Compréhension -
Je l’ai vue assise. Le dos courbé. Les bras autour de ses genoux. Le regard assoupi. Elle surveillait sûrement la beauté du vide. Parfois, elle caressait l’air. Avec des mouvements gracieux que seule une main de femme peut faire. Je l’ai observée, la tête baissée, cette femme tristement recroquevillée.
Sa gorge se leva à mesure que ses paupières s’ouvrirent. La gorge levée, elle tomba en arrière et son visage fit face au ciel béant de la terrible condition humaine. C’était une femme au millier de belles courbes mais une seule se démarquait : la courbure de son sourire.
Son corps ondulé vibrait sans cesse aux formes circulaires de morceaux de peau. Pourtant, son visage était d’une rigidité linéaire. J’ai cru comprendre qu’elle ne désirait plus sourire. Que c’était inutile. Ce qui compte désormais, quand on est une femme fragile, ce sont les morceaux de chair et qui sera la plus belle. La mieux déguisée.
Moi, j’adorerais la voir sourire pour de vrai. Peutêtre que tant que ses épaules sont légères, c’est assez pour que je sois aveugle au reste. Je lui dirai qu’elle n’a pas à porter le monde. Parce que le monde descend d’elle. Et que si, contrairement à moi, elle a des épaules fines, légères, presque fragiles, c’est pour mieux faire naître, de l’aine, ce monde d’hommes.

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