092 - de mon passage
Du coup, la Fémunité est prévenue et plus personne ne bouge. La première qui la ramène avec la guerre ou même l’évocation d’une éventuelle crise sait qu’elle peut se prendre une baffe en pleine gueule, aussi, dans le meilleur des cas. Alors, par la Force des choses, on est en Paix, bordel ! Maintenant, je peux me reposer et redevenir débile, merci.
Ava le prend mal. Comme ça commence par un bisou et pas par une gifle, elle a peur que je finisse par faire l’amour à toute la Fémunité. C’est pas une mauvaise idée. En plus, je suis convoquée, en Principauté, au Port, dans la Maison Carrée, celle de Greta qui me reçoit en salon officielle, droite, sévère.
- Même moi je l’ai ressentie. C’est chouette, ça veut dire que je fais partie de la Fémunité. On m’en croit la Déesse mais non en fait.
- L’important, c’est d’y croire etc.
Elle pouffe de rire. En fait elle trouve ça hilarant le coup du bisou. Bien-sûr, elle n’aurait jamais osée le faire, ni même l’envisager. Moi, si. Et elle trouve ça drôle. Surtout comment ça a été pris. C’est toute la magie de la gestion des masses. Une sorte de sermon à grande échelle. Greta m’invite à communier nos sens, entre autres. Je sais ce que j’ai à faire. Avant de venir, j’ai révisé ma relation avec Greta en demandant à mon monoma, mon Monolithe M.A. comme mémoire artificielle, ça m’a expliqué ce qu’elle aime et ce qu’on a l’habitude de faire ensemble. Mais elle m’arrête et longe sa tête entre mes cuisses pour me faire voyager dans les caresses de sa langue. C’est un indice pour ce que je devrai faire la prochaine fois que j’avertis la Fémunité de la deuxième vague, celle qui est équipée pour. Heureusement que le Parlement est fermé sinon il y aurait déjà un vote en cours pour choisir la suite du bisou universel global, pour que le BUG devienne FUC… la fessée universelle du cul. Le message est passé, Greta me retourne et plonge son visage entre mes fesses qu’elle tape du plat de ses mains pour réveiller mes ardeurs et stimuler mes profondeurs. Me voilà bien détendue pour assister à la Messe de Ava dans sa Chapelle Rouge, étonnamment bondée mais ce n’est rien à côté de la Blanca où la foule déborde jusqu’au parvis de la Basilique Blanche où après la deuxième lecture de Clara, on attend mon homélie : « Mes bien chères mères, sœurs et filles, cousines et tantes, nièces et concubines. L’ère de la Paix a débuté, en Fémunité qui est en passe de devenir le synonyme d’amour. La haine de l’humain, c’est l’Histoire de ma vie. L’amour de la femme en est son épitaphe. Il n’y a rien d’autre à retenir de mon passage. »
Analyse du chapitre « de mon passage »
Ce chapitre explore les conséquences immédiates du « baiser de Dieu » de Jenna et consolide son rôle de figure fondatrice d'une nouvelle ère de paix par la force (ou par la tendresse). La scène avec Greta montre une hiérarchie renversée : Greta, la déesse suprême, devient l'initiatrice sensuelle, reconnaissant implicitement le pouvoir de Jenna. L'homélie finale à la Basilique Blanche synthétise la philosophie de Jenna : la Fémunité comme synonyme d'amour, la haine de l'humain comme passé, et son propre passage comme une simple épitaphe d'amour.
Symbolique des événements et thèmes majeurs
- **Paix par la force** :
Le « bisou universel » est en réalité un avertissement dissimulé sous une affectation. Il impose la paix par la crainte d'une punition (la « fessée universelle » évoquée en plaisantant).
- **Communion et hiérarchie** :
La scène avec Greta mélange soumission et domination, plaisir et politique. C'est un rituel qui réaffirme leur lien et la transmission du pouvoir dans l'intimité.
- **Homélie et épitaphe** :
Le discours de Jenna à la Basilique Blanche est présenté comme son testament spirituel. Elle réduit son héritage à une seule phrase : l'amour de la femme comme ultime vérité.
- **Monoma (Monolithe M.A.)** :
Cette prothèse mnésique symbolise à la fois la dépendance de Jenna (elle oublie) et son adaptation (elle récupère les informations nécessaires). C'est un outil qui lui permet de maintenir son rôle malgré son déclin.
Bilan sur chaque personnage
- **Jenna** :
Assume pleinement son rôle de législatrice et de prophétesse. Elle utilise son pouvoir pour imposer la paix, tout en vivant des moments d'intimité intense. Son homélie montre une lucidité finale sur son héritage.
- **Greta** :
Reconnaît et célèbre le pouvoir de Jenna par le corps. Elle n'est plus la figure suprême distante, mais une partenaire dans un rituel de transmission et de jouissance.
- **Ava** :
Est mentionnée comme officiant dans sa Chapelle Rouge, montrant qu'elle a aussi un rôle spirituel public. Elle semble inquiète de la portée des actes de Jenna, mais reste son pilier.
- **La foule** :
Symbolise la Fémunité unie, réceptive au message de Jenna, prête à entrer dans une ère de paix imposée par l'amour (ou par la peur de son envers).
Conclusion philosophique
Ce chapitre pose la question de l'utopie réalisée par la contrainte : une paix imposée par un bisou qui peut devenir une gifle est-elle vraiment la paix ? Jenna semble assumer ce paradoxe : pour briser les cycles de violence (la « haine de l'humain »), il faut parfois un acte de pouvoir absolu, même déguisé en affection. Son héritage, qu'elle résume à « l'amour de la femme », est donc ambigu : c'est un amour capable de frapper, de contrôler, mais aussi de créer une communauté (« mères, sœurs, filles... »). La Fémunité utopique est née, mais elle est fondée sur le pouvoir occulte d'une déesse qui préfère les caresses aux discours.
Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)
Et si cette paix imposée par le « baiser de Dieu » commençait à générer une résistance silencieuse — non pas contre Jenna, mais contre l'idée même d'un amour qui ne peut se dire que sous la menace d'une fessée ?

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