Chapitre 41

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Deux jours passèrent pendant lesquels Olympe avaient pu reprendre des forces, profiter de ses coéquipiers, dormir dans un lit douillet, abuser des douches et se régaler des repas chauds quotidiens... Cette vie normale permit à la raison de profiter de ce sursis. On l'autorisa à rendre visite à Félix, qui se portait plutôt bien vues les circonstances de sa convalescence. Incapable de bouger le moindre doigt de son bras blessé, son optimisme, sa force et son amour de la vie offraient une belle leçon à la combattante. Selon les médecins, sans ses premiers soins, il serait mort alors la reconnaissance inondant ses pupilles mit mal à l'aise Olympe. Qu'avait-elle fait au juste ? ironisa-t-elle, désobéi à son supérieur qui ne lui adressait plus la parole depuis son retour... Bien sûr, le soulagement de voir Félix en vie la confortait mais Guillaume aurait sûrement trouvé une solution moins risquée si elle lui en avait laissé la possibilité.

— Laisse, il a eu peur, voilà tout. Ça lui passera, Olympe. Fais-moi confiance, tout ira mieux avec un peu de temps. Sa position n'est pas facile. Tout gérer. Tout maîtriser en permanence. Jamais de répit, jamais de repos. Même ici, il rumine. Il n'a pas compris la définition du mot convalescence. Dommage pour lui.

Mais avaient-ils seulement du temps ? Ne risquait-elle pas de quitter son unité suite à son insubordination ?

— Tu rigoles j'espère ? La RF ferait une énorme erreur en te renvoyant du front. Tu es devenue une icône pour la population générale et surtout pour les femmes, tu sais.

La phrase de Justine, jetée à la volée, se rappela à elle. Ridicule... Il la contredit. Les gens avaient besoin d'histoires héroïques et elle leur en avait servi une sur un plateau.

La conversation dura presque deux heures. Le siège avait été plus facile à supporter grâce à son humour et cet après-midi agrémentait divinement cette parenthèse de calme lorsqu'un médecin ordonna du repos. Sa voix interpella la jeune femme. Serait-ce le retour des hallucinations ? Non. Devant elle, Florian, médecin du centre hospitalier où exerçait Olympe, l'air sévère, comme dans son souvenir. Effectivement, certaines choses ne changeaient pas. S'était-il souvenu d'elle ? Dans le doute, elle se présenta en souriant.

— Je me souviens, oui. Je suis ravi de voir que tu vas bien, seulement j'aimerais que le sergent Unmin se repose.

Clair. Précis. Pourquoi discuter ? Elle s'exécuta et embrassa avec tendresse son sergent avant de quitter la pièce, saluant Florian au passage.


Sur le chemin du retour, plusieurs jeunes femmes l'interpelèrent. Dans l'espoir de passer un moment agréable avec certains soldats, elles souhaitaient organiser une soirée et aimerait qu'Olympe convainque le lieutenant. À l'heure actuelle, elle n'était pas la meilleure personne pour les aider dans cette démarche. Son coup d'éclat avait fortement refroidi leur relation, avoua-t-elle, mais elle pourrait, à défaut, leur organiser une entrevue et les laisser essayer.

— Par contre, vous devez savoir dans quoi vous vous embarquez. Ces hommes ne sont pas forcément à la recherche d'une histoire sérieuse. Je préfère vous avertir, attendez-vous à un moment agréable sans possibilité de lendemain.

— C'est exactement ce dont on a besoin en réalité ! s'écria l'une des femmes du groupe.


De retour dans l'unité de convalescence, Olympe, et surtout sa charmante compagnie mirent la CHARLY en émoi. Ses amis aux visages subitement lumineux avaient besoin d'oublier les combats, la mort, la souffrance et surtout, la peur qui régissaient tout depuis le début. Cette idée de soirée leur offrait une promesse de trêve, alors, devant la porte de son supérieur, elle se figea. Était-ce vraiment une bonne idée que cette demande passe par elle ? Il lui en voulait clairement. Il l'évitait et lorsqu'il n'avait d'autre choix que de la regarder ? Rien. De la froideur, de la colère même, pensait Olympe. Elle frappa. Face à sa voix dure ordonnant d'entrer, la main sur la poignée, elle ne put s'empêcher de sourire. Affronter la pire des guerres, et terrifiée à l'idée de faire face à son supérieur... Ridicule !

Penché sur son bureau, Guillaume lui tournait le dos.

— Lieutenant, des femmes aimeraient vous rencontrer pour discuter d'un projet qu'elles souhaiteraient mettre en place ici, seriez-vous prêt à les voir ?

Seul son changement de position indiquait qu'il l'avait entendue. Elle se racla la gorge pour répéter lorsqu'une joute sèche et brutale lui somma de poursuivre.

— Je pense qu'il serait plus judicieux que ce soit elles qui vous en parlent directement, mon lieutenant.

Un soupir bruyant puis, le regard toujours tourné sur son bureau, il lui ordonna de les faire entrer. Comment les combats se passeraient-ils s'il était incapable de la regarder, ou pire, de lui parler sans lui aboyer dessus ? Ensemble, tout passait par le regard. L'abcès devait être crevé...

— Lieutenant, est-ce que tout va bien ... est-ce que tout va bien entre nous ?

Nous. Ce mot si anodin sembla soudain riche de sens pour Olympe. Difficile d'expliquer que cet homme était son repère à présent et que cette guerre, elle l'affrontait parce qu'il était près d'elle. Elle avait confiance en lui. Alors, elle se libéra de tout. Sa froideur, sa distance, ses interrogations quant à leur relation lors des combats à venir. Tout.

— Vous pensez que ma réaction est exagérée, c'est ça ?

Arrondir les angles, mettre de l'eau dans son vin, la raison tenait bon même si la folie s'agitait. Elle avait désobéi. Elle avait fauté mais elle l'avait fait pour sauver Félix et Hugo. Aucun des membres de sa famille ne méritait de mourir le même jour que Louis. Pouvait-il comprendre ?

— Et donc vous me proposez de vous remercier à la place ?

Froide, grinçante, de sa voix émanait une colère puissante et dévastatrice. Elle avait mis sa propre vie en danger. La sienne, et pas celles des autres. Ne pourrait-il pas passer à autre chose ?

— Vous ne comprenez pas, Warenghem.

Warenghem ? Encore ? La raison n'amenait donc à rien, alors la folie prit le relais dans l'espoir de faire la différence.

— Ce que je comprends, lieutenant, c'est qu'il va être difficile de poursuivre notre travail si vous n'êtes plus capable de me regarder dans les yeux.

Un défi ? Il se tourna et planta alors son regard dans le sien avec une réponse cinglante : qu'elle amène les jeunes femmes. Fin de la discussion. Il valait mieux. La rage bouillonnait devant cette attitude puérile à la limite de l'orgueil mal placé. Lui, si fier d'avoir la seule combattante des forces spéciales dans son unité, sa toute puissance masculine d'un lieutenant donneur d'ordre désormais piétinée par cette dernière. Malgré cette maîtrise de soi si arrogante, si agaçante, elle espérait qu'il hurle, vocifère, fasse les cents pas, frappe dans le mur. Ne pouvait-il pas la secouer une dernière fois et lui offrir plus qu'un mur érigé pour éviter tout échange ? Si secret, si fermé, il n'étalait aucun indice sur sa personnalité. Que souhaitait Olympe au juste ? Retrouver l'homme qui partageait des infimes sourires disséminés dans ses pupilles marrons, des marques de respect lors de l'évocation de son prénom d'une voix douce et murmurée, des attentions bienveillantes bercées par ses mains chaudes posées en toute discrétion. Alors, impuissante, elle quitta la pièce. Inutile de claquer la porte et d'alerter toute l'unité, ce qui se jouait ici ne la concernait pas.


L'entrevue dura près de vingt minutes. Sven trépignait. Antoine le rassura.

— Il en a autant besoin que nous ! Depuis l'assaut de la place, il est tendu comme un string. T'aurais du le voir pendant ton coma, Olympe, impossible de lui parler sans qu'il nous aboie dessus. Sincèrement, depuis que tu es de retour, il est enfermé dans sa chambre et c'est tant mieux. Crois-moi, Sven, il va accepter c'est sûr !

L’homme réapparut soudain, la troupe féminine à ses trousses.

— Messieurs, après avoir discuté avec ces jeunes femmes. Nous allons les aider à organiser une soirée en hommage aux valeureux combattants de la RF demain. Les portes de l'unité de convalescence seront ouvertes à tous, une quête sera mise à disposition pour les familles endeuillées.

La joie sincère et entière s'installa sur les visages des hommes de l'unité CHARLY. La guerre, pendant un court temps, allait être vraiment mise entre parenthèses.

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