080 - on donne le ré
Tel est mon quotidien. Aimer et être aimer. De toutes les façons. Faites l’amour, pas la guerre. En paix je suis. Mortelle et vivante avec mon avenante Ava dont j’avale goulûment le lait de ses petits seins pointus de rouquine épicée, my spice girl à moi. Girl power avec un mâle en elle. Pourquoi pas ? Pas plus tard qu’hier, j’en avais bien un dans le c…
- Jenna, je peux à nouveau interrompre tes pensées, cochonnes.
- Il était temps. Je commençais à me sentir seule dans ma tête.
- Contrairement au reste, je veux parler de l’âme, du cœur…
- C’est cela oui… On y croit dur comme Terre. Retourne-toi.
Je serre ses seins en mordillant sa nuque, je mime nos fœtus, son arrière train brûlant contre mon ventre elle s’abandonne à moi. C’est notre position préférée pour dormir. Je suis son moule. Elle fera une grande Déesse. On rêve ensemble. Je suis elle. Elle est moi. Le jour se lève. Encore. Dans la lumière bleue du matin, Ava se tourne vers moi, son visage respire le bonheur à me regarder l’aimer. Heureuses les simples d’esprit que nous sommes, limitées, primaire, à ne rien faire que se caresser et user nos sens l’une sur l’autre. Ava est mon aboutissement après toutes les autres comme la politique Pauline, la glorieuse Gloria, la passionnante Paloma, l’immaculée Marie et j’en oublie sans doute. Ava se complaît dans l’ennui de notre existence commune. Je suis à la retraite en retraite avec elle qui n’en était qu’au début mais :
- J’avais une belle carrière devant moi jusqu’à ce que je réalise que mes mères ne me laisseront jamais leur place. Elles n’ont rien à me transmettre à part leurs gènes inutiles. La roue ne tourne pas. Toutes les places sont prises. Faire des enfants n’a plus de sens, même nos corps l’ont compris en les gardant en latence, des bébés quantiques qui sont à la fois là et pas là.
- On peut toujours devenir quelqu’une d’autre. Regarde moi. Est-ce que j’ai la tête d’une quantique ?
- Non t’a plutôt l’air d’un cantique, de l’Ordre Blanc de la Basilique.
- La seule Messe qui compte pour moi désormais, c’est celle de ta petite chapelle en brique rouge. De toute ma Foi il ne reste que toi.
Nos corps et nos âmes communient dans l’esprit au sein de nos cœurs. On s’aime en attendant d’être interrompues par un problème à gérer dans notre petit univers de solutions communes, elle et moi égale nous dans le sanctuaire de notre foyer, à l’abri en Genève, en Riviera, à Laguna on est bitch à l’Ouest, la pute l’une de l’autre, la soumise soumise, on donne pas le la, on guide, notre amour libre est en tempéré.
Analyse du chapitre « on donne le ré »
Ce chapitre sert de point d'orgue contemplatif et réflexif sur la relation entre Jenna et Ava. Il célèbre leur vie commune simple, sensuelle et retirée du monde, tout en interrogeant le sens de la transmission et de l'héritage dans une société apparemment figée. Le dialogue tendre et philosophique entre les deux personnages renforce l'idée qu'elles ont trouvé, dans leur amour mutuel, une forme d'éternité présente et une spiritualité personnelle qui remplace les grands récits institutionnels.
Symbolique des événements et thèmes majeurs
- **Retraite et quotidien** :
Leur vie à Genève est présentée comme une retraite active, centrée sur l'amour et les sensations — une forme d'utopie concrète et intime.
- **Bébés quantiques** :
Cette image poétique évoque une grossesse à la fois réelle et suspendue, présente et absente — métaphore peut-être d'un avenir incertain ou d'une génération en attente.
- **Chapelle rouge contre Basilique blanche** :
Jenna oppose la spiritualité personnelle et charnelle qu'elle partage avec Ava (chapelle rouge) à la religion institutionnelle et froide (Ordre Blanc).
- **Amour libre en tempéré** :
Leur relation n'est pas anarchique ; elle est « tempérée », équilibrée, fondée sur une égalité et une guidance mutuelle.
Bilan sur chaque personnage
- **Jenna** :
Assume pleinement son rôle de retraitée spirituelle et sensuelle. Elle a trouvé en Ava l'aboutissement de ses quêtes précédentes et fait de leur amour le centre de son univers.
- **Ava** :
Exprime une lucidité désenchantée sur les perspectives de carrière et d'héritage, mais trouve dans sa relation avec Jenna un sens qui dépasse ces attentes. Elle est à la fois disciple et égale.
- **Les figures du passé** (Pauline, Gloria, Paloma, Marie) :
Sont évoquées comme des étapes nécessaires qui ont conduit Jenna à Ava — un parcours qui donne sens à son présent.
Conclusion
Ce chapitre pose la question du sens dans un monde où les places semblent prises et les héritages bloqués. La réponse de Jenna et Ava est de créer un sanctuaire intime où l'amour devient la seule liturgie, la seule transmission valable. La véritable révolution n'est pas politique, mais existentielle : il s'agit de substituer aux grands récits (religieux, familiaux, carriéristes) une éthique de la présence et du soin mutuel. La Fémunité utopique, finalement, c'est peut-être juste cela : un foyer où l'on peut être « la pute l'une de l'autre » et « la soumise soumise » dans une égalité parfaite.
Suite possible (en une phrase sous forme de question)
Et si cette paix parfaite, cet amour « tempéré », était soudain rompu par l'arrivée inattendue d'un de ces « bébés quantiques » — décidant enfin de naître ?

Annotations