12. Howlite

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La Howlite calmerait le mental. Elle atténuerait l’hypersensibilité et renforcerait le caractère.

°°°

La chaleur des rayons du soleil réveille Léana pour son premier jour de vacances. La jeune femme s’étire, un sourire éclatant sur les lèvres. Comme si l’astre l’avait remplie d’une énergie nouvelle, elle jette un coup d’œil déterminé vers son armoire. Elle ne prend pas plus de temps pour se lever et y attraper un jogging et un tee-shirt. Dès que ses doigts déplient le tissu, le murmure de son terrible souvenir s’infiltre dans son cœur.

— Ça ne veut rien dire, murmure-t-elle à voix haute.

Décider d’aller courir ne signifie pas qu’elle est prête à reprendre l’entraînement ou accepter ce qu’il s’est passé avec l’Autre. Elle veut juste essayer. Essayer d’être… normale. Juste pour un moment.

Une fois en tenue, Léana se regarde dans la glace. Elle a perdu tellement de poids depuis le mois de mars. On est seulement fin octobre. Sa musculature ne ressemble plus à celle qu'elle possèdait avant. Plus elle s’observe, plus elle se trouve ridicule. Qui est ce reflet livide dans le miroir ? Ces poches sous les paupières, ces joues creusées, cette tristesse dans le regard... Qu’est-elle devenue ?

Il faut que tu essayes, il faut que tu avances. « Je sais ! » aurait-elle envie d’hurler. Elle sait très bien qu’elle devrait se relever, qu’elle devrait mettre derrière elle tout ce qu’il s'est passé avec… avec… Nergal.

Les larmes montent pendant qu’elle se laisse tomber sur le sol. Ses doigts crispés sur son survêtement, Léana comprend que ce souvenir a ses griffes trop profondément plantées dans son corps pour qu’une reprise de l’entraînement soit aussi facile.

Elle pensait simplement faire un petit tour dans la forêt. Juste ça. Elle en est incapable. Un but si bête pour des conséquences dramatiques.

Recommencer à courir, à se muscler, serait se résigner à vivre avec ce souvenir pour le restant de ses jours. À l’inverse, accepter que son corps ne soit plus capable de subir la préparation au concours de l’Académie lui permettrait de renaître. Elle perdrait ses Maîtrises, ses souvenirs, sa famille et tous ceux qui la connaissent mais au moins elle oublierait. Elle ne sentirait plus le fantôme de ses mains sur sa peau, elle n’entendrait plus son souffle terrifiant ou son rire cruel résonner dans le noir. Une terrible décision pour une vie libérée du poids de ses erreurs.

Que choisir ? Bien sûr que son cœur se brise à l’idée de faire autant de mal à sa famille, à Kaïs et à ses familiers. Mais le souvenir de l’Autre est trop puissant pour faire aisément pencher la balance.

Un éclat bleuté naît autour de son poignet et sa loutre d’Eau frotte sa tête contre l’avant-bras de l’adolescente dans une tentative de réconfort. Léana relâche une expiration tremblante. Elle a encore du temps. Du temps… C’est tout ce qu’il me faut.

Pendant un instant, elle songe à appeler Hashim. Il saurait quoi lui dire, il avait toujours les mots. Mais elle a honte. Tellement honte. Alors elle laisse tomber son téléphone. Elle se relèverait. Un jour. Juste pas aujourd’hui.

Elle s’agrippe à son bureau et pousse sur ses jambes pour s’assoir sur la chaise. Elle commence à se défaire de ses affaires de sport en serrant les dents. Ce n’est que partie remise. Elle se répète ces mots comme s’ils pouvaient empêcher ses larmes de franchir la barrière de ses paupières.

Nouvellement habillée d’un jean et d’un pull, elle finit par descendre prendre un maigre petit-déjeuner sur la petite terrasse à l’arrière de la maison. Le soleil caresse sa peau et sèche les sillons mouillés sur ses joues. Ça va aller Léana. Tu es forte. Tu le sais.

Après un moment à se remettre de ses émotions, un moment pour remettre sa carapace sur son dos, Léana remonte à l’étage faire ses devoirs. Si elle les finit maintenant, elle pourra profiter tranquillement de ses vacances. Un bac blanc de maths se prépare le jeudi de sa rentrée et, même si elle a déjà les bases, elle ne peut pas prendre le risque de ne pas le travailler.

Lorsqu’elle se rend compte qu’elle a passé cinquante minutes sur une matrice sans résultat, elle admet qu’elle a un souci. Elle regarde son portable, tend la main vers l’objet mais se reprend au dernier moment. Non. Son amitié avec Kaïs est encore trop fragile pour qu’elle envisage de lui demander de l’aide. Même pour un truc aussi simple qu’une question de maths.

Elle se remet à ses exercices, passant celui auquel elle n’a pas de réponse. Malheureusement pour elle, Léana bute sur d’autres parties. Elle cherche dans ses cours sans trouver de solution. J’ai loupé une partie de la leçon. Elle ouvre une page internet mais son attention se porte sur sa boite mail qui affiche une nouvelle notification. Un message de la professeure de physique.

Chers tous,

Dans le cadre de votre travail personnel encadré (TPE), M. le professeur d'Histoire et moi-même exigeons que vous nous envoyiez le sujet et le plan de vos travaux avant la fin des deux semaines de vacances. N’oubliez pas que votre sujet doit comprendre une dimension physique-chimie couplée à une partie d’Histoire. Vous trouverez la liste des groupes en pièces jointes.

Oh nan. J'avais oublié ce truc à la noix ! Léana clique sur le fichier joint et parcourt la liste. Elle lâche un énorme soupir quand elle trouve son nom. Son chaton de Feu apparaît à ce moment précis, sautillant de joie. Elle plisse les yeux pendant qu’il remue la queue puis referme son ordinateur, agacée.

Comme dirait une certaine personne : bordel.

Groupe n° 7 :

Micah Théso

Léana Makri

Kaïs Bayram

OoO

« L’Empire enkidien se trouve en plein milieu de l’Océan Atlantique. Énorme continent, la légende raconte qu’il a été créé par les Primordiaux pour protéger les Enkidiens de l’avidité des Humains. En plus d’être entièrement invisible à leurs yeux, ces derniers ne peuvent s’en approcher sans ressentir un besoin intense de s’en éloigner. »

Kaïs lâche un énorme soupir. Il regarde encore une fois la couverture du livre pour vérifier si ce truc n’est pas intitulé « Ramassis de conneries ». Raté.

« Géographie d’un Empire Millénaire », lit-il à haute voix, d’un air faussement intéressé.

Décevant et insipide. Exactement comme son contenu. De tous les ouvrages qu’Iris a ramenés de la bibliothèque de l’Académie, cet exemplaire est le seul qu’il n’a pas encore jeté par terre. Fais gaffe, bouquin à la con. À tout moment ça peut partir.

Si Kaïs jauge l’objet d’un regard méfiant, il reprend tout de même sa lecture, la mâchoire serrée.

« D’ailleurs, si on survolait la terre des Dieux – comme on l’appelait autrefois –, on s’apercevrait que cette vaste contrée ressemble, dans sa forme, à une marguerite à sept pétales. Alors, pour inscrire dans l’Histoire la mémoire des clans de croyants qui ont soutenu les Primordiaux, chaque corole de l’Empire a pris leur nom. »

Il pourrait s’arracher les cheveux. Pourquoi tous ces foutus bouquins contiennent TOUJOURS un passage sur ces putains de Primordiaux ? Rejetant sa tête sur le dossier de sa chaise, il fixe le coin droit de la plus haute étagère de sa chambre.

« Mythes et Légendes enkidiennes ».

Le seul livre de révisions qu’il n'a jamais ouvert. Rien à foutre, j’le lirai deux jours avant le concours.

Il baisse le regard vers les pages ouvertes devant lui. Il voit rouge quand les occurrences du mot « Primordiaux » se font de plus en plus abondantes dans les paragraphes suivants.

— Mais bordel de merde ! Les Humains ont au moins la décence d’essayer de prouver l’évolution de leur civilisation par la science ! crache-t-il devant le pauvre ouvrage de géographie. Arrêtez de foutre vos croyances débiles partout ! Enki, le dieu unique ! On s’en cogne, putain !

C’en est trop. Il envoie valser l’ouvrage par terre. Fallait pas me chercher. De toute façon, il connaît déjà les généralités géographiques de l’Empire. Au milieu du Continent se trouvent les Terres Centrales parce que leurs ancêtres n’avaient aucun goût pour les noms compliqués. Et autour - Ô surprise - , sept Provinces découpées aléatoirement par des rivières, des montagnes et un désert. Enfin… Vu la faille infranchissable au Nord, on est plus sur six Provinces que sept. Et bien sûr, pour rester dans l’insipidité, les Provinces portaient le nom d’un des sept Éléments. Feu, Eau, Temps, Terre, Métal, Air et M…

Il n’a pas le loisir de continuer son monologue intérieur. La porte de sa chambre s’ouvre soudainement, révélant un colosse de deux mètres à la peau d’ébène :

— Ça va là-dedans ? On t’entend crier d’en bas. Tu vas bien ? demande Hashim en fronçant les sourcils.

Pendant que le regard violet de son entraîneur scanne la pièce, Kaïs s’avachit sur sa chaise. J’n’aurais pas besoin de gueuler si les auteurs Enkidiens n’étaient pas tous des brêles.

— Oh ! Je comprends mieux, fait le coach en avisant l’innocent ouvrage de géographie. Tu as du courage, je n’ai jamais eu la patience de lire ces trucs pour mon concours, sourit-il en s’appuyant contre le cadre de la porte. Néanmoins, tu devrais aller te coucher, bonhomme. Tu dois récupérer.

Kaïs lâche un grognement insatisfait. La géographie et toutes ces conneries de religions, c’est facile pour quelqu’un qui est né sur le Continent ! Il tourne la tête vers son bureau avec toutes ses fiches de révisions éparpillées un peu partout. Je pourrais en faire plus. Je dois en faire plus.

Devenir Maître n’est pas une simple promenade de santé. Si la réussite du concours est un début, ce sont les cinq années d’études à l’Académie qui importent réellement. On n’obtient le titre de Maître que si l'on réussit à taper dans l’œil de l’un des cinq Cercles. Finir ces cinq ans n’a pas de sens si aucun des Cercles de Maîtres ne veut de toi ! Il faut les deux conditions pour obtenir le titre : les cinq ans d’Académie et le recrutement ! Si Kaïs voulait avoir le choix du Cercle, il devrait travailler d’arrache-pied pendant toute sa scolarité. Et tout commence par ce putain de concours.

— Kaïs. Tu en as assez fait pour aujourd’hui, déclare Hashim plus fermement. Va te coucher. On a un gros entraînement demain.

Au fond, son coach a raison. S’il veut pouvoir tenir le coup jusqu’au deux juillet, il doit aussi être rigoureux sur le repos. Le jeune homme jette un coup d’œil rapide à sa montre. 23 h 55. Peut-être qu’il pourrait trouver un peu de sérénité pour finir ce satané bouquin. Tch. Peu de chances.

— Est-ce que tu as réussi à reparler à Léana ? demande l'adulte en étouffant un bâillement. Il faut impérativement qu’elle reprenne l’entraînement sinon…

— Je sais, coupa sèchement le garçon.

Sans accorder un regard à Hashim, Kaïs ramasse le bouquin de géographie et se laisse tomber sur son lit. Cela semble satisfaire l’entraîneur qui lui rappelle de mettre un réveil pour cinq heures trente avant de lui souhaiter bonne nuit. Le blond agite vaguement la main dans un semblant de salutation jusqu’à ce qu’il entende le battant se clore. Puis il lâche un soupir.

Il attrape son téléphone sur sa table de nuit et le déverrouille. Il se surprend à espérer un message de Micah ou de Léana. Mais tout ce qu’il lit sont des demandes d’aide d’incompétents trop stupides pour résoudre un problème de maths par eux-mêmes. Il fronce les sourcils puis enfouit brutalement son portable dans sa poche. Rien à foutre.

Pourtant l’absence de message de Micah est inquiétante. Et Kaïs le sait.

OoO

Malpoli éruptif : Toujours vivant, face de givre ?

Malpoli éruptif :

Malpoli éruptif :

Malpoli éruptif : ?

Malpoli éruptif : Réponds bordel

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