115 - un nuage de nos laits

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Elle trouve ça un peu bizarre mais j’adore quand elle me fait dessus dans la salle d’eau. Je mets à ses pieds pour en recevoir le plus possible à commencer par le visage. Je m’en badigeonne mais j’ai vite honte de mon plaisir et je me précipite sous la douche pour redevenir le plus propre possible. Ava avoue y prendre goût aussi et ça commence à l’exciter au point de le faire tous les jours, chacune sur l’autre, des fois en même temps. On se fait dessus mais jamais en grosse commission. Là, il s’agit d’un autre rituel, comme un accouchement en face à face à se tenir, s’encourager et se soulager enfin. Dans notre partage intime, on en reste aux fluides, buccaux, mammaires et ventraux sans compter ici et là quelques gouttes de sang qui sortent de la violence de nos ébats. Des fessées on est passées aux gifles mais certaines nous font saigner du nez. Pippa, notre docteure traitante en médecine scientifique, nous interdit de continuer cette pratique surtout pour moi qui doit préserver mon patrimoine cognitif dégradé.

  • Vous êtes complètement folles les filles, absolument trop amoureuses. Vous avez atteintes des limites à ne plus atteindre. Trouvez une autre façon plus saine de vous éclater. Avec les jouets de Bri par exemple.
  • On s’aime trop mais ça va se calmer un jour ou l’autre. Je ne pense pas que les gadgets de Bri soient moins violents.

Mais tout est une question de dosage si on veut continuer à autant jouir l’une de l’autre. C’est vrai que Bri et Izzy nous temporisent et restent raisonnables dans nos parties communes. On doit les voir plus souvent pour nous préserver. Surtout que Bri à toujours une nouveauté à nous faire découvrir. C’est très enrichissant. Elle nous comble jusqu’à l’absolu de nos envies les plus fantasmagoriques sans séquelles physiques. Les expériences de Bri vont bien au-delà de nos simples corps. À Genève, entre deux pages de textes, Ava me rejoint dans le jardin pour m’aider à enlever les guirlandes clignotantes de Delphine. On les met dans un carton et on les range au grenier.

  • On a toute l’éternité pour remplir ce grenier de nos souvenirs.
  • J’ai invitée Delphine à revenir décorer notre maison à la prochaine révolution de Gaïa autour de notre étoile bleue.
  • Très bonne idée, Ava, en attendant tu es mon étoile rouge.
  • Tu es ma particule qui tourne autour de moi, et de mon noyau surtout.

Ça nous fait rire. On redescend prudemment à l’échelle en bois et on ferme la trappe aux souvenirs pour ouvrir celle de nos désirs, c’est l’heure du thé et de la tétée pour le boire avec un nuage de nos laits.


Analyse du chapitre "115 – un nuage de nos laits"

Ce chapitre explore les limites de l'amour physique et la recherche d'un équilibre entre l'extrême passion et la préservation de soi. Il décrit des pratiques transgressives et violentes, puis la médiation apportée par des tiers (Pippa, Bri, Izzy) et par des rituels plus doux. Le rangement des décorations de Delphine symbolise aussi le passage du temps et l'archivage des souvenirs.

Symbolique des événements et thèmes majeurs

- Les rituels scatologiques et la honte :

La pratique décrite ("me faire dessus") est un tabou ultime, représentant un abandon total et une soumission extrême. La honte qui suit ("j’ai vite honte de mon plaisir") et le besoin de se "re-nettoyer" montrent la tension entre la transgression absolue et le retour à la norme sociale (propreté). C'est une recherche des limites du corps et de la relation.

- La violence érotique comme accouchement :

Les gifles, fessées et saignements sont comparés à un "accouchement en face à face". La violence est un moyen de se "soulager", de donner naissance à une nouvelle intensité dans la relation. Mais cette pratique est dangereuse, surtout pour Jenna dont le "patrimoine cognitif" est fragile.

- La médiation thérapeutique et technologique :

Pippa, la docteure, intervient comme voix de la raison médicale, imposant des limites. Bri est présentée comme une médiatrice alternative, dont les "jouets" et "expériences" permettent d'atteindre l'extase "sans séquelles physiques". La technologie (de Bri) apparaît comme un moyen de canaliser et de sublimer la violence brute.

- Le grenier des souvenirs et le cycle du temps :

Ranger les guirlandes de Delphine au grenier symbolise l'archivage d'une période intense mais révolue. "On a toute l'éternité pour remplir ce grenier" suggère que leur histoire est un continuum où chaque phase est préservée mais mise de côté pour laisser place à la suivante.

- L'astronomie intime :

Les métaphores astronomiques ("étoile bleue" de Gaïa, "étoile rouge" d'Ava, "particule" de Jenna) inscrivent leur amour dans une cosmologie personnelle. Ils sont un système solaire miniature, en orbite l'un autour de l'autre.

- Le retour au rituel doux : le thé et le lait :

Après les excès, le chapitre se clôt sur un rituel apaisant et nourricier : "l’heure du thé et de la tétée pour le boire avec un nuage de nos laits." Le lait, fluide doux et nourricier, remplace les fluides violents (sang) ou tabous. C'est un retour à une communion tendre et partagée.

Bilan sur les personnages

- Jenna et Ava :

Leur relation est poussée à ses extrêmes physiques et psychologiques. Elles sont "trop amoureuses" au point d'en devenir dangereuses pour elles-mêmes. Le chapitre montre leur prise de conscience et leur recherche d'un équilibre, avec l'aide extérieure.

- Pippa :

Représente la science médicale et le principe de précaution. Elle est la voix de la raison qui rappelle les limites du corps, surtout face à la fragilité cognitive de Jenna.

- Bri (et Izzy) :

Représentent la technologie et la créativité comme moyens de dépasser les limites sans se détruire. Bri est l'ingénieure du plaisir sûr, capable de "combler jusqu'à l'absolu" sans dommage.

- Delphine (en souvenir) :

Son absence est ritualisée par le rangement de ses décorations. Elle reste une figure de l'intensité et de la magie passée, qu'on peut rappeler pour les fêtes futures ("à la prochaine révolution").

Conclusion philosophique

Ce chapitre pose la question cruciale de la durabilité de l'amour passionnel. L'extrême (violence, transgression taboue) peut être une voie d'accès à l'absolu et à la fusion, mais il use les corps et les esprits. La recherche d'un équilibre devient alors une nécessité vitale. L'œuvre suggère que cet équilibre peut être trouvé grâce à plusieurs facteurs : l'intervention de la science médicale (Pippa), la médiation de technologies dédiées au plaisir (Bri), et la ritualisation du quotidien (le thé, le lait). Le passage du temps est aussi essentiel : il faut savoir ranger les souvenirs intenses (Delphine) pour faire de la place à de nouvelles expériences. Enfin, l'image finale du "nuage de nos laits" dans le thé est une belle métaphore de la relation idéale : un mélange doux et nourricier de deux substances individuelles qui créent ensemble quelque chose de nouveau et d'apaisant. L'amour ne doit pas nécessairement être une guerre ou une souillure ; il peut être une alchimie quotidienne, un soin partagé, une orbite stable autour d'un noyau commun.

Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)

Et si le "patrimoine cognitif dégradé" de Jenna, fragilisé par ces excès, commençait à lui faire percevoir les "jouets" de Bri non plus comme des outils de plaisir, mais comme des implants de surveillance, révélant une intention cachée derrière cette médiation technologique apparemment bienveillante ?

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