Baisser la luminosité
Ce n'est pas la sensibilité qui déborde, c'est le monde qui sature.
L'hypersensibilité aujourd'hui
renvoie moins à une simple intensité émotionnelle individuelle
qu'à un phénomène plus large,
presque sociétal.
Notre environnement sollicite en permanence
le registre émotionnel :
informations en continu,
récits anxiogènes,
injonctions à ressentir,
à réagir,
à s'indigner.
Les émotions sont ainsi amplifiées,
mises à rude épreuve,
parfois instrumentalisées.
Comme un écran
dont on aurait poussé la luminosité au maximum,
nos émotions finissent par nous éblouir.
Il faut parfois baisser l'intensité
pour retrouver les contours du monde.
Dans ce contexte,
le terme hypersensibilité
se trouve quelque peu dévoyé.
D'une certaine manière,
tout le monde devient « hypersensible »,
non pas par nature,
mais par exposition.
Par ce que nous vivons,
par ce que nous entendons,
par ce que nous ressentons
sans interruption.
Reconnaître l'hypersensibilité
comme un phénomène en partie collectif,
c'est déjà refuser de la porter seul
comme un défaut personnel.
Et dans un monde
qui sursollicite sans cesse les émotions,
se préserver n'est pas fuir.
C'est un geste de résistance silencieuse.

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