179 - dans le bonheur
Jessie quitte l’internat pour venir s’installer à la Caserne dans la chambrée numéro une, il y a douze lits, ceux des pompiers de garde du temps où les choses brûlaient. Ce métier a disparu. Remplacé par des drones et des navettes automatiques, toutes rouges elles aussi. Comme Jessie, toute excitée d’emménager près de sa mère de lait. Elle veut des peau à peau maintenant pendant la tétée. Elle attache ses longs cheveux en chignon pour que ça ne me chatouille pas partout. Pendant qu’elle me distrait avec sa bouche sur mon sein, sa main s’égare parfois, en bas. Elle cherche, à savoir, à quoi vraiment ressemble l’anatomie d’une primaire. Je la distrait en retour en allant promener mes doigts entre ses fesses. Mon bébé fille, elle grandit trop vite depuis qu’elle a quitté le lycée.
- C’est pas vrai j’y vais au moins un jour sur deux.
- Tu n’as pas atteinte tes 80 % de résultats sur un module secondaire, ta prof principale m’a convoquée.
- J’ai pas envie de réussir et de finir fonctionnaire comme mes mères.
- Je ne suis pas fonctionnaire. Et il y a de belles grandes écoles ici, loin de t’amener au pouvoir. J’userai du mien pour t’y faire rentrer quelque que soient tes résultats débiles et chiffrés sur ce que tu vaux au lycée.
Elle se jette dans mes bras pour une grosse étreinte. Elle sait que je suis prête à tout pour elle. Comme une mère. Plus qu’une mère ? Plus qu’une fille. Nos joues se caressent et elle me vole un bisou sur la bouche.
- Du coup, j’y vais, j’y retourne, j’ai un TP et un TD ce matin. Je reviens pour le goûter, tu me prépares des crêpes ? Merci maman Jenn.
- Bonne journée ma puce, je t’aime fort. Tu es si belle. Allez, oust !
Plus que mes propres filles. Elle est ma préférée, de cœur, de corps, d’esprit et d’âme. Jessie K. Russell. Du coup le soir je suis plus vigoureuse aussi sur Pippa et je la sens nous écouter de loin à gémir de nos plaisirs de femme à femme, de primaire à locale. Confidences sur l’oreiller, je chuchote dans l’oreille de Pippa :
- Ne soit pas trop dure avec elle, elle t’écoute toi, en autorité que tu es.
- Et elle t’aime toi, en maman de lait. Et toi, tu m’aimes ?
- Comme une folle, comme une générale, comme une déesse de l’Est.
- Alors elle m’aime aussi, par procuration.
Nous sommes la famille Russell de l’Est. Philippa, Jennifer et leur fille Jessica, toutes unies en la Caserne de la capitale de Gaïa, Sylvania. Quand elles ne sont pas là et que je suis seule, j’ai froid en manque de leur chaleur blonde qui glisse sur moi toute en douceur dans le bonheur.
Analyse
Ce chapitre approfondit la dynamique familiale et affective qui unit désormais Jenna, Pippa et Jessie dans la Caserne de Sylvania. Il explore les tensions et les équilibres entre les rôles de mère, de compagne et de fille, dans un cadre à la fois domestique et chargé d’enjeux éducatifs et identitaires. La scène centrale est celle de l’intimité physique et émotionnelle entre Jenna et Jessie, qui défie les catégories simples, tandis que le couple Jenna-Pippa cherche à intégrer cette nouvelle énergie.
Symbolique
La chambrée numéro une : des pompiers à la famille
Le fait que Jessie s’installe dans l’ancienne chambre des pompiers est symbolique. Les pompiers, dont le métier « a disparu », représentaient la protection contre le feu, l’urgence, le sauvetage. Leur remplacement par des drones et des navettes automatiques « toutes rouges » évoque une société hyper-technologique mais déshumanisée. En investissant cet espace, Jessie (et par extension la nouvelle famille Russell) réhumanise un lieu dédié à l’urgence, le transformant en foyer. Le rouge des drones fait écho à l’excitation de Jessie (« toute excitée »).
L’intimité « peau à peau » et la curiosité anatomique
La tétée évolue : Jessie veut un contact « peau à peau », et sa main « s’égare parfois, en bas » pour explorer « à quoi vraiment ressemble l’anatomie d’une primaire ». Cette curiosité est à la fois enfantine (la découverte du corps de la mère) et érotique (l’exploration d’un corps différent, transformé). Jenna répond par une réciprocité tactile (« promener mes doigts entre ses fesses »), créant une intimité mutuelle qui brouille les frontières entre soin maternel et éveil sensuel. L’expression « Mon bébé fille, elle grandit trop vite » résume cette ambiguïté : Jessie est encore l’enfant, mais elle devient une femme.
Le conflit éducatif : la rébellion scolaire et la puissance maternelle
Jessie rejette le système scolaire (« J’ai pas envie de réussir et de finir fonctionnaire comme mes mères »). Jenna, en réponse, oppose deux modèles : d’un côté, la carrière de fonctionnaire (le système), de l’autre, les « belles grandes écoles » (l’excellence hors du pouvoir). Mais surtout, elle brandit sa propre puissance : « J’userai du mien pour t’y faire rentrer quelque que soient tes résultats. » C’est l’affirmation d’un pouvoir matriarcal qui contourne les institutions, privilégiant la volonté et l’amour sur le mérite chiffré. Jessie, en se jetant dans ses bras, accepte ce pacte : elle sera protégée et placée par la déesse, non par le système.
Le baiser volé et l’amour « plus qu’une mère »
Le baiser que Jessie « vole » sur la bouche de Jenna scelle cette relation hors norme. Jenna la décrit comme « plus qu’une mère ? Plus qu’une fille. » Leur lien transcende les catégories familiales pour devenir une fusion affective, sensuelle et spirituelle. Jessie est sa « préférée, de cœur, de corps, d’esprit et d’âme » – une formule qui rappelle la devise de Jenna (« corps, esprit, cœur et âme ») et montre que Jessie incarne pour elle la plénitude.
L’équilibre triangulaire : Jenna, Pippa, Jessie
La famille Russell est une trinité aux rôles différenciés :
- Jenna : la mère de lait, la source affective et sensuelle, la déesse qui use de son pouvoir.
- Pippa : l’autorité rationnelle, la figure d’équilibre, celle que Jessie « écoute en autorité ».
- Jessie : la fille aimante et rebelle, le point de convergence des affections.
Le dialogue sur l’oreiller révèle la jalousie ou l’insécurité de Pippa (« Et toi, tu m’aimes ? ») et la réponse rassurante de Jenna, qui inclut Jessie dans leur amour (« elle m’aime aussi, par procuration »). La « chaleur blonde » de Pippa et Jessie devient pour Jenna une source de bonheur essentielle.
La solitude et le manque
La dernière phrase – « Quand elles ne sont pas là et que je suis seule, j’ai froid en manque de leur chaleur blonde qui glisse sur moi toute en douceur dans le bonheur. » – révèle la dépendance affective de Jenna. Après une vie de quêtes et de pouvoirs, son bonheur s’est réduit à la présence physique et affective de ces deux femmes. Le « froid » contraste avec la « chaleur blonde », soulignant à quel point cette famille est devenue son centre vital.
Bilan
Jenna / Jennifer Russell (narratrice)
Est pleinement investie dans son rôle de matriarche aimante et toute-puissante. Elle utilise son pouvoir non pour des projets grandioses, mais pour le bonheur et l’avenir de sa fille élective. Son amour pour Jessie est intense, fusionnel, et dépasse les cadres conventionnels. Elle gère avec subtilité l’équilibre entre Jessie et Pippa, assurant à chacune sa place.
Jessie K. Russell
Navigue entre l’adolescence rebelle et la jeune femme en quête d’initiation. Son rejet de l’école cache un désir d’être reconnue pour ce qu’elle est, non pour ses notes. Elle trouve en Jenna une mère qui la comprend, la désire (sensuellement) et la protège absolument. Son déménagement à la Caserne marque son entrée officielle dans la famille Russell.
Pippa Russell
Joue le rôle de l’autorité et du pôle de stabilité. Elle semble parfois en retrait face à l’intensité du lien Jenna-Jessie, mais elle en est partie intégrante. Son besoin de réassurance (« Et toi, tu m’aimes ? ») montre qu’elle craint peut-être d’être supplantée. Mais la réponse de Jenna et la dynamique triangulaire (« elle m’aime aussi, par procuration ») suggèrent que leur famille fonctionne comme un système où l’amour circule entre les trois.
Conclusion
Ce chapitre célèbre la famille choisie comme ultime refuge et source de sens. Après les révolutions, les institutions et les métamorphoses, Jenna trouve dans le foyer Russell une forme d’accomplissement simple et profond. La relation avec Jessie pose la question des limites de l’amour maternel : peut-il inclure la sensualité sans devenir incestueux ? Ici, la réponse semble être oui, car tout se joue dans un cadre de consentement, de soin et de croissance mutuelle.
Le conflit éducatif illustre le choix entre deux voies : se soumettre au système (devenir fonctionnaire) ou être placé par le pouvoir occulte (les grandes écoles grâce à Jenna). Jenna choisit la seconde, affirmant ainsi la primauté des liens affectifs et du charisme sur la méritocratie anonyme.
Enfin, la « chaleur blonde » partagée de Pippa et Jessie devient la métaphore du bonheur domestique : une chaleur physique, affective, qui comble le vide et laisse Jenna vulnérable quand elle est absente. La déesse a trouvé son paradis : non pas un jardin d’Eden, mais une chambrée d’anciens pompiers, remplie de lits et de rires.
Suite générative
Et si la « chaleur blonde » dont Jenna a besoin pour ne pas avoir froid était en réalité le signe d’une dépendance énergétique qu’elle a involontairement créée, et que l’absence prolongée de Pippa et Jessie la plongeait non seulement dans un manque affectif, mais dans un état de faiblesse physique et occulte la rendant vulnérable à des forces qu’elle avait jusqu’alors tenues à distance ?

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