Chapitre 50 : 2015
Raconte-moi ce qui s’est passé avec Kimi.
Sky n’avait pas eu le choix. Après l’avoir attrapé par la nuque, son père avait décidé de le tirer jusqu’à son bureau. Ses pieds avaient effectué tout le travail à sa place. Ils l’avaient suivi machinalement, jusqu’à cette porte discrète et dissimulée sous le palier.
À cette période de l’année, elle passait presque inaperçue : le sapin dans l’arrondi de l’escalier prenait définitivement trop de place. Un peu comme le cœur de Sky, coincé au fond de son thorax, et dont les secousses refusaient de s’arrêter.
Face au bureau de son père, une vague de souvenirs le submergea. Cet endroit avait été autrefois un lieu de refuge, et depuis quelques années, un lieu que Sky s’était efforcé d’éviter.
Il y pénétra, la tête basse, sans allumer la lumière. La boule dans son estomac se resserra lorsqu’il entendit le clic de l’interrupteur, puis le bruit sec de la porte se refermer derrière lui.
Rien n’avait changé. Sauf peut-être l’homme en face de lui. Avec force, John appuya sa main sur son épaule.
Sky le regarda, les yeux rouges, la gorge remplie de billes.
- Assieds-toi, dit John, en désignant les fauteuils d’un mouvement bref de la tête.
Dans un premier temps, il n’osa pas bouger, cherchant des signes de colère dans les yeux de son père. Puis, un souvenir remonta.
Lorsqu’il était petit, ce dernier l’avait emmené dans son bureau après une dispute avec Billy. À l’époque, ses pieds ne touchaient pas le sol. Aujourd’hui, le cuir à peine strié grinça sous son poids. Sky s’y enfonça en gardant le regard rivé sur l’ancien carrelage. Il n’était pas à l’aise, surtout en voyant son père placer deux verres sur la table d’appoint qui les séparait.
- Qu’est-ce que… tu fais ?
Les gestes de John répondirent à sa place : il versa un fond de whisky dans chacun des verres.
- Bois. Ça va te changer les idées.
- Mais…
John montra l’exemple et bu cul-sec.
Sans s’en rendre compte, sa respiration se calma. Il imita ensuite son père, puis grimaça, le liquide brûlant sa gorge.
- C’est un truc de riches, non ?
- Hein ? fit Sky, les yeux rougis… cette fois par l’alcool.
- Tu bois jamais de whisky avec tes copains ?
Sky desserra les sourcils, surpris par l’audace de son père. Ce soir, il ne cessait de l’étonner. Ils étaient plutôt branchés bières, mais là n’était pas la question. Le silence qui s’installa entre eux, le poussa à triturer son verre du bout des doigts. Il ne l’avait pas traîné jusqu’ici uniquement pour boire un coup. Le regard de son père attendait des réponses.
En se penchant légèrement, ce dernier utilisa une voix douce :
- Qu’est-ce qui s’est passé, ce soir ?
La question qu’il redoutait tant…
En déglutissant, Sky regarda ailleurs. Il se tendit, contre le dossier du fauteuil, comme quand il était petit. Il n’avait pas envie d’être là.
- J’aimerais savoir, dit-il, en laissant un moment de suspension, que se passe-t-il entre Kimi et toi ? Et ne me dis pas “rien”. Je sais déjà que ce n’est pas le cas.
- Je… peux avoir un autre verre ? répondit-il, de façon évasive.
John sourit brièvement.
Il n’y aurait pas droit même s’il parlait. Sky le comprit de suite. En inspirant, il enfonça ses doigts dans l’accoudoir du fauteuil. Pourquoi était-ce si difficile ?
- Je peux poser les questions, si tu veux ?
- C’est pas ça, bredouilla Sky. C’est juste que… c’est tellement…
Compliqué, pensa-t-il, l’émotion le gagnant.
- Je n’en ai pas l’impression.
Sky releva la tête :
- Vous vous êtes embrassés, dit-il, d’un ton évident. Et avant que tu sois avec Jena. Il n’y a rien de compliqué. Je crois que tu sais très bien où vous en êtes avec Kimi. Mais surtout, où tu en es avec Jena.
Il le regarda ensuite se hisser au bord de son siège et ouvrir ses paumes, comme pour appuyer ses propos. Celles-ci semblaient contenir tous les secrets du monde.
- Tu saurais me dire pourquoi tu es avec elle, aujourd’hui ?
- … Pourquoi ? fit Sky, frustré. Parce que c’est ce qu’on a toujours attendu de moi. Pourquoi tu me demandes ça ? Tu sais très bien pourquoi on est ensemble…
- Oui, je sais exactement pourquoi. Donc, qu’est-ce qui t’empêcherait de la quitter, aujourd’hui ? Les lois ne tiennent plus à rien. Tout est en train de changer, et… j’ai vu comme tu regardes Kimi.
- Je… !
- Je parie que tu ne veux pas blesser Jena.
Il avait visé juste.
- Tu es bien avec elle, ça roule, tout est simple, vous rigolez ensemble,... C’est bien, fit John, en s’enfonçant dans son siège et en fixant son fils. Mais laisse-moi te dire quelque chose. Personne ne mérite d’être aimé à moitié.
D’une moue relâchée, Sky ne fit plus qu’un avec le fauteuil. Voilà où en était rendu le plus puissant des Richess de sa génération : accablé par ses propres fautes, face à son père, qui malheureusement, avait cruellement raison.
Jena… À trois ans, son rire l’avait percuté. À dix-sept ans, il ne cherchait plus ses mots à côté d’elle. Tout était simple. Naturel. Elle était la raison pour laquelle il ne s’était jamais intéressé aux autres filles — sauf pour batifoler — car à quoi bon ? Tout était déjà tracé.
Mais il y avait un hic. Un gros hic.
- Tu comprends ? lui demanda, John. Jena mérite d’être aimé entièrement et complètement. Chacun d’entre nous le mérite.
Sky acquiesça lourdement avant de se rendre compte de quelque chose : son père parlait en connaissance de cause.
- C’est pourquoi j’ai demandé le divorce à ta mère, oui.
- Alors, ça venait de toi ? dit-il, en fronçant les sourcils. Je croyais que…
John lui sourit douloureusement.
Cette décision lui avait tout coûté. Mais il n’avait pas eu peur de la prendre, contrairement à sa mère. On lui avait souvent dit qu’il lui ressemblait, à sa mère… Sky sentit la tension grimper en y songeant. Le hic. C’était Kimi. Cette fille qui était apparue comme un boulet de canon dans sa vie.
- Tu sais, je…
La gifle qu’elle lui avait collée il y a quelques années lui avait déplacé les idées.
- J’ai peur…
John leva un sourcil, à son tour, étonné.
- Quand je suis avec Kimi… Ce que je ressens… ça me…
- Qu’est-ce que ça te fait ?
- Je…
Il avait l’impression de fondre à la place d’exploser.
- C’est trop intense. Je sais pas du tout si on pourrait y arriver.
- Arriver à quoi ? demanda John, avec un sourire en coin.
Sky rougit. Puis, se mordit les lèvres. Ses plis se ressérerent.
- Papa, avec elle… je sais pas comment faire… Ça a toujours été facile avec les filles, dit-il, en rigolant nerveusement. Mais avec Kimi ! On se dispute tout le temps. Je ne sais même pas pourquoi ! J’ai l’impression que c’est plus fort que moi. Quand on se croise, j’ai envie de lui parler, j’ai envie d’être doux, d’être sympa, mais dès que j’ouvre la bouche... je perds le contrôle. Je finis par la provoquer, alors que je voudrais juste…
- Tu as pensé à lui expliquer ce que tu ressens pour elle ?
Sky cessa de parler.
Lui expliquer ?
Cela paraissait si simple dans la bouche de son père. Impossible à imaginer en face de Kimi. Elle l’avait répété. Qu’elle ne l’aimait pas. Il ne l’avait jamais vu non plus pleurer comme ça.
En sentant la main de son père rejoindre le haut de sa tête, Sky plissa les yeux. Ce dernier lui ébouriffa doucement les cheveux.
- Va te reposer, maintenant.
Mais comment aurait-il pu dormir après tout ce qui venait de se passer ?
***
John avait laissé son fils sortir du bureau en premier afin de s’octroyer un moment de solitude. Dans son fauteuil, il soupira. La soirée avait été longue et éprouvante. Riche, cependant, grâce aux confidences de Sky. Une pointe de mélancolie le traversa lorsqu’il rassembla les verres à whisky vide. Fut un temps où lui aussi s’était retrouvé dans le même état.
Il décida de rejoindre la pièce principale, et de la même façon, les deux causes principales de ce tourment. Côte à côte, dans le plus grand fauteuil du salon, Dossan et Blear semblaient tout aussi fatigués, les cernes marquant leurs visages.
En s’approchant, John vérifia l’horloge murale.
Minuit.
- Bonne année.
2015. Blear fut la première à se retourner. Il put alors constater la façon dont ils se tenaient fermement la main. Rien de plus normal : ils étaient ensemble, désormais.
En même temps que son ex-compagne, Dossan se leva en sa direction. Chacun s’embrassa, car la bienséance l’exigeait. Ils ne jouaient aucun rôle, pourtant, John sentit une pointe d’agacement. Peut-être était-ce dû à l’heure tardive ? S’en convaincre reviendrait à se mentir à soi-même. S’il avait les épaules pour soutenir son fils, il ne les avait pas pour assister à ce spectacle trop doux. L’amour que Dossan et Blear se portaient était tellement évident. Cela lui fit mal.
Il aurait aimé être comme ces chaussures auxquelles on pshitait un coup d’imperméabilisant.
- Tu as besoin d’un coup de main ? demanda-t-il, en balayant du regard la pièce en désordre.
- Oh, non. Nous rangerons demain, c’est gentil.
- Bien. Dans ce cas, je vais y aller.
- Tu t’en vas ? lança Blear, d’un ton déçu.
- Tu ne veux pas rester ? lui proposa Dossan, ensuite. Il est tard. Tu pourrais utiliser la chambre d’ami…
- Non, merci.
Son ton s'était voulu plus sec qu’il ne l’aurait espéré. Il avait vécu tant d’années dans cette maison dans laquelle, aujourd’hui, un autre homme lui offrait l’hospitalité. Dossan lui tendit alors la main. John ne put que l’accepter. Il ne fut pas surpris par sa poigne. Elle avait toujours été douce. Sans violence. Mais ce soir, il avait failli franchir une limite. Il n’eut besoin d’aucun mot. John comprit au regard qu’il enfonça dans le sien, et acquiesça en retour.
Les enfants n’étaient pas une mince affaire, tout comme les histoires de famille et les anciennes querelles.
Blear l’accompagna ensuite jusqu’au pas de la porte, où leurs regards se croisèrent longuement. Il reconnut son inquiétude.
- Est-ce que ça va aller ? demanda-t-elle.
- Je te retourne la question.
Elle parut confuse.
- Deux adolescents en chaleur sous le même toit, ça fait beaucoup à gérer.
- Enfin… , fit-elle, en souriant brièvement.
- Je plaisante.
- … Non, tu as raison, répondit-elle, en croisant les bras, car elle avait froid. Je ne sais pas comment nous allons gérer cette histoire… Nous verrons au jour le jour, je suppose.
- Si je peux aider.
Blear le regarda avec compassion.
Pour un soir du nouvel an, il n’était pas si tard.
- Tu rentres à l’hôtel ?
- Oui.
Elle le dévisageait déjà.
- … Accompagné ?
John laissa échapper un mince rire.
- J’aurai bien aimé… mais non.
Il hésita. Une lueur malicieuse s’alluma dans ses yeux. Blear lui rendit bien son regard, un sourire presque imperceptible sur les lèvres. Avant de partir, ils partagèrent une accolade, douce et silencieuse.
Blear et John s’étaient toujours entendus sans dire un mot.
***
Une heure du matin passé. Le silence était tombé sur la maison. Dossan et Blear étaient remontés dans leur chambre, à l’instar de Leroy et Lysen.
Kimi devait être dans la sienne. Enfin, dans celle de Billy… Il n’y avait aucun bruit, chaque pièce et couloir plongés dans le noir.
Dans son lit, Sky venait de se retourner sur le flanc, une énième fois. Il tira sur le bord de sa couverture, coincé entre l’agacement et l’angoisse de ne pas réussir à fermer les yeux. En se réajustant, il glissa sa main sous l’oreiller. Qu’est-ce que ça pouvait faire ? Ces dernières années, il n’avait jamais été couché aussi tôt un soir de nouvel an. Normalement, il aurait dû être en train de faire la fête avec ses amis. Mais cette année, c’était différent. Tout avait changé. Dégénéré, et tout ça… c’était à cause d’elle.
Sky ouvrit les yeux. Ses pensées ralentirent, retour à l’instant présent. La nuit pesa sur son corps qu’il ramena sur le dos.
Il marmonna :
- Fais chier, en soufflant.
Tourné vers le plafond, son regard glissa sur l’obscurité.
Quelle soirée. Il s’en remémora le cours, au ralenti, la façon dont Kimi avait versé l’alcool sur Jena. De son côté, cette dernière arrivait-elle à dormir ? Sous ses paumes, il ronchonna. Et Kimi ? Son cœur s'alourdit. Il n’avait pas de doute concernant sa petite amie ; elle s’en remettrait. Quant à la blonde qui résidait dans une des chambres voisines… Il mordit ses lèvres. Les nœuds qu’il sentit glisser le long de son corps le poussèrent à se relever. Il sortit des draps, à moitié seulement, pour prendre une bouffée d’air frais.
Un peu de plaisir… voilà ce que lui avait procuré cette scène. Kimi avait osé, et au même instant, Sky avait senti en lui-même une caresse. La satisfaction derrière son acte, dont il avait honte, car il adorait Jena. À cet instant, les mots de son père lui revinrent en tête. Sa relation avec Jena était en effet confortable, mais elle ne reflétait pas l’amour fou. Pas comme celui qu’il le mettait hors de lui dès qu’il se retrouvait au contact de Kimi.
Il devait l’admettre.
Il l’aimait.
En jetant ses pieds hors du lit, Sky commença à éponger ses yeux. Puis, il attrapa son téléphone. Une heure et demie, et aucun message. Il alluma ensuite sa lampe de chevet. Il avait entendu un bruit dans le couloir, alors, pendant un instant, il avait cru… Depuis sa nuque, il ramena ses cheveux vers l’avant. C’était prendre ses rêves pour la réalité.
Il se redressa quand même, histoire d’aller voir. Peut-être… qu’elle n’arrivait pas à dormir non plus ? Sans un bruit, il se hissa dans le couloir, où il aperçut un filet de lumière s’échapper du dessous de la porte de la salle de bain. La pièce se trouvait quasiment en face de sa chambre. Sky déglutit, les bras ballants, en fixant la serrure.
Il y avait quelqu’un là-dedans.
À l’idée que cela puisse être Kimi, il se retrouva pétrifié.
Il se reprit aussitôt. Cela pouvait tout à fait être quelqu’un d’autre. Lysen ou Leroy, du moins, car la chambre parentale possédait sa propre pièce d’eau. Oui, ça devait être l’un d’eux. En s’en convainquant, il fit un pas en arrière.
Mais si c’était elle ? Sky revint sur ses pas. L’envie de s’arracher les cheveux lui grimpa. Il se mit à tourner comme une bête en cage. Si c’était elle, pensa-t-il, il aurait l’air d’un idiot. Kimi ne s’attendrait pas à le trouver là. Peut-être même qu’ils se disputeraient encore.
Ou parleraient-ils ? Que lui dirait-il s’il pouvait ?
S’il pouvait…
Il n'eut pas le temps d’y penser. Ses organes s’emmêlèrent en entendant la porte de la salle de bain s’ouvrir.
C’était bien elle. Kimi, dont le regard caressait déjà le sol. Lorsqu’elle le riva sur lui, pareillement à celui d’un animal piégé entre deux phares, Sky se contracta. Comme prévu, il se sentit comme un idiot planté devant elle, mais il y avait plus que ça… Ses yeux. Ils l’aimantèrent.
Elle les abaissa aussitôt — petits et rouges, ceux-ci semblaient n’avoir jamais cessé de pleurer.
- Désolé, hum… fit-il, en faisant un geste vers la salle de bain, je dois…
- Oui, répondit-elle, rapidement, en se décalant.
Sky se décala du même côté, en même temps.
- Ha, pardon.
- … C’est rien…
Sa voix rauque, et mince, traversa son cœur. Sky voulut lui laisser la place, mais à nouveau, ils se deplacèrent ensemble. La situation évoqua un rire incontrôlable chez Kimi, qui piétina, ne sachant pas par quel côté s’enfuir. Sky l’aida, en touchant brièvement son épaule, afin d’échanger leurs places. Il remarqua alors l’absence de colère dans ses traits affaissés. Il eut même l’impression, un court instant, que tout était redevenu normal. Le calme après la tempête.
Il bloqua. Puis, attrapa la porte de la salle de bain.
Ce n’était pas vrai. Tout avait changé.
Kimi n’avait jamais agi de cette manière. En rassemblant ses doigts autour de l’épaule qu’il avait effleurée, elle fit un mouvement en arrière, indiquant qu’elle retournait sur ses pas. Mais ses yeux… Ils ne se déplacèrent pas. Ils restèrent ancrés dans les siens. Pourtant, résiliés, ils avaient l’air de… ne jamais vouloir le quitter.
Le corps de Sky agit avant lui. Il attrapa sa main au bout de laquelle Kimi se laissa emporter avec facilité. Il sentit ses doigts glisser le long des siens en entrant dans la chambre. Car il ferma la porte derrière eux avant de se retourner, dos à la porte. Il garda la tête basse. Il entendit le souffle de Kimi, qui au milieu de la pièce, rassembla ses poings serrés auprès de sa poitrine. Il ne dit rien, pendant un long moment.
Quand il planta ses yeux dans les siens, Kimi frémit.
- Je vais mettre mon égo de côté.
Elle grimaça, ses sourcils se touchant.
Sky chercha un point à fixer, mais il en revint toujours à ses yeux.
- J’ai envie… de t’embrasser.
La chaleur grimpa le long de sa nuque jusqu’à ses oreilles. Ça y est, il l’avait dit, et la réaction de Kimi, dont le souffle se coupa, le fit se languir de ses lèvres. Emprise au doute, cette dernière lui affligea un regard sévère. Aucun des deux n’avait besoin de le répéter. Il était avec Jena.
- En fait, j’ai eu envie de t’embrasser toute la soirée.
Le regard de Kimi s’ouvrit doucement.
- Comme au bowling, et au défilé… Ouais, souffla-t-il, en n’empêchant un rictus. Au défilé, j’ai vraiment eu envie de t’embrasser.
Il fut soulagé de voir que le même grimpa à ses lèvres, bien qu’elle essaya de le cacher.
- Tu es…
Bête. C’était ce qu’elle allait dire.
- C’est pour ça que je t’ai embrassé la dernière fois.
Son torse se souleva. Kimi le regarda avec peine. Ce souvenir leur évoquait un moment difficile.
La gorge nouée, il se lança :
- Parce que je suis amoureux de toi.
Les billes avaient fini par s’écouler.
- Je t’aime, admit-il.
Un poids se détacha de son corps, même lorsque Kimi détourna violemment la tête. Elle glissa sa main devant ses lèvres, qui se déformèrent. Il s’approcha. Elle ne put contenir ses larmes et le hoquet qu'elle émit lui brisa le cœur. L’aimait-elle ? Il laissa un temps de silence s’écouler. Il avait pris sa décision.
- Je vais la quitter.
Elle lui fit face, démunie, incapable de prononcer un mot.
- Est-ce que, dit Sky, la voix tremblante, le temps que j’arrange tout ça… tu…
Comme il l’avait dit à son père, Sky était terrifié. Dans ses yeux, il restait un mince filet de fierté.
- Je peux te demander de m’attendre encore un petit peu ?
Celui-ci disparut.
- Après ça, tu voudras bien me laisser t’embrasser ?
- Hum, fit-elle, en contenant une plainte.
Elle se mit à hocher la tête frénétiquement, en essuyant ses larmes. Sky se sentit implosé. Face à lui, Kimi attendait. Lui aussi. Hésitants. Il décida de combler l’espace entre eux en joignant sa main à la sienne, frôlant chacun de ses doigts. Tout avait changé entre eux. Il plongea dans son regard, amoureux, et s’en délecta. Sa respiration était forte, mais il était dans le même état.
En s’approchant de son oreille, il lui glissa ses mots qui la firent frissonner :
- Je t’aime.
Leurs yeux se rencontrèrent à nouveau. Il s’arrêta à un souffle de ses lèvres. Puis, dévia, glissant un baiser sur sa joue.
- Bonne nuit, Kimi.
Il valait mieux qu’il parte. Sky quitta la pièce rapidement, en oubliant qu’ils étaient dans sa chambre. Il prit alors celle de Billy, où une fois enfermé, il apporta ses mains à son visage. Son cœur battait à tout rompre, comme celui de Kimi, qui s’était laissé tomber au bord de son lit. Défaite, elle regarda la pièce autour d’elle, avant d’attraper ses draps entre ses doigts. Elle les amena auprès de son nez. Ils portaient son odeur. Elle s’y recroquevilla en riant. Elle n’en revenait pas.

Annotations
Versions