Les vestiges du passé

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- "Parfait ! Exactement où on me l’avait indiquée. On monte le camp."

Le soleil était à son apogée lorsque l’Ardente s’exclama ainsi. Face à nous se dressait un bâtiment immense, tel que je n’en avais jamais vu.

- "Qu’est-ce que c’est ?" demandais-je, intrigué.

- "C’est ce que nous allons tenter de comprendre. Un passeur m’en a parlé il y a deux ans, mais il n’avait pas eu le temps de s’y arrêter. C’est donc à nous de le découvrir."

J’étais alors empli d’une excitation toute nouvelle, celle de l’exploration. Les connaissances que nous avons concernant le passé sont très limitées, et surtout elles reposent sur des suppositions. Nous entrions dans les lieux comme dans un sanctuaire. La porte principale s’était effondrée, mais une fenêtre nous donnait accès à un grand hangar. Le plafond était plus élevé que la cime des arbres et un quart de l’espace était occupé par une machine de plusieurs hommes de haut. Nous commencions par trouver une petite pièce attenante afin d’y installer notre campement. Celle-ci avait manifestement déjà servi à d’autres. Des chaises étaient alignées le long du mur et des couvertures de laine empilés dans un coin. Un vieux casier de métal contenait des tenues de travail beiges en partie mangées par les termites. Nous posions nos affaires à l’intérieur et retournions dans le hangar qui semblait central.

- "On va rester ici un bon bout. Je veux étudier ça de fond en comble et tu vas m’aider. En parallèle, je vais continuer les recherches sur l’explosif, mais je te préviens, aucun test à l’intérieur." Déclara-t-elle.

Avant toute chose, l’Ardente m’expliqua la conduite à suivre dans des ruines. Le point le plus important était de ne pas modifier les lieux. Si quelque chose était déplacé, détruit ou ajouté, les prochains passeurs seraient incapables de comprendre les raisons de la nouvelle organisation et pourraient en tirer des conclusions erronées. Nous avions un devoir de préservation de ce patrimoine. De plus, une habitude se répandait de plus en plus, il s’agissait de laisser des notes sur les découvertes et suppositions que nous faisions. Ainsi, les suivants ne recommençaient pas à partir de rien et une certaine continuité de recherche se développait.

Le premier jour, nous faisions un tour de reconnaissance et tracions un schéma grossier des lieux. Certains sols, en particulier dans les étages, n’étaient pas stables et partiellement effondrés. Cependant, nous avions accès à la majorité du bâtiment. Les zones moins solides étaient manifestement des bureaux, alors que les machineries plus durables étaient quasi intactes. Pour chaque salle, nous faisions un inventaire des objets que nous trouvions, accompagné de dessins si une description n’était pas suffisante, et nous précisions notre plan petit à petit. Après deux jours d’exploration, nous avions terminé l’ensemble du rez-de-chaussée et attaquions le premier étage. Les lieux étaient immenses et leur secret semblait impénétrable. Mon excitation première se muait en découragement. Des rouleaux de métal au poids impensable étaient accrochés à une structure complexe et liés par des engrenages qui leur permettaient de tourner de concert. Notre compréhension s’arrêtait là et la fonction de cette machine était toujours aussi obscure, pourtant l’Ardente ne perdait pas son entrain. L’organisation des quartiers du personnel et des salles de réunion était assez simple, mais les noms des produits décrits dans les inventaires d’entrepôts étaient étranges. Seuls de grands silos de sciure de bois avaient livré leurs secrets.

Au matin du troisième jour, je trouvais dans la partie administrative des plans. Fier de ma découverte, je n’attendais pas notre pause de midi pour les montrer à l’Ardente.

- "Parfait !" s’exclamait-elle alors "Je vais les étudier immédiatement. Tu peux continuer l’inventaire, je te préviens si je trouve quelque chose."

Elle avait l’air enthousiaste et je m’en réjouissais, mais ce fut de courte durée. Quelques heures plus tard, elle affichait une mine contrariée.

- "Tu as trouvé quelque chose ?" demandais-je.

- "Oui et ça s’annonce mal. Il y a un sous-sol complet qui n’est plus accessible et les gravats sont en fait un bâtiment complet qui a été détruit. Et puis..." Elle sembla peser ses mots, réfléchir "Tu vois les longs poteaux de métal dans le pont de l’aile sud ?"

- "Le pont effondré ?"

- "Il allait jusqu’en haut de la colline là, pour rejoindre des bâtiments."

- "Des entrepôts ?"

- "Pas seulement. Une autre zone de production de ce que j’en comprends. Aussi grande que celle-ci."

Je regardais la colline, les gravats et la machine que je pouvais apercevoir depuis notre point de repas, et fus pris d’un vertige face à l’immensité des ruines. Il avait fallu au moins un an pour construire la zone dans laquelle nous nous trouvions, sans compter le déplacement des rouleaux de métal qui me semblait simplement impossible. Pourtant cette usine n’était qu’une petite partie du complexe ? Mais qui étaient ces hommes ?

Ce que nous connaissons du passé est encore très fragmentaire. Les communautés actuelles sont formées dans les ruines de leurs villes qui étaient beaucoup plus peuplées qu’aujourd’hui. Aucune de celles que nous avons explorées ne vivait de manière indépendante et elles produisaient donc des ressources spécialisées qui étaient ensuite échangées contre d’autres avec les voisines. Pour que leur système fonctionne, un réseau de transport très efficace devait relier les pôles de population et même s’il n’en reste que quelques vestiges son existence fait consensus. Cependant, les technologies impliquées dans ce réseau et les aménagements qui furent nécessaires sont bien loin de nos connaissances actuelles. Mais le point de production dans lequel nous nous trouvions à ce moment avec l’Ardente était un autre grand mystère de leur organisation. Situés à l’écart, on suppose que ce type de bâtiments naissait d’une collaboration entre plusieurs villes et était placé au plus proche de leurs matières premières. Ces dernières y envoyaient leur main d’œuvre. L’absence de traces d’habitation alentour laisse penser que les travailleurs vivaient dans des maisons de bois autour, ce qui peut sembler contradictoire quand on observe l’immensité de ces complexes. Peut-être utilisaient-ils tant de ressources pour la construction du bâtiment et des machines qu’ils choisissaient des structures moins coûteuses pour ce qui n’avait pas besoin d’être solide.

Grâce aux enseignements de l’Ardente et à nos recherches dans les ruines, j’en apprenais de plus en plus sur mes ancêtres. Pourtant, j’avais l’impression que le mystère s’épaississait et que tout reposait sur des suppositions et des raccourcis. Que savions-nous vraiment d’eux ? Et surtout, comment une société capable de telles prouesses avait-elle pu disparaître ?

Nous restions encore quelques jours sur place. Je prenais des notes, schématisais les pièces des machines, et utilisais ma boîte à images lorsqu’un dessin n’était pas suffisant. Nous remplissions également un carnet que nous comptions laisser à notre départ. Le soir, nous améliorions la poudre dont nous stabilisions petit à petit la recette et le résultat. Si les conséquences de notre travail nous semblaient encore incertaines et surtout effrayantes, nous étions résolus à continuer nos recherches afin de pouvoir livrer ce nouvel outil à l’humanité.

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