L'assassin de Schrödinger

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Courchevel, 17 février.

Tout est prêt.

Le métier d’antiquaire est oisif, mais permet d’agir avec style.

Ainsi, le couteau de cuisine, aiguisé par cette meule, achetée à un vieux rémouleur. Les gants noirs qui ont appartenu à Tony Curtis. Une vraie peau de chamois, glanée dans une échoppe de vitrier, qui étouffera la sonnerie de l’alarme, tout à l’heure.

Rien n’interdit de s’amuser un peu quand on tue sa femme.

Pour pimenter l’affaire, j’ai invité Fabienne : un studio au pied des pistes, aux frais de la galerie. On s’y retrouve en journée, pendant les cours de Françoise.

Rien qu’une amie d’enfance… Comme quoi trente millions de dollars, sa part d’un legs Schlumberger, rescapés de l’éclatement de la bulle Internet, ne rendent pas lucide. Pourtant, lors du contrat de mariage, ce n’est pas le flair qui lui a manqué…

Dix ans à mendier : l’argent de la Porsche, l’avance pour le Vlaminck, mes dettes de jeu, des frais inattendus… Et control freak, avec ça, se mêlant de tout. C’est justement chez Porsche qu’elle a retrouvé Fabienne. Tombées dans les bras l’une de l’autre. L’imbécile !

Une vraie bombe, cette Fabienne. Elle me coûte le loyer d’une garçonnière, officiellement un bureau pour recevoir mes gros clients, payée par Françoise, convaincue par une comédie de rabibochage dont je ne suis pas fier.

Une bombe, mais un crampon :

-- Quand est-ce que tu divorces ?

J’ai dû lui expliquer qu’entre l’amour fou et trente millions de dollars, il faut choisir.

Fabienne brûle la vie par les deux bouts. Passionnée. Créative. Immorale. C’est elle qui a eu l’idée…

Françoise m’attend au chalet, mais je suis coincé à l’Hôtel des Gentianes, la Porsche en panne. En théorie. Je me fais remarquer par les clients.

Le veilleur de nuit se couche à deux heures, enclenche l’alarme, cache la clé sous un seau,… Une fois sorti, j’enfourcherai cette vieille moto anonyme, trois kilomètres de route dégagée jusqu’au chalet… fausse effraction… retour avant quatre heures… moto au fond du ravin… crime crapuleux…

Fabienne sera contente.

Quoique, trente millions de dollars, ça change une femme. Et puis, je la trouve un peu refroidie, ces derniers temps. Et cette ride, apparue sur son cou, qui me rappelle Françoise…

Mais quand le vin est tiré, il faut le boire. D’autant que Fabienne menace de tout révéler. Elle en serait bien capable, la chienne.

Du moins, les trente millions seront bien à moi. Quoique… Fabienne ne recule pas devant le chantage… Fabienne, seule, au studio, comme Françoise, seule, au chalet.

Pour tuer le temps, juste la radio. Un programme culturel sur la mécanique quantique. Un chat qui a une chance sur deux d’emprunter un trou. Soporifique. Inutile.

Inutile, vraiment ?

Je dois bien avoir quelques pièces de monnaie dans ma poche.

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