Adam, le Chasseur !

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Les premiers rayons du jour filtrèrent à travers le hublot, caressant le visage d’Adam d’une lumière douce et tiède. Allongé sur le sol métallique, le blaster toujours serré contre lui, il émergea lentement de son sommeil. Un instant fugace, il crut avoir seulement rêvé.

Tout cela… La créature. La fuite éperdue. La peur.

Mais la réalité s’imposa brutalement.

Zena était toujours là. Immobile. Silencieuse.

L’illusion d’un réveil paisible s’effondra aussitôt.

Avec une lenteur empreinte de prudence, Adam se redressa, s’attendant à ressentir la raideur d’une nuit inconfortable, la douleur des courbatures et des blessures de la veille. Pourtant, rien.

Il cligna des yeux, surpris.

Pas de muscles endoloris. Pas de fatigue. Pas même une égratignure.

Déconcerté, il baissa les yeux sur ses bras. Sa peau était lisse, intacte. Là où il s’attendait à voir des éraflures, des croûtes ou au moins des marques de cicatrisation, il n’y avait rien.

Comme si rien ne s’était passé.

Son cœur s’accéléra. Il palpa ses jambes, son torse, cherchant la moindre trace des blessures infligées par la forêt, par sa fuite désespérée, par le crash. Mais elles avaient disparu.

Pas de croûtes. Pas de cicatrices.

Un frisson remonta le long de sa nuque.

Qu’est-ce qui lui arrivait ?

Ce phénomène défiait toute logique.

Adam tenta d’y voir plus clair, de comprendre l’origine de cette guérison aussi soudaine qu’inexplicable. Comment était-ce possible ?

Son esprit s’emballa, cherchant des réponses. Puis, une pensée le frappa.

Le fauteuil.

Celui dans lequel il s’était assis sur Oberon V.

Depuis ce moment, quelque chose en lui avait changé. Ses étranges intuitions, ses bribes de prescience, ces visions furtives d’un futur immédiat… Et maintenant, cette guérison accélérée. Tout cela était-il lié ?

Son regard se perdit dans le vide tandis qu’il repassait les hypothèses de l’équipe. Koros et les autres avaient parlé d’un possible syndrome d’irradiation aiguë, mais aucun des symptômes habituels ne s’était manifesté.

Alors… qu’est-ce que ce fauteuil lui avait fait ?

Adam rassembla les pièces du puzzle, revivant chaque instant où ces étranges sensations s’étaient manifestées.

— Sur Oberon, pendant la fusillade… Dans l’espace, quand nous avons été pris en chasse… Et ici, quand cette créature a failli me faucher…

Un schéma se dessinait. À chaque fois, c’était une question de survie.

Le dénominateur commun lui sauta aux yeux : le danger de mort. C’était la menace imminente qui déclenchait ces visions, ces intuitions… comme si son esprit anticipait l’inévitable pour mieux l’éviter.

Mais il n’y avait pas que ça.

Sa vitesse.

Sur le moment, l’adrénaline avait masqué l’évidence, mais maintenant… Il réalisa l’impossible. Il avait dépassé Kiran.

Un Neurorien. Une espèce connue pour être les plus rapides du Consortium.

Jamais, pas une seule fois, il n’avait pu rivaliser avec son ami en course. Et pourtant, il l’avait non seulement rattrapé… mais dépassé.

C’était insensé.

Son regard se perdit un instant, hanté par une seule question : comment ?

Tout remontait à une seule et unique chose. Le fauteuil Esthérian.

Il n’y avait plus de doute. Ce siège n’avait pas seulement irradié son corps. Il l’avait changé.

Mais en quoi, exactement ?

Et surtout… dans quel but ?

Ce « temple de recherche », comme l’avait appelé Eamon… Était-ce un centre d’étude sur les exo-espèces ? Une station d’observation ? Ou bien quelque chose de plus obscur encore ?

Adam était assailli de questions, noyé dans la confusion. Qu’avait réellement découvert Eamon ? Il savait qu’il ne trouverait aucune réponse en restant ici. Peut-être même n’en aurait-il jamais. Mais il devait survivre, à tout prix, s’il voulait un jour percer ce mystère.

Mais comment ?

Un gargouillement sourd, venu de son estomac, coupa net le fil de ses pensées. Le rappel était brutal. Depuis Oberon, il n’avait avalé qu’une seule barre protéinée.

Une misère. L’adrénaline avait masqué la faim jusque-là, mais à présent… son corps réclamait son dû.

La soif, pour l’instant, était sous contrôle. Il avait encore un peu d’eau, et les pluies constantes de ce monde offraient un répit. Mais la nourriture… la nourriture allait devenir un problème et vite.

Retrouver Kiran sans énergie semblait une cause perdue. Alors quoi ? Que faire ?

Adam resta un instant immobile, le regard dans le vide, puis une pensée s'imposa à lui, crue, brutale : la créature.

Bien sûr. Elle était blessée, affaiblie. Toujours dangereuse, certes, mais vulnérable. Et surtout, elle pouvait faire office de repas. C'était risqué… mais c'était sa seule chance.

Il inspecta son blaster : deux charges encore utilisables. Il jeta son regard sur la barre de fer, son autre arme.

— Ça devrait suffire, murmura-t-il.

Ses instincts de survie prirent le dessus. Adam se leva, le regard durci, déterminé. Cette fois, la proie, ce ne serait pas lui. Il serait le chasseur.

Il enfila de nouveau son imperméable de fortune, récupéra son blaster et décrocha la barre de fer qui maintenait la porte verrouillée. Avant de sortir, il jeta un dernier regard à l'intérieur, puis referma soigneusement derrière lui. Hors de question de laisser une mauvaise surprise l’attendre à son retour. Dans le couloir sombre de l'épave, la pluie tambourinait toujours avec la même intensité sur la carcasse métallique, un martèlement sourd et constant. Combien de temps pouvait durer ce maudit déluge sur ce monde ? se demanda-t-il en levant les yeux vers le plafond, comme si le ciel pouvait lui répondre. Avec prudence, Adam progressa vers la sortie, le blaster levé devant lui, prêt à faire feu à la moindre alerte. Il s'attendait presque à voir l’alien tapi dans l’ombre, prêt à fondre sur lui… Mais rien. À l’extérieur, seule la désolation du sillon l’attendait : des arbres arrachés, des débris tordus, le silence pesant d’un monde hostile. La forêt bordait l’horizon, sombre et impénétrable, marquant la frontière entre ce qu’il connaissait et ce qu’il redoutait. Guidé par la faim plus que par le courage, Adam prit la direction des bois. Le seul moyen de retrouver la créature était de revenir sur ses pas, de retourner là où il l’avait blessée. Il avançait lentement parmi les arbres, chaque muscle tendu, chaque nerf en alerte. Ses yeux scrutaient la moindre silhouette, attentif à la moindre anomalie, à l’affût tel un chasseur traquant sa proie. Chaque pas était soigneusement posé, évitant branches mortes et racines traîtresses, pour ne pas briser le fragile silence ni alerter son environnement. Si une créature aussi dangereuse rôdait ici, c’est qu’elle n’était sans doute pas seule. Il en était certain : d’autres formes de vie peuplaient ce monde, et mieux valait rester discret.

La pluie, toujours incessante, glissait sur les feuillages en une mélodie apaisante et trompeuse, couvrant les sons de ses pas. Une bénédiction pour sa discrétion, mais un piège en soi : le sol détrempé devenait instable, boueux, glissant à chaque enjambée. Après plusieurs dizaines de minutes à serpenter entre les arbres, à suivre son instinct plus que de réels indices, il arriva enfin sur le lieu de sa brève confrontation avec l’animal. Les souvenirs revinrent aussitôt : le tir, le cri, la silhouette monstrueuse fuyant dans l’ombre…

Le Terrien balaya les environs du regard, en quête du moindre indice, d’un signe, d’une trace. Il lui fallait une piste, quelque chose à quoi se raccrocher pour retrouver son agresseur. Puis, son regard se figea.

Des empreintes.

Larges, profondes, enfoncées dans la boue meuble c’était forcément l'alien.

En s'approchant, il distingua plusieurs directions divergentes. Une première série d’empreintes partait vers la montagne, droite et nette. Une autre, marquée de traînées d’un liquide violet — probablement du sang — s’étirait vers les ruines du vaisseau. Enfin, une troisième piste, elle aussi tachée de ce même liquide étrange, s’éloignait de nouveau en direction de la montagne. Adam fronça les sourcils, l’esprit en ébullition. Blessée, la créature était retournée vers son repaire. Par instinct ? Par faiblesse ? Peu importait.

Il tenait sa piste. Et elle le mènerait droit dans l'antre du monstre.

Adam s’accroupit pour mieux examiner les empreintes souillées de sang violet. Le rythme des traces indiquait une course désordonnée, comme si la créature, blessée, avait fui à toute allure. Il se releva, les yeux braqués vers la ligne sombre que formaient les montagnes à l’horizon. C’était là-bas qu’elle s’était réfugiée. Là-bas qu’il devait aller.

Le vent froid descendait des hauteurs et cinglait son visage, mêlé à la bruine qui ne cessait de tomber. La forêt se transformait peu à peu. Les arbres se faisaient plus noueux, plus denses. Le sous-bois devenait un enchevêtrement de racines, de lianes et de pierres moussues. Mais les traces étaient toujours là, parfois estompées, parfois nettes, guidant Adam comme un fil rouge invisible.

Quelques centaines de mètres plus loin, les empreintes s’interrompirent brutalement. Le sol, désormais rocailleux, ne conservait plus aucune trace du passage de la créature. La forêt s’effaçait progressivement derrière lui, cédant sa place à un paysage plus austère. Un sentier nu, encastré entre deux parois montagneuses, s’ouvrait devant Adam, semblable à une cicatrice ancienne entaillant la roche. Le chemin était large, mais traître. Des blocs de granit effondrés, sculptés par des siècles d’érosion, jonchaient le sol. Des pierres instables roulaient sous ses pieds à chaque pas, dérobées par l’eau de pluie qui ruisselait en filets glacés le long des parois. Chaque avancée exigeait prudence et équilibre ; une chute ici, dans cet étroit goulet, pourrait lui être fatale. La végétation se faisait plus rare. Seuls quelques lichens et touffes de mousse s’accrochaient désespérément aux pierres lisses. Le vent, canalisé par les falaises, soufflait en rafales sourdes, hurlant par instants entre les creux rocheux, comme une mise en garde. Adam ralentit. Il savait que la créature avait pris ce chemin. Il le sentait. Mais désormais, elle avait l'avantage du terrain. L'humain gravit avec précaution la pente rocailleuse, chaque pas sur les pierres glissantes demandant un effort concentré. Lorsqu’il atteignit le sommet, il déboucha sur un croisement naturel. Sur sa gauche, un cul-de-sac. Un éboulement massif avait scellé ce passage, bloquant toute avancée. Mais ce ne fut pas cela qui attira son attention. Devant lui, trônait un talus de pierre, au pied d’une structure qui n’avait rien de naturel.

Un obélisque.

Dressé vers le ciel sombre, il semblait veiller sur ce lieu oublié depuis des siècles. Haut de plusieurs mètres, taillé dans une roche sombre, il portait encore les marques du temps : bords érodés, surface striée de lichens. Pourtant, il se tenait toujours debout, imposant et solennel. Des gravures anciennes, bien que partiellement effacées, restaient visibles sur ses flancs. Adam s’approcha lentement, fasciné. Il posa la main sur la surface froide de la pierre, ses doigts effleurant les symboles gravés. Une langue inconnue. Une écriture qui ne ressemblait à rien de ce qu’il connaissait. Peut-être les vestiges d’une civilisation oubliée, éteinte depuis des siècles. Effacée de l’histoire, comme balayée par le temps. Ce monde n’était pas qu’un refuge pour des créatures hostiles… il avait été habité. Et peut-être portait-il encore les traces d’un savoir ancien, enfoui dans ses terres et ses pierres. Ne pouvant rien tirer de plus de l’obélisque, Adam reprit son chemin, laissant derrière lui ce vestige silencieux d’un passé effacé. Après plusieurs minutes de marche prudente, il arriva enfin devant l’entrée d’une grotte.

L’antre s’ouvrait devant lui telle la gueule béante d’un monstre, sombre, menaçante, suintant d’humidité. Des traces violacées, épaisses et irrégulières, maculaient le sol à l’entrée — aucune place pour le doute, c’était ici. Le repaire de la créature. Un frisson glacé lui remonta l’échine. Tout en lui lui hurlait de reculer. Mais il savait qu’il ne pouvait plus faire demi-tour. Il inspira profondément, rassemblant tout son courage, puis franchit le seuil de la caverne, le corps tendu, chaque nerf en alerte. Dans sa main droite, la barre de fer était tenue comme une lame ; dans la gauche, son blaster prêt à rugir.

L’obscurité à l’intérieur était presque absolue. Seuls quelques rayons pâles, filtrant à travers de fines fissures dans la roche, venaient caresser les parois humides de la grotte. Le monde extérieur semblait déjà loin, la pluie battante désormais étouffée, remplacée par un silence lourd, presque surnaturel.

Adam s’arrêta, tendant l’oreille.

Rien. Pas un souffle. Pas un écho. Juste cette pesanteur écrasante qui collait à la peau comme une chape invisible.

Il s’avança lentement, à pas feutrés, chaque pas un défi. L’odeur de terre, d’humidité, mais aussi de chair en décomposition lui emplit les narines. Une puanteur organique, qui ne laissait aucun doute : quelque chose vivait ici. Et chassait.

Ses yeux commençaient à s’adapter à la pénombre, dévoilant peu à peu les formes indistinctes autour de lui — des parois déchiquetées, des amoncellements de pierres, des ombres qui semblaient vibrer à la limite de son champ de vision.

Puis, soudain.

Un grognement sourd. Grave. Suivi d’un raclement contre la roche, lent, gluant, terriblement proche.

Son cœur s’emballa, cognant dans sa poitrine comme un tambour de guerre. Mais il ne vacilla pas.

D’un geste fluide, il leva son blaster, le canon pointé droit devant lui, vers la source du bruit, doigt tendu contre la gâchette.

Adam s’avança encore de quelques pas, les sens en alerte, et soudain… il la vit.

La créature.

Recroquevillée dans un repli d’ombre, dissimulée entre des pierres suintantes, elle léchait lentement une plaie béante à son flanc. Ses quatre yeux, d’un éclat surnaturel, se braquèrent sur Adam avec une lueur de haine mêlée de douleur. Un grondement sourd s’échappa de sa gorge, guttural, vibrant dans les parois de la grotte comme une menace primitive.

La lumière pâle filtrant depuis l’extérieur caressa les contours du monstre, dévoilant toute l’horreur de sa silhouette. La bête était gigantesque, trois fois la taille d’Adam. Son corps reptilien, fuselé pour la traque, arborait une peau écailleuse, mêlant des teintes de vert sale et de gris pierreux, parfait camouflage pour les forêts environnantes. Ses membres postérieurs, fins mais nerveux, semblaient faits pour la vitesse, tandis que ses pattes étaient prolongées par deux griffes recourbées, semblables à des lames. Mais c’étaient ses bras — ses véritables armes — qui glaçaient le sang : longs, puissants, se terminant par d’immenses mains griffues, capables de broyer un torse en un seul coup. Sur son dos, des épines osseuses hérissaient son échine jusqu’à son crâne allongé, tel un diadème macabre.

Et sa tête…

Massive, anguleuse, flanquée de quatre yeux brillants et d’une gueule démesurée, garnie de dents en spirale. Une bouche taillée pour tuer, pour lacérer, pour arracher. Cette chose n’était pas seulement un prédateur — c’était une vision de cauchemar incarnée.

Adam resta figé une seconde, absorbant chaque détail.

Il savait qu’il n’aurait pas de seconde chance.

Inspirant lentement, il leva son blaster. Sa main gauche tremblait légèrement, mais il stabilisa son tir. Il visa l’un des yeux incandescents, espérant stopper net la créature avant qu’elle ne réagisse.

La bête grogna de plus belle, son souffle rauque emplissant l’air d’une haleine fétide et chaude, comme un four organique. Adam n’attendit pas. Il appuya sur la détente.

Un éclair rougeâtre jaillit dans la pénombre.

Le tir frappa la créature, mais trop bas — son épaule gauche explosa dans une gerbe de sang épais et violet. La bête hurla, un cri strident, à la fois de douleur et de rage, qui fit vibrer les murs de la caverne.

Mais elle ne tomba pas.

Au contraire. Elle bondit.

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