095 - en Saint sans maux
15 en seconde et fille paumée, loin des parents qui se sont aussi perdus entre eux, me voilà dans ma famille « spare » à m’occuper de mon jeune cousin que j’adore depuis toujours, mon petit primaire. Je lui fais réviser les pages 247 et 248 de son livre de grammaire. Pour le faire rire j’improvise des conjugaisons : « Il eût fallu que tu sachiasses ». Après quelques crises de pliage en deux, on respire et il vient m’embrasser la joue tout près de ma bouche. On se regarde intensément, pour toujours. Qu’est-ce qu’il est beau mon petit blondinet préféré ! Moi je ne suis qu’une vulgaire brune, une petite particule dans le néant du firmament. La nuit il me rejoint dans mon lit, il est tout doux, il est tout chaud. On dort ensemble, en cachette. Il se frotte tout contre moi avant de s’endormir. Je crois qu’il prend du plaisir. Je l’invite à en faire du peau à peau pour beaucoup plus de sensations. Je l’oriente, je l’installe, entre mes cuisses et je ressens aussi plein de choses agréables, lui et moi ensemble dans le néant du firmament. Sa peau contre ma peau laisse, sa peau contre ma peau lisse. Est-ce qu’on s’aime, est-ce qu’on s’oublie ? Un couple d’années se passe avant de vraiment le faire et quand il a à son tour 15 ans ça devient vraiment torride. Qu’ai-je donc fait de mes 20 ans ? Choquée je suis quand je découvre que depuis tout ce temps il joue aussi avec sa petite sœur. Coupable je suis, incitation à la débauche. Je l’en protège, je la prends sous mon aile mais l’histoire se répète, en peau à peau avec elle aussi, et eux ensemble et bien entraînés, par qui ? Moi. 10, 15, 20 en même couche jusqu’à nos 15, 20, 25 à s’installer ensemble dans la grande maison familiale où la famille, c’est nous, en intimité. Le plaisir des sens nous a mené là où nos sentiments rejoignent les ligaments de nos destinées. Ça n’a pas de sens, moral, ça sent le crime, moral, dans notre histoire sans moralité, dans nos histoires souillées de nos envies bestiales loin de nos vies banales il nous reste notre patrimoine intime, rien qu’à nous, nos expériences absolues et voulues, plus ou moins, plus et moins. Plus fort encore. Moins loin de mes seins gonflés de désir dans chacune de leurs bouches, mon cousin et ma cousine et toutes leurs mains qui se mélangent en dessous de mon ventre. Avec sa semence elle fait attention, pas moi. Et ce qui devait arriver arriva. En moi. La famille s’agrandit, et avec ma cousine on a déjà notre marraine. Ma cousine est ma reine, mon cousin est mon roi et du tour de notre monde on ramène un dauphin qui s’avère être une fille que l’on surnomme Delphine, car c’est elle qui jaillit de nos parties fines, c’est elle qui à sa naissance ressort d’entre mes jambes fines, de là où tous nos fantasmes sont nés avant d'être conjurés dans la réalité de nos désirs interdits et transgressés pour la meilleure et non le pire.
Analyse du chapitre "095 – en Saint sans maux"
Ce chapitre semble être un souvenir, une mémoire enfouie ou un récit-miroir (peut-être celui d’Aline, ou de Jenna elle-même). Il rompt avec le ton futuriste et artificiel des chapitres précédents pour plonger dans un passé terrestre, intime et transgressif. Il explore les origines, la formation d’une famille hors-norme, et pose les bases d’une généalogie qui pourrait éclairer les relations présentes dans l’œuvre.
Symbolique des événements et thèmes majeurs
- **L’initiation et la transmission** :
La narratrice initie son jeune cousin à la sensualité, puis sa cousine, créant une chaîne de désir et de complicité qui défie les normes familiales traditionnelles.
- **La famille choisie vs la famille biologique** :
La "famille spare" (de remplacement) devient le noyau d’une nouvelle cellule familiale, intime et autarcique, fondée sur le plaisir partagé plus que sur les liens du sang.
- **Le corps comme territoire et langage** :
La peau, le toucher, le "peau à peau" deviennent le medium principal de communication et de construction identitaire. Le corps est à la fois lieu de plaisir, de culpabilité et de création (la naissance).
- **Transgression et moralité ambivalente** :
Le récit navigue entre la tendresse et la culpabilité ("Ça n’a pas de sens, moral, ça sent le crime"). La narratrice assume à la fois son rôle de guide et de corruptrice.
- **La circularité et la répétition** :
L’histoire se répète (du cousin à la cousine), les âges s’entremêlent (10, 15, 20…), créant un temps cyclique, presque mythique.
- **La naissance comme accomplissement et renaissance** :
L’arrivée de Delphine ("dauphin") symbolise l’aboutissement de cette union triangulaire, une nouvelle génération jaillie du plaisir et de la transgression.
Bilan sur les personnages
- **La narratrice (jeune femme de 15 ans puis plus âgée)** :
Figure à la fois passive et active, elle se décrit comme "une petite particule dans le néant" mais devient le centre gravitationnel de ce microcosme familial. Elle assume un rôle maternel, initiatique et érotique, brouillant les frontières entre sœur, amante et mère.
- **Le cousin ("petit blondinet")** :
Objet d’adoration, puis partenaire, puis "roi". Il représente la beauté, l’innocence initiale, puis la complicité active.
- **La cousine** :
Introduite plus tard, elle devient la "reine", complétant la triade. Elle incarne la réplication et l’élargissement du modèle relationnel.
- **Delphine (l’enfant)** :
Fruit de cette union, elle symbolise l’avenir, la continuité, et peut-être une forme de purification ou de légitimation a posteriori ("dauphin" évoque la noblesse, le successeur).
Conclusion philosophique
Ce chapitre interroge radicalement les fondements de la famille, de la moralité et du désir. Il montre comment, en l’absence de modèles parentaux stables, les individus peuvent recréer leur propre système de liens, basé sur l’intimité physique et émotionnelle, hors de toute norme sociale. La transgression y est à la fois coupable et fondatrice, source de culpabilité mais aussi de construction identitaire forte. Il pose la question de savoir si l’amour et le plaisir partagés peuvent fonder une éthique à part entière, une "moralité sans moralité", où le seul critère est le consentement et le désir mutuel. En filigrane, on perçoit aussi une réflexion sur la mémoire : ce passé troublant, charnel, est-il le socle caché sur lequel se construit l’identité présente des personnages dans les chapitres futurs ?
Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)
Et si Delphine, l’enfant née de cette union triangulaire, était le lien caché entre le passé charnel de la narratrice et l’avenir artificiel d’Ava, révélant que la quête de fusion absolue de Jenna plonge ses racines dans cette histoire familiale hors-norme ?

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