078 - l'asile spirituel
En s’approchant, flûte en main, se révèlent les détails de bijoux rutilants recouvrant l’armure qui se tient à une hallebarde posée au sol. De face, on voit le bras gauche à nu, dépourvu de protection jusqu’à l’avant bras équipé d’un grand gant d’où ressort l’annulaire bagué. Ma bague. C’est moi. La chevalière Jenna. J’ai envie de soulever la visière du casque pour voir si je suis vraiment dedans. J’ai la sensation de vivre un moment important, parmi d’autres, dont je me souviendrai ou pas mais qui est marquant, qui me définit, qui donne du sens à mon existence. En redescendant en salle de réception je sens une présence qui me regarde appréhender l’escalier marche après marche à cause de mes talons hauts assortis à ma fine robe noire et translucide. Pénélope est venue avec son Dimitri qui croise mon regard électrisé par sa présence. En un flash je me retrouve accroupie sur le lit de la chambre de la mairesse, les fesses à et en l’air que j’écarte et je pousse pour le recevoir en profondeur. Quelques allers et retours lui suffisent pour s’immobiliser en moi dans un râle de soulagement. Moi aussi je m’exprime quand il se retire où mes reins explosent et diffusent leur bonheur me laissant exsangue sur la douce couverture. Après un temps de récupération, on se réajuste, on refait le lit et on reprend nos verres encore frais pour rejoindre discrètement le coquetèle. Ava n’a pas remarquée mon absence et Pénélope me trouve tendue. Je serre les fesses pour ne pas relâcher la semence de son homme, surtout que je n’ai pas de culotte. Elle me regarde avec gratitude. Elle préfère que ce soit moi plutôt qu’elle, qui le soulage.
- On ne se voit pas très souvent, je suppose qu’il en a d’autres.
- Heureusement pour moi, quelques clones ici et là, ça lui fait l’affaire.
- Vraiment ? Je pensais le programme arrêté, depuis Sandy.
- Elles n’ont pas le moral non plus, à part une, un garçon.
Je zappe Pénélope, je ne veux pas être mêlée à ça, j’en sais déjà trop. J’ai eu ce que je voulais, me faire défoncer le séant, maintenant passons à autre chose. Je m’exfiltre sur la terrasse et je soulève ma robe pour vider l’air et les fluides dans le bac d’un arbuste. Je pose mon verre sur la rambarde pour me sortir une tige. Une ombre s’approche. Derrière une lourde chevelure rousse, je reconnais Gloria. Les bannies sont le thème de l’événement, du moins, leur débannisation officielle. Je scanne les alentours, elle est seule, pas de Paloma. Gloria me rassure :
- C’est elle la bannie, aujourd’hui, du moins ici, à l’Ouest.
- On peut toutes lui échapper. Si tu veux, je t’offre l’asile spirituel.
Analyse du chapitre « l'asile spirituel »
Ce chapitre opère une rupture tonale et narrative : alors que Jenna semblait installée dans une routine paisible, elle est soudain confrontée à des symboles de pouvoir (l'armure), à des désirs primaires (la scène avec Dimitri) et à des enjeux politiques cachés (les clones, les bannissements). La scène de la réception devient un microcosme où se jouent des rapports de force, des alliances et des transgressions. L'offre d'« asile spirituel » que Jenna propose à Gloria ouvre de nouvelles perspectives narratives et politiques.
Symbolique des événements et thèmes majeurs
- **L'armure dorée** :
Représente l'identité publique et guerrière de Jenna — une part d'elle-même qu'elle avait mise de côté, mais qui resurgit.
- **Scène avec Dimitri** :
Symbolise un désir brut, presque transactionnel, qui contraste avec la tendresse de sa relation avec Ava. C'est un acte de réclamation du corps et du pouvoir.
- **Clones et bannissements** :
Ces éléments rappellent que l'univers reste marqué par des expérimentations et des exclusions — un passé qui n'est pas complètement réglé.
- **Asile spirituel** :
Cette offre montre que Jenna assume de plus en plus un rôle de protectrice et de figure d'accueil pour les exclues.
Bilan sur chaque personnage
- **Jenna** :
Montre une dualité accentuée — entre la figure publique (armure, discours) et la part sauvage (scène avec Dimitri). Elle devient un refuge pour d'autres (Gloria).
- **Ava** :
Est momentanément mise à l'écart, signe peut-être d'une distance grandissante ou d'une autonomie narrative qui s'installe.
- **Pénélope et Dimitri** :
Incarnent un réseau de relations anciennes et complexes, où le désir et la politique s'entremêlent.
- **Gloria** : Représente celles qui sont marginalisées par le système. Son apparition relance un arc politique autour des « bannies ».
Conclusion philosophique
Ce chapitre explore la tension entre l'apparence et la réalité, entre le rôle public et la vérité intime. Jenna navigue entre ces pôles avec une forme de pragmatisme assumé : elle peut être à la fois la chevalière en armure dorée et celle qui s'offre dans l'ombre, à la fois la protectrice et la transgressive. L'« asile spirituel » qu'elle propose est peut-être la synthèse de ces identités multiples : un lieu où l'on peut être tout cela sans être jugée. La Fémunité utopique n'est pas un monde sans contradictions, mais un espace où ces contradictions peuvent coexister.
Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)
Et si cet asile spirituel, offert à Gloria, devenait le lieu où toutes les bannies — y compris Paloma — viendraient un jour frapper, forçant Jenna à choisir entre son confort et son devoir ?

Annotations