Prologue

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Papa,

J’ai entendu dire que si tu joignais tes lèvres comme pour déposer un baiser et qu’un joli petit cœur se forme à leur interstice, c’est le signe que ta bouche est belle.

Ce n’est peut-être pas surprenant qu’elle attire autant les hommes, ma bouche en forme de cœur.

Ils aspirent tous à rencontrer mes lèvres, à les mordre, les érinter, les baigner de leur salive et de leur miel ; mes jolies lèvres.

Si je pouvais seulement en tirer du plaisir, une once de réconfort, y trouver de l'amour ou un parti qui me fasse sentir autrement qu'un corps barbouillé par leurs mains, encrassé par leurs bouches et souillé par toutes leurs fausses paroles, graisseuses et pathétiques.

Papa, si tu savais ce que je fais avec mon corps, tu ne serais pas fier. Un homme comme toi, issu d’un milieu comme le nôtre. Mon reflet serait ton déboire. Et même si je parvenais à quelque chose, tu muselerais sûrement ta fierté par amour propre et ne retiendrais que la méthode qui m’a menée à la réussite.

J'ai peur ; et très froid. La côte est belle, mais la vie n'y est parfois pas très drôle, et j'ai tellement de choses à dire ; mais on ne se voit pas, alors je vais te les écrire.

Je ne suis pas très adroit avec les mots, je suis plus à l'aise avec la parole, mais je crois en cette portée particulière de l'écriture comme un moyen d'expression et de guérison. L'écriture ne juge pas. Elle est ni malhabile ni imprudente tant qu’on écrit avec un minimum de discernement et d’intégrité. Je n’en ai pas beaucoup, et ma probité est triviale, je ne vais pas m'étendre sur la convenance et la décence en chaque chose, ce serait présomptueux de ma part.

L'écriture écoute et ne répond jamais, et c'est ce dont j'ai besoin. De me laisser le temps d'élaborer une idée et de te la retranscrire sans que tu te dresses, t'insurge, t’opposes, te cabres ; que tu me laisses raconter comment je perçois, comment je vis, sans affluences extérieures ni bavures affectives.

Eh bien... commençons alors...

Promets-toi de ne jamais oublier le petit garçon que j'ai été, qui rendit fier le jeune père que tu as été ; ce petit bout de garçonnet qui affectionnait l'Égypte et collectionnait les timbres et les boutons. Promets-le-toi. Son corps a grandi et changé, mais derrière les vilaines choses, les mauvaises décisions, je t'assure que cet enfant vit encore en moi.

Je t'aime Papa.

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