Chapitre 14

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FRANCE - Palais de l'Elysée - 31 mars 1986 - Bureau du Président

     - L'information est confirmée ? 

     - Pour le départ des Soviétiques de Libye, oui Monsieur. Nous avons constaté des décollages des aéroports majeurs, à destination de l'Europe de l'Est. Et la 5-ya Operativnaya Eskadra a quitté le large de la Libye, direction les détroits pour eux. 

     - Ils ne retournaient pas vers l'URSS ?

     - Non, c'est ce qui nous interroge Monsieur le Président. Après un déploiement, ils devraient retourner à la mère patrie, mais ce n'est pas le cas. Je pense qu'il faut transmettre à la DGSE, Monsieur.

     - Faites et ... le Premier Ministre a été prévenu, je suppose.

     - Oui, en même temps que nous, Monsieur le Président.

     - Bien, voyons voir comment l'Agité va gérer sa première crise internationale d'envergure.

     - Et le pilote ?

     - Il s'est éjecté.

Hôtel de Matignon - 31 mars 1986 - Bureau du Premier Ministre

     - La capture de notre pilote est confirmée ?

     - Pas encore Monsieur, nous n'avons encore aucune revendication des Libyens et ils n'ont pas encore protesté sur notre intrusion au-dessus de leur base.

     - Formidable, j'ai le boulot depuis quelques semaines et nous voilà déjà au bord d'une guerre majeure avec un pion des Rouges.

     - Justement, à ce propos, Monsieur le Premier Ministre, N'Djaména nous signale qu'ils abandonnent la Libye, tous les conseillers, leur flotte, tout le monde s'en va et que c'est ce qu'ils voulaient cacher.

     - Ils auraient abattu notre avion de reconnaissance pour cacher cela ? Mais ... pourquoi ?

     - Pour laisser le temps aux Libyens de se renforcer, avant que nous et les Tchadiens ne nous en apercevions et lancions une offensive pour reprendre le Nord.

     - Pas au point d'attaquer un de nos avions et risquer une guerre ouverte, transmettez à la DGSE et à Raimond, je veux un rapport sur le sujet dans 24h et on reste à l'écoute pour notre pilote. Si on peut le récupérer sans faire de bruit, c'est aussi bien. 

     - Bien Monsieur le Premier Ministre.

     - Le Président a été informé ? 

     - Oui, en même temps que vous.

     - Merci.

DGSE - Caserne des Tourelles

Aude courait presque vers le bureau de son chef, il faut dire que son ton au téléphone laissait peu de doutes sur l'urgence. Sûrement en lien avec les événements en Libye, même si elle n'en savait pas grand-chose. Arrivée devant la porte, elle frappa et entendit un "Entrez" peu amène.

Elle ouvrit la porte et vit son chef, ainsi que le chef du bureau Afrique.

     - Michel, MacMahon, c'est elle qui a fait la note sur la raffinerie. 

     - Monsieur ?

Le chef de bureau Afrique prit la parole.

     - Vous devez savoir qu'un de nos F1 de reconnaissance n'est pas rentré après avoir survolé une base libyenne, ce que vous ignorez c'est que les photos montrent que les Soviétiques plient bagage et quittent la Libye, tous leurs conseillers et leur flotte. Et nous avons eu confirmation, il y a une demi-heure qu'ils évacuent aussi l'Angola depuis plusieurs jours. On attend de savoir pour l'Ethiopie et le Mozambique.

     - Cela n'a pas de sens, ils abandonnent tous leurs pions sur place, qui ne s'en sortiront pas sans leur expertise. 

Son chef reprit la parole.

     - C'est vous MacMahon qui avait soulevé le lièvre qu'il se passait quelque chose en URSS et qu'on ne savait pas tout. J'ai appelé un contact et il me dit que les dégâts à Nijnevartosk sont bien plus graves  encore qu'on ne le croyait. La totalité de l'installation est hors d'état de produire une goutte de pétrole et ce ne serait pas un accident, mais un attentat. Allez, crachez, vous avez bien une idée, après avoir contacté ce godelureau du Quai ?

Aude rougit involontairement au  souvenir de la soufflante  passée par son chef, qui avait reçu un appel goguenard de la DST, à propos de son agent intervenant sur le territoire national.

     - La seule raison pour laquelle on rappelle des corps expéditionnaires, c'est qu'il faut utiliser leur expérience au combat ailleurs. 

     - Les Soviétiques ne manquent pas d'unités capables - souligna le chef du bureau Afrique.

     - Oui, mais des unités qui ont connu le feu, autrement qu'en contre insurrection en Afghanistan, pas tant que cela - poursuivit son chef.  Ce qui veut dire qu'ils ont un projet, qui nécessite des forces spéciales, des saboteurs, des techniciens. MacMahon !

     - Oui Monsieur ?

     - Recontactez le godelureau, sans vous faire attraper par la DST cette fois, il faut qu'on trouve ce que fichent les rouges.

Quai d'Orsay - Bureau du ministre

     - Il semble que j'ai sous-estimé l'importance de cette histoire russe, je vais voir la question de notre pilote, en espérant qu'il est toujours vivant. L'Elysée ET Matignon veulent savoir pourquoi les Russes décampent de Libye et peut être d'Angola. Je ne vous cache pas que cela m'intrigue tout autant. Tous les trois, je veux une note pour demain matin, que je puisse transmettre.

Pierre, Ariane et Marc ne se trouvaient pas au garde à vous, mais certains accents dans le ton du ministre rappelait à deux d'entre eux leurs services militaires et à la troisième, son paternel.

Ils retournèrent vers leurs bureaux respectifs, avec en perspective une nuit blanche. Pierre rompit le silence le premier.

     - Hé, Golden Boy, ce serait peut être le moment d'appeler ton espionne.

     - Qu'est ce qu'elle pourrait savoir que nous ignorons ?

     - Je te rappelle qu'elle se trouvait devant ton appartement, même moi, je ne sais pas où tu habites. 

     - Les gars, je sais que ça vous fait tripper les espionnes, mais vous allez laisser vos fantasmes au garage et on doit pondre cette note et si on veut de l'infos des gars du secteur Afrique, faudra leur demander avant qu'ils se barrent, eux. 

Les trois s'égayèrent dans les services pour aller collecter des renseignements.

ANTENNE 2 - Journal de 20h

     - Mesdames, messieurs, bonsoir. La France est-elle, ce soir, au bord d'un affrontement militaire avec la Libye ?

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