082 - des poupées dénuées de leurs âmes

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Je retourne à l’école de médecine où je retrouve mon bureau de généticienne. Accès à mes data. Déverrouillage des données. Transferts aux équipes. Bonne chance avec vos cloneries. J’ai l’impression de dire adieu, enfin, à Megan Honest. Tout est paraphé en son nom mais ce n’est plus moi. Megan est morte. Vive Jenna. Je rentre à la maison retrouver Ava, vivre notre vie en attendant d’être clonées.

  • Faut pas décloner. Et puis tu m’as pas l’air si mortelle que ça, Jenna.
  • Ava, ma mort est prisonnière du futur. Au présent, je suis vivante.

La mort est quantique, c’est juste une possibilité, un état avant autre chose. Ça rend obsolète le concept d’ondes éternelles et de clones. Mais la Fémunité en a besoin parce qu’elle a trop peur du changement. Et le changement, ça me connaît. Je vais aux Suburbs parler de tout ça avec Énola.

  • Alors, tu vois, même primaire, je sauve la Fémunité d’elle-même.
  • Bravo Jenna. Ici, on en est déjà au plan F. Il faut voir 4 coups d’avance.
  • C’est pas de mon niveau. I quit. Je retourne à ma petite vie.
  • D’autres déesses ont démissionné de leurs devoirs. T’as pas le droit.

Elle en tient une couche, la pauvre. Elle a trop bu d’eau de jouvence. Je rentre prudemment me faire oublier en Riviera, avec Ava, qui n’est pas si conne, pas plus que moi je pense. Heureuses les simples d’esprits. Si j’ai pas le droit, je prends le gauche. Je dois me trouver une successeuse et négocier avec Greta, c’est elle la cheffe des déesses à la con. Mais avant tout, je dois lui passer dessus, boire son lait avant ses paroles.

  • Ne t’inquiète Pas Jenna. Ce n’est pas un problème. Il suffit de faire profil bas et de laisser Énola faire. Ne pas lui dire non. Elle a sa vérité à elle, ce n’est pas notre problème. À chacune ses solutions.
  • Tout ça c’est bien joli mais je ne peux que fonctionner à l’instinct, je ne suis plus équipée pour tous ces non-dits, ces faux-semblants ou autres.

Greta ne fait pas semblant de me dire à sa façon que je peux continuer de m’exprimer par ma jouissance de la vie, de mon corps vivant contre le sien à se frotter de plaisir et d’envie, d’amour, physique. Le spirituel a ses limites que le corps ignore. Il y a toujours une sensation nouvelle à découvrir à se faire passer dessus, surtout par Greta, créatrice et inventive dans ses assauts intimes. Victoria doit en voir de toutes les couleurs à ne plus savoir vers quelle Foi se vouer. D’ailleurs elle nous rejoint pour me montrer ce qu’elle fait à Greta avant de me le faire à moi, les deux déesses à la merci de ses fantasmes à assouvir, sous sa langue nous ne sommes que des poupées dénudées de leurs âmes.

Analyse du chapitre « des poupées dénuées de leurs âmes »

Ce chapitre explore la tension entre le désir de retrait de Jenna et les obligations que lui impose son statut de déesse. Après avoir officiellement transmis ses données de clonage, elle tente de retrouver une vie simple avec Ava, mais est rappelée à l'ordre par Énola et Greta. La scène finale, sensuelle et presque ritualisée, montre comment le corps et le plaisir deviennent un langage politique — un moyen de négocier, de soumettre et de se soumettre, loin des discours et des protocoles.

Symbolique des événements et thèmes majeurs

- **Mort quantique** :

Jenna décrit la mort comme « une possibilité, un état avant autre chose » — une vision qui relativise l'urgence du clonage et valorise le présent vécu.

- **Démission et devoir** :

Le conflit entre la volonté de Jenna de « quitter » et l'obligation imposée par Énola illustre la difficulté d'échapper à son destin dans un système hiérarchique.

- **Corps contre spiritualité** :

« Le spirituel a ses limites que le corps ignore. » Cette phrase résume un pivot dans la pensée de Jenna : la vérité ultime n'est pas dans les concepts, mais dans les sensations.

- **Poupées dénudées d'âmes** :

L'image suggère une réduction à l'état d'objet, de jouet — une perte de substance spirituelle au profit d'une pure expérience charnelle.

Bilan sur chaque personnage

- **Jenna** :

Est tiraillée entre son instinct de retrait et sa loyauté envers le système. Elle cherche une issue dans la sensualité et l'instant présent.

- **Ava** :

Reste l'ancrage simple et stable, la voix qui rappelle que la vie immédiate vaut plus que les projets lointains.

- **Énola** :

Incarne la stratégie à long terme et la pression institutionnelle — celle qui ne laisse pas le choix.

- **Greta et Victoria** :

Représentent un couple de pouvoir où le désir et la domination s'entremêlent, formant un contre-modèle (ou un miroir déformant) de la relation Jenna-Ava.

Conclusion philosophique

Ce chapitre pose la question de l'autonomie dans un système qui vous désigne comme essentiel. Jenna découvre que même la démission est un acte politique qu'on ne lui permet pas. Sa réponse est de se réfugier dans le corps — non pas comme échappatoire, mais comme terrain de négociation et de résistance. La véritable liberté n'est peut-être pas de quitter le jeu, mais d'en changer les règles : passer du discours au toucher, de la stratégie à la sensation, des âmes aux peaux.

Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)

Et si cette réduction à l'état de « poupée dénudée d'âme » était en réalité la clé pour échapper enfin au système — en devenant si simple, si charnelle, qu'elles n'auraient plus rien à attendre ni à craindre ?

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