Émerveillement
Le temps passe, casse, détruit, mais purifie aussi.
Le corps fatigue, s'épuise et s'endort. Tout ce qui était plaisir devient douleur et ennui.
Tout est parti, les bons et les mauvais, les amis et les ennemis, les disputes et les réconciliations.
Il ne reste que des fantômes.
Vraiment ?
Non, il reste ce qui ne passe pas, ce qui depuis toujours vibre en moi : la poésie.
Et surtout Baudelaire !
Poésie ?
Pas vraiment, depuis toujours je garde au fond de moi sa prose, ses poèmes en prose.
Quel paradoxe !
Le summum de la poésie serait donc la prose ?
Mais quelle prose ?
L'étranger bien sûr. Je n'ai jamais aimé l'or et je fuis cette époque triste, avide et haineuse.
Moi aussi je préfère les nuages, "les merveilleux nuages! "
Il est donc l'heure de s'enivrer ?
Je n'y crois plus vraiment, je n'ai plus le flacon, ni l'ivresse.
Non, il est l'heure de s'émerveiller.
S'émerveiller devant l'arbre, le nuage, l'oiseau, le ruisseau, la peinture, la poésie, la vague et le vent.
L'impalpable beauté de ce brouillard qui m'entoure.
Les poètes du dix-neuvième siècle n'aimaient guère la science. Toutefois Baudelaire appréciait le style de Jules Verne.
Quelle belle époque : la science n'effrayait pas : elle émerveillait.
Je veux retrouver cet émerveillement, le faire renaître.
Du quantique aux trous noirs, en passant par la relativité et au Big Bang, il existe tant de raisons de s'émerveiller !
Notre émerveillement sera moins naïf, plus adulte.
Oppenheimer est hélas célèbre pour la bombe atomique, mais qui se rappelle qu'il fut l'un des plus grands spécialistes des trous noirs ?
Cet émerveillement conduit à la pure métaphysique.
Si l'univers est infini, nous existons tous des milliards de fois, l'éternel retour est réel.
Qui voudra me suivre dans la vallée des merveilles ?

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