Chapitre 48 : Le dîner chez les Makes - Part 2.
Les Solaires, à quoi ressembleraient-ils ? Kimi connaissait déjà la fille, mais qu’en seraient-ils des parents ?
Étalée dans le bain, dont elle avait décidé de profiter, la blonde essaya de ne pas trop y penser. À chaque fois qu’elle visualisait Jena, une colère incontrôlable la dévorait de l’intérieur. Elle s’enfonça un peu plus dans l’eau afin que ses épaules soient complètement immergées. Bientôt, seul le haut de son visage dépassa de la surface. Caressée par les vapeurs, Kimi ferma les yeux. Elle se concentra sur l’eau qui enveloppait son corps à chaque micro-mouvement. Ils n’avaient pas de bain à la maison. La sensation était donc nouvelle. Cela ressemblait à s’y méprendre, à des mains brûlantes, glissant sur sa peau. Avec la sensation vive qui se blottit dans son ventre, Kimi rouvrit les yeux. Qu’est-ce que c’était ? Transpirante, elle se redressa dans le bain en défaisant son chignon et en tentant de chasser le malaise qui s’intensifiait en elle.
Le chemin de l’eau froide entre les plis de son visage lui fit un bien fou, à l’instar du contact de celle-ci sur sa poitrine. Elle frissonna, une idée envahissant son esprit.
Les lèvres des Sky.
Elle ne pouvait pas arrêter de les imaginer sur les siennes. Tordue de plaisir, Kimi se cambra dans le bain. Elle n’avait jamais ressenti une telle chaleur autrefois, logée plus bas, entre ses jambes. C’était la première fois qu’elle ressentait cela. La première fois qu’elle eut l’impulsion d’y glisser les doigts. Mais, comme si elle eut subi un électrochoc, elle les enleva aussitôt, sans avoir même pu expérimenter quoi que ce soit. À la place, elle tira sa chevelure en arrière, bouleversée par la vitesse à laquelle battait son cœur. Elle essaya de se rassembler au travers de ses paumes mouillées :
- Qu’est-ce que je fais… dit-elle, surprise par l’écho que sa voix produisit dans la salle de bain, comme si elle craignait de pouvoir être entendue.
L’aurait-elle fait ? En pensant à Sky ? En imaginant le bout de ses doigts contre sa peau ? Ce n’était pas seulement qu’il allait vite, son cœur cognait dans sa poitrine avec une force qu’elle n’arrivait pas à maîtriser.
Kimi se leva d’un coup pour attraper sa serviette. Entourée par celle-ci, elle sortit du bain maladroitement, les jambes lourdes. Elle se sentait… Son reflet parla à sa place ; comme une flaque. Sans s’en rendre compte, elle avait commencé à respirer plus fort, grignotée par la chaleur environnante. Elle s’empressa de mettre de l’ordre dans sa chevelure avant de les sécher. Il fallait qu’elle arrête. D’inventer des scénarios abracadabrants, où Sky sortait de la chambre en face, réclamant la salle de bain. Mais elle n’arrivait pas à les arrêter. Ce dernier rentrait, sans prévenir et en râlant. Il la dévisageait, avant de la coller au mur.
- Putain.
En fait, elle ne voulait pas seulement qu’ils s’embrassent. Elle voulait plus. Ses doigts se mirent à trembler, tandis qu’elle cherchait dans sa trousse de quoi arranger sa crinière. Puis, elle se fixa dans le miroir. Elle analysa son visage, sa chevelure en pagaille autour de sa tête. Elle ne ressemblait à rien. Comment pouvait-elle espérer l’attirer ? L’imaginer reluquer le haut de sa serviette, sa poitrine compressée,... Le visage de Kimi se ferma comme une porte qui claque. Elle ne voulait plus rien ressentir concernant Sky. Surtout pas se nourrir de faux espoirs.
Lorsqu’elle sortit de la salle de bain fumante, ses affaires à bout de bras, Kimi se rendit compte que c’était malheureusement pire que ça.
Face à la porte de la chambre de ce dernier, qu’elle savait vide de sa présence, elle se pétrifia, irrésistiblement happée par l’envie d’y entrer. Malgré ses pas hésitants, ce fut plus fort qu’elle. Elle s’avança, en zieutant chaque côté du couloir, avec l’impression de commettre un interdit. Elle avait déjà dormi là, pourtant. Elle voulait seulement jeter un coup d'œil, pour se rappeler… Quoi ? Peut-être l’ennui qui l’avait gagné ou bien le parfum qui y régnait.
Du moins, rien n’avait changé. La chambre reflétait toujours autant la simplicité, réchauffée par des couleurs naturelles et terrestres. Kimi s’avança sur le lit, où contrairement à celui de Billy, elle n’osa s’affaler. Elle s’assit doucement sur celui-ci, en poignant dans les draps qu’elle avait déjà côtoyés. Son souffle se coupa. Elle se téléporta dans la chambre de Sky, à l’internat, là où ce dernier s’était penché pour l’embrasser. Puis lui revinrent les sensations qu’elle aurait voulu garder enfermer à double tour dans la salle de bain. Elle serra les genoux en agrippant ses doigts à la couverture. C’était un véritable enfer. Sky. Ses yeux. Ses cheveux. Son rire… Son odeur. Elle voulait tout de lui.
Puis, revint la douleur.
Il ne lui appartenait pas. Il était avec Jena. En lâchant la couverture, les épaules de Kimi s’affaissèrent. Elle avait envie de pleurer.
À la place, elle quitta la chambre pour rejoindre la sienne. Du moins, celle de Billy, et en claquant la porte derrière elle. Elle n’aurait peut-être pas dû, mais personne ne pouvait l’entendre de toute façon. Ils étaient tous en bas, en train de s’amuser.
C’était redondant. Cette façon qu’elle avait de ruminer, et de respectivement, le désirer, puis le détester.
Il était temps de passer aux choses sérieuses. Pour la soirée, Kimi avait sélectionné deux tenues, simplement par sûreté. Un joli haut à mettre avec son jean ou bien… Elle glissa ses pouces sur la robe noire que Laure lui avait prêtée avant de la coller contre son cœur. Qu’est-ce que sa meilleure amie lui aurait conseillé ?
Qu’est-ce que Sky préférerait ? Kimi secoua la tête. Non, de quoi avait-elle envie ? Voilà ce qui lui permit de se décider.
***
- Nous enverrons la cuisson lorsque tout le monde sera arrivé. Monsieur Leroy, pourriez-vous éviter de mettre votre doigt dans la sauce…
Réprimandé par l’homme de maison, Leroy se rapetissa de façon cocasse devant le plan de travail.
- Vous serez récompensé une fois les verrines terminées, renchérit Charles, qui depuis des heures était devenu le maître des lieux.
La cuisine ressemblait en tout point à un champ de bataille, où chaque membre de la famille s’était vu affecter une mission à accomplir. L’homme en profita pour vérifier le travail du garçon qui s’était vu trembler en apprenant qu’il y aurait du caviar au menu. Il n'avait jamais non plus découpé de noix de Saint-Jacques.
Dossan, qui à ses côtés, s’appliquait à le conseiller en montant une épaisse crème fraîche, devint d’humeur joueuse :
- Mais oui, enfin Leroy, quelles sont ses manières,... dit-il, en imitant aussitôt le méfait de ce dernier.
À ses risques et périls, car doté de ses maniques et de son tablier, Charles avait tout d’un homme menaçant.
- Je vous ai à l'œil, proféra-t-il, en se dirigeant vers le four.
Le temps était venu pour lui d’arroser la volaille qu’ils avaient soigneusement sélectionnée avec Blear, cette dernière accourant auprès de lui au même moment.
- Vos genoux, Charles ! s’exclama-t-elle, en le voyant s’accroupir. Vous allez vous faire mal… laissez-moi faire.
La tentative fut aussi efficace que celle d’un poulet voulant s’échapper de la basse-cour.
- La volaille est-elle votre spécialité ?
Il lui ôta les mots de la bouche.
Blear ne put que lui sourire. Il y avait des années, maintenant, que l’homme s’occupait de la préparation des plats principaux durant les fêtes. Ils s’étaient toujours régalés. Elle retourna donc à ses occupations, en passant inévitablement dans le dos de Dossan. Pas le choix. Elle devait s’y accrocher. Dossan réceptionna son baiser sur la joue avec joie. Ils s’embrassèrent, ensuite, sous les yeux émerveillés de Leroy.
- Les miasmes ne sont pas autorisés dans cette cuisine, ronchonna Charles, qui n’était toujours pas arrivé à accorder une confiance totale à Dossan.
La Richess s’envola auprès du plan de travail opposé, réjouie par la chaleur qui avait envahi la cuisine.
Elle fut surprise, cependant, de trouver sa fille la tête dans le frigo, en train de marmonner quelque chose d’inaudible :
- Ce n’est pas la peine de me regarder comme ça…
- Lysen, que fais-tu ?
En l’imitant, elle remarqua que cette dernière était en train de fixer les langoustines sur le plateau de fruits de mer.
- C’est elles qui me fixent ! s’écria-t-elle, le cœur pris entre la peine et l’envie de s’en délecter.
- Ferme ce frigo, elles ont besoin d’être au frais ! Aide-moi plutôt par ici, dit Blear, en l’attirant vers les toasts, puis en s’armant d’un couteau. Récapitulons, les gougères et le caviar viennent en premier, puis nous serviront quelques toasts, la première entrée, ce seront les noix de Saint-Jacques,...
Elle avait besoin de tout récapituler afin de s’assurer que tout soit parfait. C’était la première fois qu’elle recevait des personnes extérieures à la famille. Par là, elle entendait les Solaires. Concernant John, en tant que père, ce dernier avait toujours été présent, et pour Dossan et ses enfants, c’était différent. Si cette réunion lui semblait naturelle, elle redoutait la façon dont les Solaires pourraient la capturer. Comme elle l’avait précisé à Dossan, l’idée de les inviter au nouvel An lui était venue il y avait quelques mois de cela, lorsque Sky s’était mis en couple avec Jena. Les adultes s’étaient recroisés après quelques années, ils avaient échangé des commodités, ris à propos de l’union de leurs enfants, et enfin l’un d’eux avait proposé :
- Nous devrions organiser un dîner. C’était le père.
La femme avait renchéri :
- Pourquoi pas au nouvel an ? Les enfants voudront être ensemble.
Et pour une raison obscure, Blear s’était lancée telle une amazone dans la forêt tropicale, en s’exclamant :
- Je m’en occupe !
Quelle idiote elle avait été. Elle devait maintenant accueillir le couple dans des conditions où son ex-mari et son nouveau compagnon se retrouveraient sous le même toit. Bien que ceux-ci partageaient un respect mutuel, elle imagina à quel point cela pouvait paraître curieux, tout comme le fait que sa fille et le fils de son compagnon se trouvaient également être ensemble. Pour quelle genre de mère allait-elle passer ? Ce n’était sans compter le conflit croissant entre Sky et Kimi, qui inquiétait tant Dossan et pour lequel elle l’avait rassuré, sans même en connaître la nature. Le tout dans un contexte où les lois étaient en train de s’effondrer.
Blear allait exploser.
Ding Dong.
- Ha ! Je vais ouvrir !
Ce qu’elle crut pouvoir dissimuler comme de l’impatience fut réceptionné correctement par les autres membres de la famille.
- … est-ce qu’elle va bien ? demanda Leroy.
Alors que Lysen s’apprêtait à répondre à cette question, elle tendit l’oreille. Elle jeta ensuite son tablier :
- C’est papa !
Un par un, chacun la suivit jusque dans le salon, sauf Charles qui resta fidèle à son poste en ce jour de fête.
Lysen était déjà dans les bras de son père quand Dossan et Leroy, dont les interactions avec lui avaient été limitées, firent la file pour le saluer.
Lorsque John-Eric et Dossan se retrouvèrent face à face - ce n’était que la deuxième fois - ceux-ci se jaugèrent un temps. Blear savait qu’ils s’entendaient bien, mais elle fut rassurée quand elle les vit s’engager dans une accolade amicale.
- Ça sent super bon, dit John, en lui tapotant le dos.
- Tu vas bien ? demanda Dossan. Tu as déjà rencontré Leroy, n’est-ce pas ? ajouta-t-il, en attrapant ce dernier par les épaules. Il est un peu nerveux…
- Papaaaa !
- Ça, ce n’est pas très gentil, ajouta Lysen.
Timide à souhait, Leroy fut impressionné face au père de sa petite copine. Lorsqu’il séjournait chez Blear, c’était lorsque Lysen n’était pas chez dernier. Ainsi, ils ne s’étaient pas beaucoup vus.
- Euh… bonjour, fit Leroy, en rougissant. Hum, je sais qu’on s’est déjà rencontrés, mais… J’ai l’impression de ne pas vous connaître du tout… alors…
Il lui tendit courageusement sa main. Le geste surprit tout le monde. Sauf John, qui l’attrapa avec sympathie.
- Heureux de te connaître, dans ce cas, dit-il en se débarrassant davantage.
Blear réceptionna sa veste.
- Je pensais aborder le sujet un peu plus tard, mais je serais content de t'accueillir prochainement… J’ai trouvé une maison qui me fait de l'œil.
- Tu plaisantes ? s’en alla, Blear, estomaquée. C’est génial ! dit-elle, en l’attrapant dans ses bras. Oh, pardon…
- Il n’y a pas de mal, dit John, en la touchant brièvement.
Dossan acquiesça doucement. Il était heureux pour lui. Il comprenait que Blear le soit aussi.
- Bravo, papa, le félicita Lysen, de façon moindre. Est-ce que ça veut dire que tu as une nouvelle petite amie… ?
Tout allait trop vite. Blear fit de gros yeux à sa fille.
- Enfin, Lysen !
- Haha, non, je n’ai pas de petite amie, lui assura John, qui l’attrapa ensuite dans ses bras.
Mais lorsqu’il croisa le regard de Blear, il s’y attarda. Cette dernière cligna des yeux, puis elle eut un bref échange avec Dossan, qui sembla traverser par un éclair de génie. Cela resterait entre eux trois pour le moment.
- Sky n’est pas encore là ? Je vais aller dire bonjour à Charles, brossa John-Eric.
- Oui, bonne idée, fit Dossan. Leroy, tu vas chercher ta sœur ?
Excité par l’animation qui débutait, ce dernier s’empressa de répondre à sa requête, en compagnie de Lysen.
En direction vers la cuisine, Blear se mit à chuchoter vers John, en le frappant :
- Tu mens à ta fille ! Tu as une petite amie !
Il leva les yeux au ciel.
- Je n’ai pas menti. Je n’ai personne pour le moment…
- Pour le moment, le reprit Dossan. Qui est donc l’heureuse élue ?
- Toi, tu es un petit peu trop heureux à mon goût…
Lorsque les adultes entrèrent dans la cuisine poussés par leurs messes basses, ils furent surpris de voir Charles en train de les dévisager comme s’ils étaient des enfants en train de faire une bêtise :
- Que faites-vous ?
Les uns accrochés aux autres, les trois se mirent à rire bêtement, surprenant l’homme à leur tour.
***
Dans le couloir à l’étage, Leroy entama sa mission avec cœur :
- Kimi !!
Il cria après sa sœur plusieurs fois jusqu’à se retrouver devant sa porte.
- J’espère qu’elle n’a pas mis le bordel dans la chambre de Billy, dit Lysen, en pensant à son frère chéri.
- Kimi ! cria encore, Leroy.
Il sursauta lorsque la porte s’ouvrit en grand, Kimi apparaissant, avec un poil trop d’agressivité :
- Quoi ?
Leroy la regarda de haut en bas, de la même manière que Lysen. En balayant sa chevelure en arrière, Kimi s’impatienta.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- … T’es belle…
- Ha. Merci, dit-elle, comme si ça lui était égal.
- Mon père est arrivé, tu dois descendre le saluer. Et puis les Solaires, ne vont pas tarder, enchaîna Lysen.
- Ok, répondit Kimi, avec cette même attitude.
Puis, elle les suivit.
***
Dans la cuisine, Charles s’était joint à la partie :
- Je mérite de savoir qui a gagné votre cœur.
- Mais ! lança John, frustré. Quand je vous dis qu’il n’y a personne.
- Tu mens comme tu respires ! s’exclama Blear.
En attrapant un torchon pour s’essuyer les mains, John fronça les sourcils.
- De toute manière, s’il y avait quelqu’un, je ne vous le dirais pas !
- Haaa !! s’écrièrent-ils tous les trois, en le pointant du doigt.
Comment allait-il se sortir de cette situation ? Submergé par les questions, John était sur le point de craquer quand la sonnerie retentit.
Il afficha alors un grand sourire :
- Bah ça alors, vos invités ! Allez, allez, s’en alla-t-il, en tapant dans ses mains. Il faut les accueillir.
- Tu ne payes rien pour attendre, lui répondit Blear, qui s’activa aussitôt. Ne rien me dire à moi… !
Suivie de Dossan, elle disparut dans le salon en tempêtant. Seul, ou presque, John-Eric émit un large soupir. Il croisa ensuite le regard insistant du vieil homme.
- Ne faites pas ça, dit-il, face à l’expression douce qu’il lui octroya.
- … Quoi dont ?
John se fit envahir par le silence qui suivit.
En attrapant le plan de travail derrière lui, il hésita en se tournant vers lui :
- J’ai confiance en vous, mais…
- Vous n’êtes pas obligé de me le dire.
- … La femme qui m’intéresse, commença-t-il. Elle n’a rien avoir avec Blear.
- Oh, voyez-vous ça ?
- Charles ! Ne vous moquez pas de moi.
- Pourquoi ne souhaitez-vous pas en parler ?
- C’est qu’elle ne s’intéresse pas encore à moi.
Charles saupoudra leur échange d’un rire charmant.
Il le regarda ensuite avec confiance.
- Comme vous le dites, pas encore.
***
Leroy et Lysen se tenaient par la main, tandis qu’ils traversaient le couloir en papotant de tout et de rien. Dans leur dos, Kimi se demanda comment ces deux-là arrivaient à trouver autant de sujets de conversations, alors même qu’ils passaient tout leur temps ensemble.
Leurs voix ne tardèrent pas à s’amoindrir face à celles qui s’élevaient de plus en plus au rez-de-chaussée. En entendant des rires, Kimi s’arrêta dans le couloir. Elle vérifia le bout de ses chaussures, en gigotant ses pieds à l’intérieur, puis tira sur les côtés de sa robe. Entre-temps, les deux gamins avaient filé jusqu’aux invités.
- Comme c’est beau chez vous, s’en allant, une voix féminine.
- Ce sapin n’a pas dû être simple à monter, dit un homme.
- Je te l’avais dit, maman.
Depuis l’étage, Kimi reconnut celle de Jena, qui lui donna l’impression d’avoir avalé un hérisson. Elle attrapa la rambarde de l’escalier et la serra entre ses doigts. Il ne lui restait plus qu’à descendre. Un pied devant l’autre, et sans tomber, car au-dessus de ses bas, s’étaient des escarpins qui la chaussaient.
Ceux-ci attirèrent l’attention dans les marches. Ces deux nouvelles têtes brunes étaient sans aucun doute les parents de Jena. L’homme, à laquelle un début de grisonnance s’était attaqué à sa barbe, portait un costume, et la femme, une jolie robe couleur champagne. Ils avaient l’air aussi sympa que leur fille, et rien ne semblait pouvoir les surprendre.
Pour le reste, elle se délecta des réactions et principalement de celle de Dossan, dont le regard arrondi synthétisa le ressenti global.
Kimi portait une robe noire qui sculptait son corps et par-dessus tout, son décolleté. Elle avait laissé sa crinière relâchée. En s’attardant sur Jena, elle vit que cette dernière avait troqué sa queue-de-cheval pour un élégant chignon. Elle portait une combinaison, dont le haut était à sequins. Comme d’habitude, elle n’était pas moche. Cela raviva la flamme qui ne cessait de brûler en elle. Où était Sky ? Ses talons claquèrent contre le sol quand elle commença à le chercher.
- Salut, Kimi, fit tout de suite, Jena. Tu es trop belle, ce soir !
Seulement, ce soir ? La bise qu’elle lui colla la révulsa, et puis, elle s'en fichait... Pourquoi n’était-il pas là ? Préoccupée par l’absence de Sky, elle n’accorda pas tant d’intérêt à sa présentation aux Solaire :
- Et voici ma fille, Kimi, dit Dossan, qui en profita pour l’analyser de plus prêt, car il ne l’avait jamais vu dans un tel accoutrement. Elle partage la même classe que Jena et Sky,...
Concernant ce dernier, elle n’avait pas seulement envie de partager sa classe. Elle le cherchait encore du regard quand ceux-ci l’embrassèrent chaleureusement chacun à leur tour. La porte du hall claqua ensuite.
- On a aussi ramené une bouteille…
Sky entra dans la pièce, les mains occupées par un champagne, lorsqu’il s’arrêta sur Kimi. Il ne dit rien en la voyant, mais il la détailla de la même manière que Lysen et Leroy ne l’avait fait précédemment. Pas de la façon qu’il l’avait fait au défilé. Néanmoins, avec une grimace qu’il n’était pas arrivé à contrôler. À quoi pensait-il ? Kimi aurait tout donné pour le savoir.
Lorsqu’il s’approcha, elle sentit le tambour habituel reprendre sous sa poitrine. Il était drôlement mignon avec sa chemise et son polo. Son parfum la troubla quand il la salua à son tour. Le contact de leurs joues. En enfonçant son regard maquillé dans le sien, Kimi remarqua comme ses yeux s’arrêtèrent sur tous ses angles. Elle avait mis du gloss aussi, sous les meilleurs conseils de sa meilleure amie. Était-ce pour ça qu’il regardait ses lèvres ou pour une autre raison ?
En prenant du recul, ce dernier leva un sourcil, comme s’il eut l’impression d’avoir compris quelque chose. Puis, il la pointa du doigt.
- Elle est à Laure cette robe, non ?
Les joues de Kimi s’empourprèrent. Ce gros con. Il avait remarqué ? C’était tout ce qu’il avait à dire ? Tandis que la honte joua avec ses tripes, chacun reprit là où il s’en était arrêté.
Kimi resta bête au milieu des invités.

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