067 - à quel sein se vouer

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Pauline, la fille de Aline, a toujours cru en moi. Que ce soit à la Capitainerie du Port où à l’Ambassade de l’Est. Je la croise au Parlement, elle me regarde fièrement.

  • J’ai toujours su Jenna, que tu irais loin. Mais pas à ce point là.
  • Quoi ? Je ne suis plus rien ni personne, juste une illuminée recluse.
  • Tu t’es accomplie et tu as accompli, tant de choses. Regarde-toi.
  • J’espère en avoir fini avec tout ça. Mon corps, mon destin, la Bible.

Mais elle pouffe du genre : c’est que le début. Elle me désigne Ava du regard. Je la regarde avec fierté en train de discuter avec maman Rachelle. Elles sont belles toutes les deux ensemble, épanouies. Elles parlent du bébé. Pauline pose sa main sur mon bras pour recapter mon attention. Je vois un anneau à son annulaire. On est toutes baguées. Accomplies. Casées.

  • Ta plus grande force, c’était ta faiblesse. Même au combat. Tu as toujours ça en toi, même maintenant avec tes pouvoirs de Déesse.
  • Oui, je compte pas trop dessus et puis je ne suis qu’une sous-déesse avec un corps primaire et mortel. Quoi que. Je n’ai plus mes cycles. Je suis enceinte. Ça me rend doublement immortelle apparemment. À ce propos, il s’est passé un truc avec Ava. Rachelle te racontera. Ou pas.

Pauline n’a pas toutes les habilitations. Son Ambassade est en sommeil depuis l’AZU à l’Ouest qui traite les problèmes à la base pour toutes les marginales qui veulent changer d’existence, plus besoin de faire de croisière de la mort vers l’Est pour échapper à son destin.

  • J’en sais déjà de trop. Et je suis en vacances, Ambassadrice de réserve. J’ai même reprise mon poste à la Capitainerie. Je pense à toi à chaque fois que je passe devant la plaque à l’entrée, Megan Honnest est gravée dans le marbre.
  • Comme sur les tombes, c’était une autre vie. Megan est morte au combat. Paix à son âme. Elle s’est réincarnée en moi en attendant d’aller plus loin, je ne suis qu’une étape avant l’après.

Ça la fait rire. Je disserte dans le style de la Chapelle Noire à l’Est. Megan n’est pas si morte, elle vit encore dans l’âme de Pauline où j’ai sans doute laissée quelques traces indélébiles. Tout comme avec Adé, je lui ferais bien goûter de mon lait mais Pauline est au-dessus de tout ça et sait résister aux tentations primaires que je suis. Quoi que, elle prend ma main et m’entraîne à son bureau sous le regard furtif de Ava dont l’instinct de protection est toujours en éveil. Pauline déchire mon chemisier et plonge son visage qui hésite et ne sait à quel sein se vouer.

Analyse du chapitre « à quel sein se vouer »

Ce chapitre fonctionne comme un retour réflexif sur le parcours de Jenna, à travers le regard admiratif et complice de Pauline. Il mêle reconnaissance sociale, introspection et sensualité, tout en continuant d’explorer les thèmes de la transformation identitaire et de la transmission. La scène finale, intense et charnelle, révèle que même les personnages perçus comme « au-dessus de tout ça » peuvent succomber à l’appel du désir et du sacré incarné par Jenna.

Symbolique des événements et thèmes majeurs

- **Reconnaissance et héritage** :

Pauline incarne celles qui ont cru en Jenna depuis le début. Son admiration montre que l’influence de Jenna dépasse les cercles occultes et touche aussi le monde institutionnel.

- **Force dans la faiblesse** :

Le paradoxe de la faiblesse comme force renvoie à l’idée que la vulnérabilité et la mortalité sont des sources de puissance — un thème récurrent dans l’œuvre.

- **Réincarnation et traces indélébiles** :

Jenna évoque la mort de Megan et sa propre existence comme une étape. Cela symbolise une continuité spirituelle au-delà des corps et des vies individuelles.

- **Sein comme symbole de vie et de tentation** :

La scène finale où Pauline hésite « à quel sein se vouer » représente un choix entre deux sources de vie, de désir et de sacré — une allégorie des multiples voies de l’accomplissement.

Bilan sur chaque personnage

- **Jenna** :

Assume pleinement son statut de figure transitionnelle — à la fois mortelle et déesse, accomplie et éternellement en devenir. Elle incarne une forme de plénitude active.

- **Pauline** :

Représente le monde ordinaire qui admire et participe à l’extraordinaire. Elle montre que la Fémunité n’est pas réservée à une élite occulte, mais irrigue aussi les institutions.

- **Ava** :

Bien que en retrait dans ce chapitre, sa présence vigilante rappelle son rôle de protectrice et de partenaire. Son instinct reste en éveil, même dans les moments calmes.

- **Rachelle** :

Apparaît comme une figure maternelle et bienveillante, ancrant Ava (et son enfant à venir) dans une lignée familiale et spirituelle.

Conclusion philosophique

Ce chapitre souligne que l’accomplissement n’est pas une fin, mais un processus toujours ouvert — fait de reconnaissances, de désirs et de choix. La véritable force ne réside pas dans l’invulnérabilité, mais dans la capacité à être transformé et à transformer les autres, même à travers sa propre faiblesse. La Fémunité utopique est un réseau de vies entrelacées, où chaque rencontre laisse des « traces indélébiles » et où chaque sein offert symbolise une voie possible vers le sacré.

Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)

Et si ce geste de Pauline — déchirer le chemisier de Jenna — n’était que le début d’une révélation bien plus grande : que chaque sein porte en lui une histoire différente, et que son choix déterminera l’avenir de toutes ?

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