Chapitre 2 - 5

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Les genoux de la vampire lui faisaient mal depuis longtemps quand Noa se leva de son siège. Solène n’avait pas bougé ; elle ne bougea pas. La jeune femme continua de fixer l’assise du canapé, son habit trempé de salive, le sol, avec une obéissance exemplaire. Elle ne releva pas la tête non plus lorsque la prédatrice revint, ni pour observer ce qu’elle lui avait préparé, ni quand, avec des gestes brusques, elle lui tira les mains en arrière pour les attacher ensemble dans son dos.

Elle patienta jusqu’à ce que des doigts doux viennent cueillir son menton, lui relevant la tête. Solène grimaça, sortie de sa transe, la douleur sous son poids difficilement soutenable. Le visage sali de larmes séchées, elle observa sa partenaire d’un regard implorant.

- Tu es superbe, commenta celle-ci la voix mielleuse. Tiens bon, encore un petit peu, pour moi.

L’odeur était immanquable, envoûtante. La proie cligna des yeux et gémit faiblement pour acquiescer, luttant de tout son être pour ne pas darder son regard sur le verre dans sa main, rempli d’un liquide rouge. Noa s’assit de nouveau, huma la boisson, le regard planté sur sa victime.

- Tu sais ce que c’est, n’est-ce-pas ? 

Solène qui avait regagné le droit de bouger hocha la tête. Elle essaya d’articuler un s’il te plait du mieux qu’elle put, mais ne sortit de sa bouche qu’un souffle pathétique. 

- Oh ? Je ne te comprends pas, laisse-moi deviner… tu penses en mériter ?

Un sanglot échappa à la jeune femme… prudemment, elle secoua la tête. Le sourire carnassier de la dominatrice s’élargit.

- C’est ce qu’il me semblait.

Déstabilisée, Solène bougea légèrement, faisant peser son poids sur des parties déjà endolories de ses jambes. Elle poussa un couinement navrant qui fut repris immédiatement d’un claquement de langue. La jeune femme soumise ravala sa douleur, il lui fallait mériter ce sang. Son corps poussé à bout le réclamait à grand cri. Elle se tint silencieuse, honorant la volonté de sa maîtresse.

Noa, qui ne la quittait pas du regard, leva son verre, le posa sur ses lèvres délicieuses, et le descendit tranquillement. Les larmes montèrent aux yeux de Solène alors que la boisson disparaissait, et avec elle, ses chances d’en obtenir quelques gouttes. La vampire se lécha les babines, l’air satisfaite. Elle s’assura que sa proie ne bougerait pas d’un regard entendu, et se leva de nouveau.

Lorsqu’elle revint, un nouveau verre à la main, Solène ne put s’empêcher de tressaillir. À bout de forces elle tomba de côté. La joue contre le sol, cisaillée par le bâillon. La jeune femme râla, et se releva tant bien que mal, tremblant violemment. Noa ne dit rien et reprit position sur le canapé.

Elle fixa de nouveau son regard – intense, terrifiant – dans celui de Solène et but tranquillement le sang. Lorsqu’elle eut fini son second verre, Solène ne put se retenir de gémir, puis, inquiète, elle se tut et se figea. 

Noa se leva de nouveau. Quand elle revint, le verre à nouveau rempli, Solène pleurait ; elle ne lui accorda pas la grâce de son réconfort. « C’est le dernier » annonça-t-elle en posant ses lèvres sur la coupe. Dépitée, Solène l’observa descendre le verre lentement, gorgée après gorgée, pause après pause. Jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus une goutte.

Lorsqu’elle eut fini, Noa la toisa avec contentement.

- Tu as été sage, tu as souffert pour moi. Tu me rends fière.

La soif tiraillait la vampire. Ses sens dirigés tout entiers vers le repas qui lui avait échappé, par sa faiblesse ; elle eut envie de disparaître mais c’était impossible sous ce regard qui la transperçait. Réduite à rien, rendue incapable même de tenir sur ses jambes frêles. Elle n’était plus la vampire qu’elle craignait d’être, elle n’était plus que ce que Noa décidait pour elle, un réceptacle pour ses désirs. 

- Ne bouge pas, petite proie, je vais m’occuper de toi.

Solène usa des restes de sa volonté pour se maintenir en place, tandis que sa prédatrice effectuait un dernier aller-retour. Pendue à la promesse qu’elle allait s’occuper d’elle, la reformer après l’expérience dévastatrice.

Noa revint avec à la main la poche de sang presque vide, dans laquelle subsistaient quelques maigres gouttes. Malgré elle, la vampire exténuée saliva de plus belle, créant des fils épais de bave sous son menton. Cela n’échappa à la femme qui s’amusait de son impuissance.

- Je vois que tu es toujours affamée… tiens, tu as droit à mes restes.

Elle leva la main haut au-dessus de son visage, et Solène tira sa nuque pour offrir le plus d’espace possible à sa bouche bâillonnée. Les gouttes de sang giclèrent sur sa face, chacune d’entre elles qui tombait sur sa peau était une goutte perdue ; elles étaient comptées. Sur la fin du sachet une poignée de gouttes seulement échoua sur la boule qui obstruait la bouche de la vampire, et force d’efforts, elle en fit parvenir deux ou trois à sa langue dans une agonie extatique. C’était si peu, c’était tellement. Pendue aux gestes de son aimée, elle n’était à cet instant pour elle que les quelques gouttes qu’elle daignait lui offrir ; elle n’était plus rien. Elle mourrait de ses mains si c’était pour lui plaire//elle refuserait ces gouttes si elles n’étaient pas de sa main grâcieuse. 

Délicatement, les doigts de sa compagne se glissèrent dans sa nuque et la libérèrent de sa prison. Ses poignets vinrent ensuite. Solène déroutée, amoureuse, chercha dans l’élan de son corps brisé le réconfort de celui de Noa, elle l’accepta. Les caresses se pressèrent sur sa tête, douces, soucieuses.

La mâchoire de la jeune femme était parcourue de crampes douloureuses, ses jambes ramassées à ses côtés ne répondaient plus. La douceur de son aimée ensevelissait tout cela. Noa la laissa se reposer abondamment contre elle. Elle la choya, la couvrit de mots doux. Solène, plongée dans un vertige amoureux perdit quelques instants le sens de la réalité. Elle fut ramenée sur terre par l’intervention de sa tendre amante :

- Tu as été merveilleuse, petite proie. Je suis si fière de toi… 

Puis…

- Si tu le permets, j’aimerais te demander une faveur, moi aussi.

Solène posa sur elle des yeux qui voulaient dire tout ce que tu veux.

- Si tu es d’accord, j’aimerais te marquer.

- …oui, coassa difficilement la jeune femme.

- Attends-moi ici.

Solène acquiesça dans un soupir. Enveloppée d’une chaleur cotonneuse, elle observa sa copine se lever et lui amener un verre d’eau. « Bois » lui intima cette dernière en lui tendant la boisson. Elle s’exécuta, sentant immédiatement les bienfaits dans sa gorge sèche, puis reçut un baiser timide sur la joue. « Tu es adorable, je t’aime. » 

La vampire se prélassa un peu plus dans les bras puissants de la prédatrice, et, quand elle fut prête, elle se releva avec son aide, puis s’installa dos à elle sur le canapé.

- Je vais te mordre, annonça son amante.

Elle répondit un hmm d’approbation, la tête flottant parmi les nuages.

Puis elle sentit les crocs glacés contre sa peau. Trop faible pour les fuir, elle les accueillit avec grâce. Les canines aiguisées épousèrent la peau, la déchirèrent religieusement ; une douleur aigue surgit à la base du cou de la vampire. Elle gémit de plaisir – de peur. Contre son instinct, elle se maintint dans cette embrassade. Elle s’offrit à son aimée. Toute entière.

Noa gémit à son tour, transportée par la sensation… elle ne boirait pas le sang – c’était inutile entre vampires – mais le sentiment de planter se crocs, disait-elle, de sentir la chair céder sous sa mâchoire, était un sommet d’extase. 

Gênée, presque, elle se retira et lécha la plaie tendrement. Solène tomba contre elle, transie.

- Merci, murmura Noa.

- Je t’aime, mon ange gardienne… lui susurra Solène en fermant les yeux.

*

La jeune femme tenait la combox entre des mains légèrement tremblantes. Hésitant une seconde avant de presser le bouton envoyer, elle se résolut finalement à le faire après une grande inspiration.

Solène
Bonjour, je vous contacte pour vous donner ma réponse. C’est décidé pour moi, si vous acceptez ma candidature, je viens. Cordialement. Solène Dorneval.

Elle n’attendit pas longtemps la réponse.

Raymond Kronauer
Parfait. Nous sommes heureux de vous recevoir. Présentez-vous au même accueil Mercredi prochain à 16h, vous serez présentée à votre équipe de soutien. Pour la partie administrative, pensez à apporter votre accréditation NA. 

Et, sobrement, la vampire entrait dans la gueule du monstre.

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