Je rentre chez moi
Un rayon de soleil glisse par la fenêtre,
Le vent dehors fait danser les pins sylvestres ;
Et pendant que ma main lasse trace ces lettres,
Mon esprit disparaît et voyage peut-être...
Vers une île rocheuse battue par les vents,
Vers une vallée noyée dans l'ombre verte,
Vers un sommet perdu dans les nuages blancs,
Vers ma maison d'enfant dont je pleure la perte.
Dehors la vie m'appelle, irrésistiblement !
J'évoque sur ma peau le souvenir du froid,
Aucune vitre ne peut arrêter cela ;
Et celui du ciel immense et rassurant.
Ce courant d'air apaisant emporte mon âme
Apaise mes douleurs et calme mes alarmes,
Purifie mes pensées de toute honte ou blâme...
Sans lui je me sens faible, petite et sans armes.
Je rêve du calme de ma chère forêt,
Du murmure de l'eau courant sous les sorbiers,
De la fraîche lumière qui tombe en longues raies,
De la mousse qui recouvre chaque rocher...
Je revois ma maison fièrement plantée
Comme une sentinelle, au flanc d'une montagne.
Un panache gris surmonte sa cheminée.
La maison domine une vallée de campagne.
On y voit des villages semés par le vent,
Des toits de tuiles rouges entourés par les champs,
Jusqu'à l'horizon, des bois que le soir bleuit
Comme la couverture d'un corps endormi.
A l'ouest, un châtaigner aux branches tortueuses
Se découpe en ombre sur le ciel du soir.
On entend le pic taper une branche creuse
Et les libellules survoler le lavoir.
La pierre du mur est chaude, rude et claire ;
Elle m'a protégée du vent et des orages.
Il s'y ouvre une porte de bois et de verre
Dont la poignée d'ivoire est ternie par l'usage.
Partout brillent les reflets des plats et des cuivres ;
La cuisine déserte attend un visiteur.
Ne sentez-vous pas comme il ferait bon y vivre ?
Sur la table même rayonnent quelques fleurs.
Mais c'est l'extérieur, mon havre et mon royaume !
Je ne peux rester longtemps dans ces murs,
On m'appelle, dehors, sous les ormes...
La voix de la forêt est toujours la plus pure.
Je fuis même l'enclave du chemin ;
Je n'aime pas les voies toutes tracées.
Le pré mouillé m'accueille dans son sein,
Sa pente me dévoile la vallée.
Mes pieds connaissent la route par cœur.
Ils me mènent à un filet d'eau courant
Bordés d'oeillets roses et carmins en fleur
Porteurs de souvenirs d'un autre temps.
En le suivant je passe sous les arbres
Entre ronces, aubépines et églantiers,
Là où la chanson éternelle vibre,
Là où le rêve peut se réfugier.
Juste derrière règne un châtaigner
Maître de la forêt, seigneur des bois.
Sa ramure accueille les égarés ;
Son ombre écoute les tendres émois.
Depuis sa cime où je me réfugie,
Tout l'horizon semble m'appartenir
Et je devine en haut de ma vigie
Mille chemins encore à découvrir.

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