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Un jour Monsieur Hiver lui a demandé des nouvelles des tigres et des guépards. Lina avait plongé ses yeux au cœur de l’homme au visage blanc et dans un sursaut avide, les animaux fantastiques qui peuplaient son univers s’étaient jetés vers la feuille vierge.
Les hyènes partaient d’un rire hideux, les lions portaient la mort dans leur gueule, griffant les flancs des éléphants, en plein jour une pieuvre étouffait un enfant de ses bras phosphorescents, les corneilles cendrées volaient les œufs, un oiseau tombait du nid.
L’homme face à Lina ferma les yeux sur le monde, la glace qui l’enveloppait se mit à mordre sa chair.
Ce n’était pas des animaux.
Mais des hommes.
La nuit suivante les larmes avaient coulé dans le crâne de celle qui ne pleurait plus. Ce n'était pas un monstre qui s'était dressé dans son rêve, mais l'être qu'elle avait chéri et n'avait jamais oublié. Leurs cœurs avaient battu à l'unisson, un temps, avant. Et derrière les bras de sa mère la lâchaient. Les draps étaient trempés de sa peur, de sa douleur. Elle n'était pas allée voir Monsieur Hiver. Elle était allée voir Isaac. Elle n'avait pas su ce qu'elle faisait, ses pas l'avaient portée jusqu'à la porte en bas du couloir couleur neige, elle avait frappé.
Ouvre-moi, Ouvre-moi je t'en prie.
Elle entra sur la pointe des pieds, l'homme avait un regard ahuri et pourtant au fond des yeux le calme, les yeux de ceux qui ne jugeaient pas. Elle s'était blottie contre lui, la chemise de nuit collant à son corps, et laissa libre cours à ses larmes imaginaires. Le désarroi. La peur du rejet, encore. Toujours. Elle resta longtemps la tête contre sa poitrine, elle l'avait su l'avait perçu depuis le début cet homme était un roc et renfermerait ce secret dans sa tombe. Elle pleura longtemps, sa peine et l'abandon, l'abandon colossal qui lui tournait la tête et lui prenait son corps. La tête collée à son torse puissant et usé, la chaleur qu’il dégageait un baume sur ses angoisses. Il la tint longtemps contre lui, une main pressant son dos, son souffle dans ses cheveux. Lui permettant enfin de trouver un réconfort. Elle ne savait ce qu'il avait vécu, savait seulement qu'il était en mesure d'englober sa douleur.
La scène n'était pas acceptable, néanmoins personne ne vint séparer leur étreinte, et ce n'est que tard dans la nuit que Lina quitta la chambre de cet homme au grand cœur, plus sereine, consolée, sans l'ombre d'un remords.

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