Éclair de l'Ancien Monde

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Quelques jours plus tard, nous quittions les nomades. J’assistais aux préparatifs de leur départ puisqu’ils étaient en route vers leur camp d’été. Cette pause plus longue leur avait permis de récupérer des vivres. Notre séjour avait également augmenté nos stocks de nourriture, en plus de nous avoir reposés. Ils avaient partagé généreusement leurs biens, même si nous n’avions pas participé à la collecte du bois, la cueillette et la chasse. L’Ardente était de bonne humeur et elle me révéla qu’elle avait pu échanger un produit que les sages de cette communauté utilisaient en médecine et qui allait débloquer ses recherches. Elle ne me donna pas plus de détails, mais me promis que je verrais bientôt de quoi il s’agissait. Elle travailla tard dans la nuit plusieurs soirs d’affilés. Le matin, je me levais bien avant elle et la réveillais au parfum des infusions de fleurs. Enfin, un après-midi, nous nous sommes arrêtés plus tôt.

- "Je ne peux pas mélanger mes ingrédients à la lumière d’une flamme, ils risqueraient de s’enflammer. Je te laisse monter le camp pendant que je termine ça."

- "À vos ordres" grommelais-je.

J’étais partagé entre la curiosité de voir ses résultats et la lassitude de devoir m’occuper de tout ces derniers jours. Je montais l’abri, préparais le trou qui accueillerait le feu, ramassais du bois, cueillais des plantes, fruits et racines, et tout cela en tentant de savoir ce qu’elle faisait. J’avais reconnu un grand nombre de formules que j’avais utilisées pour ma boîte à images. Utilisait-elle mon travail ? J’en tirais une fierté et une satisfaction profonde. J’avais amassé des connaissances qui servaient à un projet plus gros. Mais pourquoi ne voulait-elle pas me faire participer à cette recherche ?

Finalement, un soir, elle regarda la poudre qu’elle venait de produire avec un sourire soulagé. Il lui suffit d’un signe pour que je me précipite afin de l’assister. J’avais attendu des jours qu’elle me le demande.

- "Je peux aider ?"

Son visage était franchement ravi.

- "Heureuse de te voir aussi motivé. On va essayer ça. Je voudrais que tu essaies de prendre une image. Mais d’abord, je te laisse allumer un feu."

- "Je croyais qu’il ne fallait pas l’approcher d’une flamme."

- "Oui, parce que la flamme est le déclencheur. Va."

Je m’exécutais sans hésitation cette fois et un instant plus tard nous étions autour du feu. Elle, proche de la flamme, sa poudre dans le creux d’une écorce, une torche éteinte dans la main. Moi, un peu à l’écart, la boîte à image posée sur un rocher plat, prêt à lever le clapet dès qu’il le faudrait.

- "Je compte jusqu’à trois." Me dit-elle en allumant le bout de sa torche.

"Un..." Je tenais le rabat entre le pouce et l’index.

"Deux..." Elle approcha les flammes de la poudre.

"Trois..." Le feu toucha l’écorce creuse et la poudre s’embrasa tandis que j’ouvrais la boîte afin de la laisser se fixer sur la pellicule. Une lumière nous aveugla légèrement puis s’éteignit dans un sifflement aigu.

L’Ardente prit une moue pensive.

- "Ce n’est pas ce à quoi tu t’attendais ?"

- "Pas loin, mais non."

Nous rangions silencieusement les affaires, mangions puis nous couchions.

- "On va réessayer ?"

- "Je vais d’abord chercher à trouver pourquoi ça n’a pas fonctionné."

Ma servitude se prolongea donc. Nous marchions en journée puis elle me laissait toutes les corvées pendant qu’elle lisait et étudiait. Elle semblait s’être facilement habituée à avoir un apprenti pour effectuer toutes les tâches déplaisantes et je commençais à me demander si elle ne profitait pas de cette soi-disant recherche importante pour me donner tout le travail manuel. Pour l’instant, je n’avais vu qu’une poudre qui brûlait, ce qui n’était pas grand-chose de nouveau à mes yeux. Elle ne me ferait pas croire que c’était ça qui aurait un impact profond sur la société et le bien-être. Je ruminais mon amertume, persuadé qu’elle devrait passer plus de temps à m’enseigner la science que la coupe du bois et la cueillette des baies. Pourtant, son échec devait être frustrant et sa colère contre elle même me permettait de relativiser. Les ingrédients qu’elle avait gâchés étaient rares et son erreur lui avait coûté cher. De plus, avoir un spectateur ne l’aidait pas à dédramatiser.

À force de questions, je récoltais assez d’informations pour deviner ce qu’elle tentait d’obtenir.

L’un des produits que j’avais utilisés pour ma boîte à image résultait d’une recherche concernant une poudre qui émettait une grande quantité de chaleur. Elle détendait ainsi l’air autour et repoussait aussi les matériaux plus solides. Avec cette force furent construites dans le passé de larges voies praticables entre les communautés qui amélioraient le commerce. Elle permettait également d’extraire des métaux du sol avec bien plus de facilité, ouvrant l’accès à de nouvelles technologies, ou de faire tomber des bâtiments dangereux, car sur le point de s’écrouler. Dans l’Ancien Monde, m’avait-elle conté, cette poudre était si répandue qu’ils l’utilisaient aussi pour allumer des feux dans le ciel.

Il lui fallut plusieurs jours pour trouver une erreur dans sa préparation, et quelques autres afin de valider qu’il n’y en avait pas d’autres à résoudre. Le schéma se répéta donc. Nous nous arrêtions plus tôt pour lui permettre de manipuler ses produits à la lumière du jour, puis nous installions de sorte que je puisse prendre une image le moment venu. Cette fois, lorsque la flamme toucha la poudre, cette dernière émit un léger sifflement puis un éclair suivi d’une vague de chaleur. J’ouvrais les yeux, mais une tâche d’éblouissement m’empêcha d’abord de voir la scène. Une lourde fumée noire flottait encore et l’Ardente était assise, le regard surpris, effrayé, excité et pensif. Le mélange d’émotions qui la traversait était loin de ce que je pouvais alors imaginer. Plus proche que moi des flammes elle en avait senti toute la chaleur de la réaction. Elle avait également une idée bien plus précise que moi de ce qui pouvait résulter de cette découverte. Le soir même, je lui montrais l’image que j’avais développée. Elle y lançait un regard distrait et me somma d’aller dormir.

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