

— Ah je vois, tu sais ça aussi.

— C’était pas bien difficile, j’étais aux premières loges.

— Eh bien c’est pour cela que je pense que tu mens quand tu prétends ne rien connaître au sujet des affaires de feu Christian.

— Vous êtes libre de penser ce que vous voulez.

— On est toujours aux premières loges dès lors qu’on partage un lit.

Je l’affrontai du regard.

— Tu n’as pas peur des flics ?

— Je vous ai dit que je le ferai.

— Mais bien sûr que tu vas le faire. Tu vas livrer la coke et au retour, si jamais tu reviens, je te colle sur le trottoir.

Elle s’éloigna.

— Préparez-là !

Jahyan la suivit.

— Elle va y rester, elle aussi.

— Eh bien bon débarras.

— Si elle meurt avant d’avoir livrer…

— Ecoute Jahyan, c’est toi qui as embauché ce chimiste de génie qui ne comprend rien à ce qu’il fait. Alors débrouille toi pour qu’elle arrive à bon port et livre à temps. On ne peut pas se permettre le moindre retard. Tu connais mieux que quiconque les enjeux de cette livraison. Et si elle crève tu pourras toujours te consoler en te persuadant que tu n’avais pas le choix.

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