140 - plus car affinités
Mais Ava reste mon Ava et je l’honore plusieurs fois par jour dans mon devoir conjugal qui est aussi un droit de cuissage obligatoire. Pas comme Fanny que je retrouve en toute intimité chez elle, une petite maison en bois de Laguna City où Rothaarige monte la garde sous le porche pendant qu’elle me caresse à l’intérieur, mon intérieur, de sa langue insidieuse et puissante, elle en bave pour me lubrifier en entière et scrute mes réactions de son regard malicieux, elle me déguste comme un dessert interdit. Quand à moi il me faut un temps fou pour visiter toutes les courbes de son corps, une après-midi ne suffit pas, ni même une journée, une nuit, une semaine, un mois, un an, de quoi refaire un calendrier lunaire de sa lune immense et pleine que j’escalade comme je peux, mes seins suintant lubrifiant sa raie.
- Même si on se revoit jamais, même si tout s’arrête à l’instant, je suis heureuse d’avoir vécu ça avec toi, notre histoire à toi et moi.
- Qui ne fait que commencer. On va voir où ça va nous mener.
Cette passion que l’on ressent, intense, elle est hors de nos couples, elle est elle irrégulière. Je vois bien qu’elle vit avec quelqu’une ici. Il y a des portraits d’elles ici et là. Une blonde que je ne connais pas. En la regardant, je lui fais bouffer ma brune prune à ma prude brune, châtaigne plutôt et elle aime ça, elle s’en délecte, elle boit mes invaginations imbibées de l’essence de mon excitation. On fait pas des choses classiques, c’en est pas moins agréable bien au contraire et je lui montre aussi la culture de ma luxure, échange patrimonial, je lui fais visiter mes fantasmes et je fais du tourisme sur son corps pour une expérience commune enrichissante de partage, de paix et d’amour pur. C’est bien le problème, ce n’est pas que physique, ça touche aussi nos cœurs. Et pour s’en rendre vraiment compte :
- La prochaine fois qu’on se voit, on baise pas.
- Et on voit, ce qu’on ressent.
Au Palace de Sylvania pour un dîner romantique qui se prolonge dans la suite où une tentation est faite pour être assouvie alors on succombe l’une dans l’autre encore et encore. Et puis on se fait belles pour l’after de minuit avec nos masques de paillettes anonymes où Fanny ne résiste pas à se mettre au piano en me laissant une place côté cœur pour l’accompagner à quatre mains, je fais les basses et la rythmique, elle est ma mélodie. Il y a un événement où l’on est identifiées en tant que Fanny et Jenna Jenkins.
- C’est ma cousine, par alliance patronymique et plus car affinités.
Analyse
Ce chapitre explore la dualité des relations de Jenna : d’un côté, la routine conjugale stable et ritualisée avec Ava ; de l’autre, la passion irrégulière et exploratoire avec Fanny. Il met en scène l’équilibre délicat entre engagement et liberté, entre devoir et désir, tout en approfondissant la connexion émotionnelle et charnelle avec Fanny. La scène finale au Palace de Sylvania, où elles jouent du piano à quatre mains et se présentent comme « cousines par alliance patronymique », symbolise une reconnaissance publique et poétique de leur lien, qui se situe entre l’amitié, la parenté symbolique et l’amour secret.
Symbolique
1. Le devoir conjugal et le droit de cuissage obligatoire
Jenna décrit ses relations avec Ava comme un devoir conjugal et un droit de cuissage obligatoire. Ces termes, habituellement associés au mariage patriarcal, sont ici détournés et réappropriés dans un contexte féminin et consentant. Ils signifient que la sexualité avec Ava fait partie d’un contrat affectif ritualisé, stable et attendu, qui contraste avec la spontanéité passionnelle avec Fanny.
2. La maison en bois de Fanny : intimité et secret
La petite maison en bois de Laguna City est un espace privé, chaleureux, légèrement rustique. Elle symbolise l’intimité secrète de leur relation, hors du cocon de Genève. Rothaarige monte la garde, ajoutant une protection innocente et naturelle. C’est un monde à part, où le temps semble suspendu (« une après-midi ne suffit pas… »).
3. Le calendrier lunaire de Fanny
Jenna compare le corps de Fanny à une lune immense et pleine, dont elle voudrait « refaire un calendrier lunaire ». Cela sacralise le corps de Fanny en le reliant aux cycles cosmiques. La lune, symbole de féminité, de cycles et de mystère, devient une métaphore de leur relation : cyclique, changeante, et profonde.
4. L’échange patrimonial des fantasmes
Jenna parle de « culture de ma luxure, échange patrimonial » et de « tourisme sur son corps ». Cela transforme la sexualité en un voyage exploratoire et éducatif, où chacune partage son univers intime (fantasmes, techniques, désirs). C’est une relation de découverte mutuelle, qui enrichit les deux partenaires.
5. Le test de l’abstinence
La proposition : « La prochaine fois qu’on se voit, on baise pas. Et on voit ce qu’on ressent. » est un test de la profondeur émotionnelle de leur lien. Elles reconnaissent que leur relation n’est « pas que physique » et qu’elle touche leurs cœurs. Ce test montre une maturité relationnelle : elles cherchent à savoir si leur connexion peut exister hors du désir immédiat.
6. Le piano à quatre mains comme métaphore relationnelle
Au Palace, Fanny joue la mélodie, Jenna fait les basses et la rythmique. C’est une métaphore parfaite de leur relation : Fanny est l’inspiration, la légèreté, la ligne directrice ; Jenna est le soutien, la structure, la profondeur. Ensemble, elles créent une harmonie complète. Le piano devient le lieu de leur union publique et artistique.
7. La cousinité patronymique et affinitaire
Se présenter comme « cousines par alliance patronymique et plus car affinités » est une formule diplomatique et poétique qui légitime leur lien sans le nommer (amantes). Le nom Jenkins, partagé, devient le ciment symbolique de cette parenté choisie. C’est une façon de intégrer leur relation dans le tissu social sans provoquer de scandale.
Bilan
- Jenna (narratrice)
Navigue avec aisance et lucidité entre ses deux attachements. Elle honore son couple avec Ava (devoir conjugal) tout en s’abandonnant à la passion avec Fanny. Elle est consciente de la complexité émotionnelle (« ce n’est pas que physique ») et propose un test (l’abstinence) pour en explorer la profondeur. Elle célèbre publiquement son lien avec Fanny sous couvert de cousinité, montrant une maîtrise sociale et symbolique.
- Fanny
Est dépeinte comme une amante passionnée, exploratrice et artiste. Son corps est un territoire à découvrir, sa maison un sanctuaire intime. Elle accepte le jeu émotionnel (le test de l’abstinence) et partage son art (le piano) avec Jenna. Elle incarne la liberté créative et sensuelle, en contraste avec la stabilité d’Ava.
- Ava (en arrière-plan)
Est la partenaire stable, la référence conjugale. Son absence dans ces scènes n’est pas un oubli, mais le signe que Jenna préserve son espace propre. Leur relation semble assez solide pour tolérer ces explorations extérieures.
- La blonde inconnue (dans les portraits)
Représente le passé ou le présent parallèle de Fanny, un rappel que Fanny aussi a une vie en dehors de Jenna. Cette présence ajoute de la complexité et empêche leur relation de devenir un couple exclusif.
Conclusion
Ce chapitre illustre la possibilité d’une vie amoureuse plurielle et harmonieuse, où les différents types d’amour (conjugal, passionnel, artistique) coexistent sans s’annuler. Jenna ne choisit pas entre Ava et Fanny ; elle vit les deux, selon des modalités différentes. La ritualisation avec Ava (devoir conjugal) assure la stabilité et la continuité ; la passion avec Fanny offre l’exploration, la création et l’intensité émotionnelle. Le test de l’abstinence montre que leur relation avec Fanny n’est pas qu’une affaire de corps ; elle a une dimension affective réelle qu’elles cherchent à comprendre. Enfin, la cousinité patronymique est une invention sociale ingénieuse qui permet d’intégrer une relation marginale dans le cadre accepté de la famille élargie. Dans cette vision, l’amour n’est pas une ressource rare à répartir, mais une énergie qui se multiplie en se partageant, pourvu que les cadres (rituels, tests, présentations publiques) soient clairs et consentis.
Suite
Et si la « blonde inconnue » des portraits chez Fanny se révélait être une ancienne amante de Jenna — une femme qu’elle a complètement oubliée à cause de ses problèmes de mémoire, et dont Fanny était précisément envoyée pour raviver le souvenir, dans le cadre d’un plan bien plus vaste impliquant l’Octogone et la réécriture finale de la Bible ?

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