Le confinement, un (nouveau) mode de vie

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Pierre regarde autour de lui.
L’appartement paraît plus grand depuis que le silence s’y est installé.
Être confiné… est-ce perdre sa liberté, ou apprendre une autre manière de l’habiter ?

Dans ce monde globalisé, il a longtemps cru que la liberté consistait à pouvoir tout faire : voyager, consommer, bouger sans cesse. Et pourtant — quand avait-il vraiment eu le sentiment d’être libre ?

Chacun porte ses limites, pense-t-il. On travaille pour vivre, on dort pour tenir debout, on accepte que l’on ne vole pas, que l’on ne peut pas être à deux endroits à la fois. Ce n’est pas la vie qui nous enferme ; c’est peut-être l’idée que nous nous faisons d’elle.

Le confinement réveille surtout une peur : celle de perdre la liberté de provoquer le monde, d’aller et venir sans se soucier des autres. Mais il n’est pas nécessairement une punition, ni la cage que certains décrivent en prophètes improvisés, annonçant une fin du monde qui aurait déjà dû survenir mille fois.

Par moments, Pierre y voit presque une invitation. Invitation à connaître aussi avec qui l’homme ou la femme partage sa vie, son existence. Non pas une vertu imposée de l’extérieur, mais un espace qui s’ouvre. Une possibilité de se recentrer, d’écouter cette boussole intérieure qu’il a trop longtemps laissée au fond d’un tiroir.

Il s’assied près de la fenêtre. Le temps s’écoule autrement. Et il comprend que sa véritable crainte n’est peut-être pas d’être enfermé… mais de découvrir en lui des vérités capables de bousculer ce qu’il croyait établi.

Le monde extérieur lui apparaît alors comme une succession d’ombres : elles passent, se chevauchent, se déforment. Il se demande combien d’entre elles, jusque-là, il avait pris pour la réalité.

Il pense à Lily.
À cette fois où, le soir, elle avait soufflé :
« Papa, quand on reste à la maison, on voit mieux ce qu’on a déjà. »

Peut-être que le confinement, finalement, n’est pas une fermeture.
Peut-être est-ce une porte intérieure qui se met à grincer — et qu’il faut oser pousser.

Le rêve de Lily

« C’est trop bien, le confinement ! »

Elle rit, presque surprise elle-même de ce qu’elle vient de dire.

« On dirait de grandes vacances… mais avec des devoirs au milieu.
Et on peut rester en pyjama plus longtemps. »

Elle réfléchit une seconde, puis ajoute :

« Franchement… moi, j’aime bien. On est ensemble. »

Le rêve du Sage

Au loin, j’entends l’angélus. Ce son ancien, familier comme une scène d’Épinal, survole les toits, descend jusque dans les cuisines et réveille, au passage, quelques souvenirs que nous croyions rangés. Il traverse nos maisons et, comme par jeu, ralentit le temps : tout à coup, le tumulte se sent un peu mal à l’aise.

C’est l’heure du déjeuner. Un plaisir simple — presque trop simple pour notre époque pressée : une table dressée, un pain qu’on partage, des regards qui se croisent. Le monde continue de s’agiter, bien sûr ; mais nous l’invitons poliment à patienter sur le pas de la porte.

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