40. Spirée japonaise

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Cette plante représente l’obstination.

°°°

Lorsque l’infirmière termine de nettoyer le sang autour du nez de Kaïs, la respiration de Micah se calme. L’adulte confirme qu’il n’y a rien de grave et que ces saignements-là sont tout à fait bénins. Elle conseille au blond de rester à l’infirmerie le temps que le flot rouge cesse.

Le prince la remercie avant qu’elle ne s’enferme dans son bureau pour noter l’incident. Son regard de glace se reporte sur l’adolescent dont les grognements inaudibles sont camouflés par un mouchoir. Les yeux pourpres du blessé se plantent dans les siens alors qu’une grimace déforme son visage.

— Quoi, putain ?

— Je n’ai rien dit.

— Ça crève les yeux que tu veux dire quelque chose ! Ta tronche m’énerve. Crache le morceau !

— Je t’avais prévenu.

— Que dalle !

Micah lève les yeux au ciel avant d’ouvrir la bouche pour répliquer. Il est immédiatement coupé par l’ouverture brutale de la porte de la salle de repos.

Une bise glaciale s’infiltre dans la pièce alors que Léana marche lentement vers eux. Micah déglutit difficilement. L’agacement qui brille dans son regard gris est aussi puissant que la force du vent qui le fait assoir sur une chaise près de Kaïs. Une Maîtrise d’Air. Le lycéen n’a pas le temps de s’émerveiller sur le contrôle qu’exerce la jeune femme sur son pouvoir que cette dernière pointe sa béquille vers le blond.

— Toi ! Qu’est-ce qu’il y a de si difficile à comprendre dans « Micah a besoin que l’on garde nos distances " ?

— Bordel…

— J’ai pas fini ! le coupe-t-elle, immédiatement. Non c’est non, Kaïs ! Est-ce qu’il faut vraiment qu’on reprenne les bases du consentement ?

— Eh ! Je suis blessé, putain ! Et c’est moi qu’on va engueuler ?

Micah se mord la lèvre. Kaïs, tais-toi. Les yeux de Léana lancent des éclairs pendant que ses doigts se déplient, prêts à déclencher une autre Maîtrise. Et le bouclé n’est pas pressé de découvrir les autres talents de la rousse. Surtout pas quand elle fait cette tête.

— Regarde mes jambes ! Il m’a obligé à courir sans chaussures dans la forêt, cet imbécile, continue Kaïs en montrant dramatiquement les bandages autour de ses pieds.

— Tu m’avais coincé en haut d’un arbre ! réplique Micah sans réfléchir.

— Bordel ! C’est pas moi qui t’ai obligé à grimper !

— Bien sûr que si !

— Ah ouais ? T’étais forcé de fixer mes basquets et mon bas de pantalon au sol avec ta putain de glace, tronche de givre ?

— Je pensais que tu t’en libérerais avec une de tes Maîtrises ! Pas que tu déchirerais tout comme un animal sauvage !

— Tu te fous de ma gueule ? Je…

La réplique du Kaïs se perd dans l’air devenu très froid de la pièce. Micah n’a pas besoin de regarder le blond pour comprendre d’où vient son mutisme soudain. Un courant d’air polaire se déroule autour du corps de Léana alors que plusieurs cercles d’eau naissent de ses doigts pour ceindre puissamment ses poignets. Quelques flammèches améthyste courent sur sa poitrine, tracent la finesse de son cou puis se rejoignent au niveau de son front tel un diadème effrayant. Plusieurs lignes de sable serpentent infiniment autour de ses jambes, chaque grain concourant à la l’intensité de l’énergie que Léana renvoie aux deux garçons. La puissance de son aura emplit la pièce d’une électricité menaçante.

La respiration de Micah s’accélère. Aussi magnifique que dangereuse, son amie les observe, une expression indéchiffrable sur le visage. Le bouclé se redresse doucement sur sa chaise et jette un coup d’œil discret à Kaïs. À sa grande surprise, le corps du blond ne projette aucune énergie autre que son agressivité naturelle. Sa mâchoire est tendue, ses muscles sont contractés mais son regard rubis brille d’admiration. Micah ne peut que le comprendre. Activer quatre Maîtrises avec autant de facilité relève du génie.

Le jeune homme reporte à nouveau son attention sur l’adolescente. L’eau qui entoure ses avant-bras se meut en vagues éternelles et leur éclat bleuté rappelle au lycéen sa propre Maîtrise de Glace. Mais le contrôle de Léana sur son art n’a rien avoir avec le sien. Micah observe, avec regret, les pouvoirs de la jeune femme s’évanouir. Tes flammes… elles sont sublimes.

— C’est bon ? Vous êtes calmés ? demande Léana, agacée, en s’asseyant à l’écart sur un des lits.

Micah passe une main dans ses cheveux en attendant que Kaïs finisse de grommeler qu’il était très calme depuis le début. Le brun lâche un soupir irrité. Son envie de répliquer le titille mais il ne cède pas à la tentation. Vu le regard de Léana, ils finiraient tous les deux brûlés vifs.

— Bon, il y a au moins une chose que l’on peut retenir de vos bêtises, déclare l’adolescente. Te toucher, peau à peau, Micah, c’est... J’imagine que si Kaïs t’avait tenu plus longtemps, il aurait eu beaucoup plus qu’un simple saignement de nez.

Micah ne peut pas confirmer. Son sang l’en empêche. Mais la malédiction d’Atrée ne peut pas lui enlever la sensation de soulagement qui remue son ventre.

— C’est plus que ça, face de flan, ajoute sérieusement Kaïs. J’me suis senti mal à vingt centimètres de lui. Rester trop longtemps dans son espace personnel nous rendra malades.

— Vingt centimètres ? demande la jeune femme, interloquée par la précision. Comment tu fais pour sortir de telles données ?

— D’autres expériences. Et surtout parce que j’suis trop fort, tronche de quetsche.

Micah voit l’agacement tirer les traits habituellement calmes de Léana. Il se mord la lèvre pour ne pas éclater de rire devant le sourire triomphant du blond. Si la lycéenne semblait prête à se lancer dans une tirade excédée, la sonnerie donne une excuse à Micah pour se précipiter vers la porte avant que la conversation – qui n’a même pas encore commencé – ne dégénère. Ne prenons pas de risques inutiles.

— Mesdames et messieurs, si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre, votre déjeuner est servi, lance-t-il en s’inclinant.

Micah lève la tête vers Léana qui l’observe, semblant partagée entre la suspicion et l’exaspération. Heureusement que tu ne vois pas le sourire suffisant du blondinet à côté de toi. L’adolescent tend la main vers la sortie pendant que la lycéenne se lève du lit. Quelque chose du style « vous êtes insupportables » sort de sa bouche plissée en un demi-sourire. Micah s’écarte quand elle passe à côté de lui, suivie de près par Kaïs et son air fanfaron. Le jeune homme doit se contrôler pour ne pas lui donner un bon coup de pied dans les fesses.

— Tu me dois des baskets et un nouveau pantalon, face de glace.

— Mais oui, bien sûr, réplique Micah en levant les yeux au ciel.

— J’rigole pas putain.

— Mais moi non plus, mon seigneur.

— Vous voulez vraiment que je m’énerve ? claque la voix de Léana dans le couloir.

Si Kaïs se renfrogne et commence à murmurer des grossièretés dans sa barbe, le sourire radieux qui naît sur les lèvres de Micah n’est pas près de s’effacer.

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