C'est pas beau de mentir ! 

3 minutes de lecture

— Mon papa m’a promis une licorne pour mon anniversaire.

— Ouais… En peluche, réponds-je.

— Non, non, une vraie de vraie, insiste-t-il.

— Wouaaaouh ! s’émerveillent nos camarades.

Mon ami ment de plus en plus souvent, et ça m’agace au plus haut point. Ce n’est pas beau de mentir. Il devrait le savoir, tous les enfants le savent.

Il veut toujours être le plus intéressant. Je ne le supporte plus. On a toujours été amis. Mais aujourd’hui, je ne veux plus qu’on le soit.

J’aimerais qu’il arrête de mentir. Que tout redevienne comme avant. Mais c’est impossible.

Sur le chemin de la maison, je trouve un trèfle à quatre feuilles. Tout le monde dit que ça porte chance, mais maman dit que ça réalise les vœux les plus profonds.

Alors je prie, je souhaite que mon ami apprenne de ses mensonges. Qu’il comprenne que c’est mal. Qu’il ne puisse plus mentir. Jamais.

Le lendemain, à l’école, il se vante encore. Cette fois-ci, il aurait trouvé un œuf de dragon en rentrant chez lui. Quel imbécile.

Mais quelque chose d’étrange se passe : il perd une dent, sans raison, juste en parlant. Plus il s’enfonce dans son mensonge, moins il a de dents.

Mes camarades crient d’effroi, la maîtresse panique. Qu’on perde nos dents, c’est déjà arrivé. Mais pas toute d’un coup.

Son père vient le chercher. Il rentre chez lui, en larmes. Nous sommes tous inquiets, mais au fond de nous, nous savons qu’il reviendra en forme demain.

Et c’est le cas. Mais le lendemain, ses dents n’étaient pas les seules manquantes. Deux trous se trouvent à la place de ses oreilles. Sa main droite est devenue une grosse boule sans doigt.

— Avec mon pfapfa, on f’est fait attaquer pfar un monstre, zozote-t-il.

À peine eut-il fini sa phrase qu’il se mit à vaciller, pour finalement s’écrouler au sol. Sa jambe n’est plus. Pas d’égratignure, pas de sang, pas de jambe coupée. Juste une disparition, sans explication.

La maîtresse fait ses gros yeux, mais ils ne sont pas en colère cette fois. Elle a peur. Mais je ne comprends pas pourquoi.

Après cet épisode, il n’est plus revenu à l’école. Nous avions des nouvelles par la maîtresse car il y en avait toujours un pour poser la question.

Il allait bien.

Mais il ne pouvait plus se déplacer. Sa seconde jambe s’était aussi volatilisée. Il suivait l’école depuis la maison maintenant. La chance !

Dans la cour de récréation, son prénom résonnait dans toutes les conversations.

Il était absent, mais mes copains n’avaient toujours d’yeux que pour lui. Qu’il soit là, ou non, toute l’attention est toujours pour lui.

Et moi ? Pourquoi on m’oublie ? Pourquoi on ne joue jamais avec moi ? Pourquoi il m’a tourné le dos à moi ? Pourquoi ils m’ont tous tourné le dos ?

Dans la rue, les voisins discutaient de cette affaire. Leur voix tremblait.

— Pauvre petit, disaient certains.

— Comment peut-on devenir un enfant-tronc du jour au lendemain ?

Je retiens un rire. « Enfant-tronc ». Quel mot rigolo ! Je ne suis pas bien certain de ce que cela veut dire, mais je dois voir ça de mes propres yeux. Ça a l’air marrant.

Mais mes parents refusent que j’aille le voir. Je vais devoir jouer au super-espion. Je dois revêtir mon costume de 007 pour aller voir mon ami en toute discrétion.

Une fois le plan bien établi dans ma tête, je le mets à l’œuvre. C’est une franche réussite ! J’entre dans sa chambre sans aucune difficulté. C’est même plutôt facile, elle est au rez-de-chaussée.

Je pensais qu’il allait m’accueillir avec un grand sourire. Mais il est allongé, dans son lit. Des fils ressortent de tous les côtés.

Biiiiiiiiip.

Un son strident résonne dans la pièce.

Il y a un drôle d’écran avec une ligne verte toute droite. Juste à côté, une grosse machine tout aussi bruyante. Il y a comme un accordéon à l’intérieur. Il monte et il descend lui aussi.

Je ne ris plus. Mes yeux se fixent sur mon ami. Je soulève les draps pour comprendre, ou au moins essayer. Il n’y a rien. Juste sa tête.

Son père entre dans la chambre. Il me regarde, mais ne me voit pas. Il s’assoit de l’autre côté du lit, face à moi, ses yeux coulent.

— Je voulais simplement qu’il arrête de mentir…

Je chuchote, comme pour me justifier auprès de moi-même.

Annotations

Vous aimez lire MynaLustik ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0