Adieu
Il restait entre nous une lumière fragile, comme celle qui persiste après le coucher du soleil, quand le jour refuse encore de disparaître. Tu étais tout près, et pourtant déjà ailleurs, glissant doucement vers un endroit où je ne pouvais plus te suivre. Je voyais dans tes yeux une lueur qui vacillait, une hésitation qui tremblait au bord de tes cils, comme un secret trop lourd pour être confié.
Chaque geste que tu faisais semblait retenu, comme si tes mains avaient oublié le chemin des miennes. L’air vibrait encore de ta chaleur, mais elle s’éloignait, se dissipait, pareille à un parfum qu’on devine encore alors qu’il n’habite plus la pièce. J’aurais voulu tendre la main, effleurer ton bras, retenir ce qui s’échappait. Mais le silence entre nous était devenu trop dense, trop chargé de tout ce que nous n’avions pas su dire.
Je me suis contenté d’écouter ton souffle. Un souffle court, fragile, qui portait plus de vérité que n’importe quelle parole. Il disait l’envie, le doute, la fatigue, et ce renoncement discret qui s’installait dans la courbe de tes épaules.
Quand tu t’es éloigné, ce n’est pas ton absence qui m’a frappé en premier, mais l’espace que tu laissais derrière toi : un espace froid, immobile, où même les souvenirs semblaient hésiter à rester.
Depuis, il me reste ce presque-rien : un frôlement qui n’a jamais trouvé le courage de devenir une étreinte, un souffle qui aurait pu changer le cours des choses, un silence qui résonne encore comme un adieu que tu n’as jamais prononcé.

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