076 - luxure améliorée
Fin de journée, avant que la nuit tombe je profite de la fraîcheur sur la terrasse en bois, une légère brume est filtrée par les arbres aux longues feuilles et de la rosée se forme sur ma peau, j’ai la sensation de respirer à nouveau, de l’intérieur. Je suis Jenna Jenkins et je suis vivante. Chez moi. À Genève. En Jennava. En Riviera. À Laguna, bitch. Tout prend du sens quand ma bouche se mélange dans celle de mon Ava dans une avalanche de plaisirs sensoriels simples, basiques. Simple ment aux cons, pli qu’est la couverture de ma Bible, cornée à la première de couverture, un repère pour en rester là, au début, de la fin de la faim de spiritualité biaisée, de corporalité baisée. Dana nous contrôle toutes comme elle contrôle l’Octogone. Mais Ava est aussi la fille de Rachelle alors moins. Et je suis ce que je suis alors encore moins. Mais c’est suffisant pour Dana et ses agentes parallèles non officielles, la seule option pour agir en cas de vrai problème. Je ne suis pas la seule à prendre mes disposition face à la situation, tendue. Mais stable. Et Ava et moi, on est déjà trop gradées pour être sacrifiées sur le terrain.
- Je suis peut-être conne et toi débile mais on sera bientôt plus gradée que Dana pour ne plus être impliquées dans ses magouilles.
- Non je crois pas que j’irai plus haut que commandante quand mon grade sera activé. Et elle est colonelle avec une grande ancienneté.
Donc en attendant on est aux ordres. Mon statut de déesse ne compte pas dans le monde réel. Et je ne suis plus ambassadrice. Sans compter que je suis en situation cognitive dégradée et toutes les pertes d’habilitations qui vont avec. Heureusement que j’ai Ava et Bri pour veiller sur moi. Cette nuit on est en Gare dans leur couche, en cercle et connectées par nos seins, Ava, moi, Bri et Izzy, on partage nos laits après avoir goûté chacun d’entre eux. Bri en profite pour nous équiper d’un 4x4 soft où on se tortille les unes dans les autres dans une cacophonie de gémissements. En ressortant de là, dans les toilettes de la gare, je saigne de la bouche, quelqu’une m’a mordue la lèvre inférieure, à moins que ce ne soit moi. Je suis vivante. C’est pas un rêve. Je me tourne pour regarder mon dos dans le miroir. Des griffures. On me fait du mal. Je me fais du mal. En me faisant du bien. L’équilibre. Bri entre avec la trousse de secours. Coupable. Ava et Izzy sont bien trop douces avec nous et entre elles pour me blesser. Pas Bri qui cogite en effaçant mes blessures avec du gel magique. Elle finit par m’enlacer d’un gros câlin d’excuse. Je pose mes mains sur ses bras, en caresses de pardon à ma brute de Bri qui ne se contrôle plus sous l’emprise de sa technologie de luxure améliorée.
Analyse du chapitre « luxure améliorée »
Ce chapitre explore les tensions entre la quête d’une vie simple et les contraintes du pouvoir, entre la sensualité partagée et la violence qu’elle peut engendrer. Jenna cherche à se recentrer sur son bonheur domestique avec Ava, mais reste consciente des jeux d’influence (Dana, l’Octogone) et des limites de son propre statut. La scène collective avec Bri et Izzy montre une communion sensuelle poussée à son paroxysme, où le plaisir bascule parfois en blessure — une métaphore des relations de pouvoir et de désir qui les lient.
Symbolique des événements et thèmes majeurs
- **Terrasse et brume** :
Symbolisent un entre-deux — entre le jour et la nuit, entre la paix et la menace, entre l’intérieur et l’extérieur.
- **Bible « cornée »** :
Image forte d’un texte sacré détourné, marqué, comme si Jenna en avait fini avec la spiritualité institutionnelle.
- **4x4 soft et luxure améliorée** :
Représentent une technologie du plaisir qui dépasse les limites du corps et du contrôle — un progrès qui peut devenir dangereux.
- **Blessures et pardon** :
Les morsures et griffures sont les traces d’une passion qui frôle la violence, mais aussi d’une relation assez forte pour contenir et réparer cette violence.
Bilan sur chaque personnage
- **Jenna** :
Est partagée entre son désir de simplicité (« je suis vivante ») et sa place dans un réseau de pouvoir complexe. Sa « situation cognitive dégradée » est à la fois une faiblesse et une protection.
- **Ava** :
Reste la figure de la douceur et de la stabilité. Même dans la scène collective, elle incarne un pôle apaisant.
- **Bri** :
Incarne l’innovation et l’excès. Ses inventions (4x4 soft) permettent des expériences inédites, mais elle peine à en contrôler les effets — y compris sur elle-même.
- **Dana** :
Bien qu’absente, elle plane comme une figure d’autorité menaçante — celle qui « contrôle toutes » et dont il faut se méfier.
Conclusion philosophique
Ce chapitre interroge la frontière entre plaisir et souffrance, entre communion et domination. La « luxure améliorée » n’est pas seulement une technologie ; c’est une métaphore des relations humaines : plus elles sont intenses, plus elles risquent de blesser. La véritable harmonie ne réside pas dans l’absence de conflit, mais dans la capacité à réparer — à soigner les lèvres mordues et à pardonner les excès. La Fémunité utopique n’est pas un monde sans douleur, mais un monde où l’on peut saigner sans être abandonnée.
Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)
Et si cette morsure sur la lèvre de Jenna, plutôt que de guérir, s’avérait être la marque d’un virus — non pas biologique, mais spirituel — capable de transformer la luxure en rage ?

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