11. Bonne compliance
Thalixia ne répondit pas.
Elle regarda le plafond blanc de l’hôpital, les néons trop lumineux, le bruit régulier des machines. Elle était encore dans le brouillard. Tout semblait loin. Même Camille. Même Maxime.
Quand le médecin entra, elle ne protesta pas.
« Nous allons la garder quelques jours en observation », dit-il d’un ton neutre. « Elle a besoin de repos. »
Thalixia hocha simplement la tête.
Elle était fatiguée de lutter. Fatiguée de réfléchir. Fatiguée d’avoir mal.
Alors elle laissa faire.
Les “quelques jours” devinrent des semaines.
On transféra Thalixia dans une unité psychiatrique. Les portes étaient lourdes. Les fenêtres ne s’ouvraient pas. Les murs étaient d’un beige triste, comme si même les couleurs avaient abandonné.
Au début, elle pensait que c’était temporaire. Juste le temps de se stabiliser. Juste le temps que la douleur passe.
On lui donna des médicaments pour dormir.
Puis pour calmer l’anxiété.
Puis pour réguler l’humeur.
Puis pour éviter les “pensées obsessionnelles”.
Les doses augmentèrent.
Ses journées devinrent floues. Elle marchait lentement. Parlait peu. Ses émotions étaient lointaines, comme derrière une vitre épaisse. Même pleurer devenait compliqué. Même se souvenir.
Camille et Maxime venaient la voir.
« Ça va ? » demandait Camille en essayant de sourire.
Thalixia répondait toujours la même chose.
« Oui. »
Mais ce “oui” n’avait plus de couleur.
Les médecins notaient dans leurs dossiers :
Patiente stable.
Réduction des crises.
Bonne compliance au traitement.
Bonne compliance.
Elle ne criait plus.
Ne frappait plus les murs.
Ne posait plus de questions sur le stalker.
Elle ne voulait plus rien.
Un jour, Maxime posa sa main sur la sienne. Elle ne la retira pas. Mais elle ne la serra pas non plus.
« Thalixia… reviens… » murmura-t-il.
Elle cligna des yeux, lentement.
Revenir où ?
Les souvenirs de sa famille étaient devenus des images pâles. L’accident ? Flou. Le stalker ? Presque irréel. Comme une histoire racontée par quelqu’un d’autre.
Les médicaments faisaient leur travail.
Elle ne souffrait plus vraiment.
Mais elle ne vivait plus non plus.
Elle restait assise dans le jardin sécurisé de l’établissement, regardant le ciel sans vraiment le voir. Les jours passaient. Les saisons changeaient.
Elle, non.
Et quelque part, dehors, la vérité sur sa famille continuait d’exister.
Mais Thalixia ne cherchait plus. Elle s’était laissée porter.
Et à force de ne plus lutter, elle avait fini par disparaître doucement à l’intérieur d’elle-même.
Fin – le lecteur a perdu
Pas dans le sang. Pas dans le chaos. Mais dans le silence.

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