Au-delà du silence

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D'abord, il n'y eut plus rien. Ni corps, ni pensée. Seulement un effondrement lent de tout ce que je croyais immobile, la matière, le temps, moi.

Puis, un souffle.

Pas de vent, non. Un souffle d'existence, venu de l'intérieur, comme si l'univers reprenait haleine autour de moi. Quelque chose s'ouvrait. Le noir, absolu, cessa soudain d'être vide. Il pulsait, palpitait comme un cœur ancien, et moi, minuscule, j'étais pris dans ses battements.

Je tombais sans tomber. Le mouvement ne ressemblait à rien de ce que j'avais connu. Ce n'était ni une chute, ni un vol. C'était un glissement, une translation hors de l'espace tel que je le connais. J'avais la sensation de me déplacer dans une direction que mes sens n'avaient jamais connue.

Puis il y eut la lumière, blanche et pure. Non pas un éclair. Une montée. Une irisation du vide. Une déchirure blanche, douce, silencieuse.

Et je suis passé. Je suis sorti.

Le ciel n'était plus le même. Les constellations avaient disparu, remplacées par des spirales vivantes, des pulsations lentes comme des marées d'étoiles. Tout semblait baigner dans une clarté sans source, comme si la lumière venait de partout et de nulle part.

Devant moi, une structure. Non, un esprit devenu espace. Une cité sans angles, faite de lumière fluide, posée sur rien, suspendue au-dessus de ce qui ressemblait à l'éternité. Et des formes,  silhouettes translucides, mouvantes, irréelles, qui m'approchaient sans bouger, me parlaient sans un mot.

Ils ne m'ont pas accueilli. Ils m'ont reconnu. Comme si ma venue était l'aboutissement d'un cycle dont j'ignorais encore l'existence. Alors j'ai compris. Ce n'était pas un simple voyage. Ce n'était pas une traversée. C'était une ouverture. Une fracture dans l'écorce de mon réel.

L'univers n'était pas un. Il n'avait jamais été seul. Ce que nous prenions pour des limites — la vitesse de la lumière, le bord du connu, la mort — n'étaient que des seuils. Et j'en avais franchi un. Je ne reviendrai pas. Non parce que je ne peux, mais parce que ce que j'étais n'a plus d'importance.

Je suis de l'autre côté du silence. Et ici, le silence a une voix.

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