Des gens bizarres

4 minutes de lecture

Nous sommes là depuis des heures, mes camarades et moi. Nous attendons. Mais quoi, au juste ?

Je crois me rappeler que nous attendons quelqu'un.

Oui c'est ça, nous attendons une femme. Je ne la connais pas, mais le p'tit est tout excité.

Soudain elle est là. Je sais que c'est elle parce que le p'tit s'agite. Il est dans un état ! L'autre andouille par contre, il est comme d'habitude : morne et sombre. Ce grand couillon est déprimé "hache vingt-quatre", quoi que cette expression veuille dire.

Ma parole, une illumination ! H 24 ! Je viens de la comprendre.

La fille s'approche. C'est vrai qu'elle est jolie, avec son look de femme fatale et ses beaux yeux bleus. Elle ne serait pas un peu vieille pour le p'tit par contre ? Si jamais il se fait jeter, je pourrais p't'être la garder pour moi, qui sait ?

Le p'tit inspire un grand coup et se lance. Il s'engage mine de rien dans la rue et s'approche discrètement. Allez, courage !

La fille le reconnaît. Elle sourit !

Merde, je vais devoir lui laisser.

***

Attendez une minute les gars, c'est tout ? Elle se barre, sans demander son reste. On a attendu tout ce temps pour ça ? Et l'aut' p'tit con qui revient la queue entre les jambes, l'air tout triste. Mais remue-toi bon sang ! Elle va pas te tomber dans les pognes par miracle !

Tant pis, un échec de plus pour ce timide. C'est maladif, chez lui. Enfin, il y a des progrès. Avant, jamais il n'aurait eu le courage de causer à une fille comme ça dans la rue. C'est dommage, il y avait de l'idée. L'attente, la mise en scène, ça valait le coup de tenter.

Le grand sombre regarde le p'tit se pointer, l'air tout déconfit. Ben il font la paire, ces deux là, maintenant. Un p'tit sombre, tout rabougri, et un grand, rabougri tout autant.

Et deux dépressifs pour le prix d'un !

La loque la ramène et suggère d'aller boire un coup, pour se remonter le moral. Pourquoi pas après tout, ça fait un moment qu'on traîne qu'entre nous, ça nous fera du bien de voir du monde.

Sauf qu'une fois au bar, entre l'alcolo de service et les deux déprimés chroniques, je finis moi aussi par avoir le cafard. On ferait mieux de se rentrer.

C'est décidé, je prends les choses en main et je vais moi-même aller la voir, cette fille, pour lui dire les choses en face. Que le petit à des sentiments pour elle et tout, on verra bien ce qu'elle dira.

***

Bon, j'aurais pas dû lui dire. Six mois qu'elle lui adressait plus la parole au p'tit. Mais là, elle s'est carrément mis à l'insulter. Il est dans un état, je vous dis pas. Sans moi pour essayer de mettre de l'ordre là-dedans, il se serait déjà foutu en l'air ce con. Enfin, on a le cureton aussi. Il sort rarement de son trou, celui-là, mais il reste toujours dans le coin. La Foi, c'est son dada, et il a tendance à nous rappeler à l'ordre quand on déconne un peu trop. Du coup le p'tit veut toujours se petit-suicider, mais pense qu'il en a pas le droit. Dilemme qui se règle par une déprime encore pire et trois jours qu'il a rien avalé.

Je m'en veux un peu...

***

Notre vieux copain est sorti de taule. Il était enfermé depuis oh ! Au moins dix ans, si c'est pas plus. Et v'la qu'y donne des conseils à la con au p'tit. Faut que le cureton et moi, on le tienne à l'œil, sinon y risque d'arriver des bricoles.

***

Le gamin a insisté pour qu'on le conduise dans un bled, a vingt bornes, on sait pas pourquoi. Dans le doute, le cureton est venu avec moi, mais on se trimbale aussi le taulard. La loque et le dépressif sont restés à la maison, à moins qu'ils soient en train de cuver dans le coffre du break. Quoi qu'il en soit, il est tard maintenant, j'aimerais bien être rentré pour le journal. On est resté dans la voiture pendant qu'il est parti faire une course. Il avait l'air nerveux. Je suis sûr que ce puceau est parti se taper une timpe recrutée sur le net ou un truc du genre. Ou ptet acheter des capotes, qui sait ?

Le taulard choisi son moment pour sortir prendre l'air. Il s'allume une clope avant de s'éloigner un peu. Le gamin revient, il est sur le trottoir d'en face et lui et le taulard se retrouvent au même endroit. Y'a quelqu'un d'autre. Une femme qui sort d'une maison... Nom de Dieu ! C'est elle ! Le cureton et moi on sort précipitemment, mais le temps qu'on mette un pied dehors, le gamin est déjà en train de la larder de coup de couteau, un machin de trente centimètres au moins ! Et le taulard qui le regarde tranquille en fumant sa clope.

Quand on arrive, le gamin est sous le choc et respire fort, comme nous. Le taulard rit aux éclats, termine sa sèche avant de jeter le mégot dans la marre de sang. Le gamin en a plein les mains.

On rentre en catastrophe, je suis plus nerveux que... Je trouve même plus les mots. Le cureton psalmodie dans la bagnole et balance un reproche de temps à autre, tandis que cet abruti sorti de taule ricanne alors qu'il risque d'y retourner et de nous enmener avec lui. Merde ! Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter une bande de trous-du-cul pareils ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire DjuRian ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0