Chapitre 4 - 4
Le temps sembla ralentir, mais chaque gorgée était trop courte. C’était comme arroser un sol aride, il lui en fallait plus pour satisfaire la soif d’une vie. La vampire se perdit dans les perceptions accrues de ses sens ; le souffle de la femme, calme, à peine au-dessus d’elle, ses propres bruits de succion, la douleur délicieuse de ses jambes écrasées par celles puissantes de son adversaire, l’odeur de ses cheveux, un shampoing floral, celle de la peau, celle du parfum de Mila qui trainait faiblement dans la pièce, le goût fantastique du sang délivré...
Avant qu’elle puisse reprendre ses esprits, décider de s’arrêter, la poigne sur ses cheveux se resserra. Solène poussa un grognement plaintif mais ne dévia pas de son objectif, le regard perdu dans le vague, les dents ancrées dans le corps. Elle fut arrachée de la plaie contre son gré, la douleur explosa dans sa mâchoire, mais rien ne stoppa la femme qui la maitrisait.
Un hurlement échappa à la fille sans qu’elle comprenne d’où provenait sa douleur. Sa main libre accourut vers sa bouche étouffant un sanglot. Elle fut reposée par terre et libérée l’instant suivant par son adversaire qui, se relevant, l’observa de toute sa hauteur.
- Ah. J’y suis peut-être allée un peu fort...
Solène se recroquevilla, engloutie par la souffrance absurde qui avait absorbé le plaisir si grand un instant auparavant. Elle ne pensa plus à se défendre, trop étourdie par les sensations, et tâta sa bouche à la recherche d’une confirmation.
Un de ses crocs s’était brisé.
Il retentit à côté d’elle sur le sol lorsque la combattante le lui rendit sans cérémonie. La vampire ne sut quoi en faire ; elle le laissa là. Son corps se remit vite de la douleur, de sa fatigue, trop vite même. L’effet du sang, du vrai sang, était fantastique. Elle sentait qu’une énergie nouvelle parcourait ses veines, mais l’impression était trop forte, trop nouvelle, pour qu’elle s’y acclimate aussi facilement.
L’esprit traversé de flashs agressifs, de perceptions distrayantes, le retour de Mila se noya dans la vague d’émotions ; la respiration de la femme qui l’avait blessée//nourrie l’obsédait. Malgré le feu implacable qui embrasait sa bouche, malgré le danger, elle voulait plus que tout gouter sa chair à nouveau. Elle aurait tout donné pour ça, seuls les échos de sa conscience l’empêchèrent de se jeter sur elle.
Elle se tourna confuse vers l’inventrice lorsque cette dernière s’accroupit devant elle. Que faisait-elle là ? “Ça va Solène ?” Elle hocha la tête d’instinct. Une histoire de mods, d’arène. L’arène. Son rendez-vous, les mods ! Elle savait que c’était important, mais tout cela était comme disposé derrière une porte qui refusait de s’ouvrir. La jeune femme se laissa guider.
“Tu m’avais dit que tu la testerais, pas que tu la traumatiserais.”
“J’ai été douce, pourtant.”
“Aide moi, ne l’abîme pas plus.”
Les deux femmes transportèrent la vampire jusqu’à un siège où Mila pourrait la manipuler facilement. Elle se laissa faire, se complaisant dans l’attention qui lui était portée. Peut-être, si elle se tenait sage, qu’elle pourrait goûter sa partenaire à nouveau. Elle s’y accrocha, l’inverse lui paraissant trop inconcevable.
Il fallait qu’elle plante ses crocs à nouveau. Pourquoi avait-elle mal à la mâchoire, déjà ?
Petit à petit les mods furent disposés sur elle. C’était agréable. La sensation du métal contre sa peau lui rappelait la poigne de fer de la combattante. Peut-être était-elle faite de métal ? Non, il y avait du sang qui coulait en elle, et Solène en salivait.
- Tu l’as cassée, Kae.
- ...C’est mieux comme ça. Elle n’est pas faite pour ici.
- En attendant j’ai préparé ses mods pour rien. Va chercher de quoi nettoyer sa bouche s’il te plaît, on ne peut pas la présenter comme ça.
Solène gémit en voyant sa partenaire s’éloigner mais se rassura lorsqu’elle revint, un chiffon à la main. Ses gestes pour nettoyer le sang sur sa bouche furent brefs et efficaces, mais la vampire apprécia sentir à nouveau sa peau si proche de la sienne. Si elle était sage... Elle était si sage ; peut-être...
La préparation toucha à sa fin, Mila essaya de trouver son attention, et Solène fit mine de comprendre ; son attention toute entière était dirigée vers la femme qui lui avait offert son sang. Le mouvement de ses yeux, sa posture, la contraction de ses muscles, tout la fascinait. Elle en voulait plus. Ne l’avait-elle point mérité ?
Était-ce de l’amour ?
Non, Noa – elle se souvenait de Noa – était celle qu’elle aimait. Mais sa vie lui paraissait si lointaine. Comme si elle ne figurait pas sur le même plan d’existence, comme si sa quête permanente de transformation avait été absurde ; naïve.
Elle était une vampire. Elle buvait du sang. Avait-elle réellement cru pouvoir y échapper ?
Elle doutât que les siens qui s’en empêchaient toute leur vie soient nombreux. Qu’advenait-il d’eux ? Qu’adviendrait-il d’elle ?
- Tâche de ne pas te faire tuer dans l’arène.
C’était la femme aux cheveux flamboyants qui avait parlé. Solène but ses paroles. Elle ne se ferait pas tuer. Pour lui plaire. Pour se pencher à nouveau sur son cou. Pour sucer encore son sang. Elle acquiesça vigoureusement du chef.
Il fallait la séduire.
Il fallait lui plaire.
Ou il faudrait la surpasser.
Mila l’aida à se lever, mais la vampire avait déjà retrouvé ses forces. Elle se laissa guider dans le dédale du colisée, prêtant peu attention au chemin qu’elle empruntait. Sa partenaire était restée sur place, Solène n’avait pas apprécié se séparer d’elle mais un espoir s’éveilla au fond d’elle-même, qu’elle vienne la voir, l’observer, la chasser de ses yeux prédateurs. Tant qu’elle gardait une part de son attention, elle conservait une chance de la faire sienne. De se nourrir de son nectar. De déchirer son corps exquis.
Elle ferait ce qu’il faudrait pour lui plaire.
Lorsqu’elle pénétra dans l’arène, la vampire n’avait pas la moindre idée des mods qu’elle portait. Une seule idée régnait dans son esprit : elle allait gagner.

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