Les souvenirs de son village

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Pendant qu’il réfléchit, des souvenirs remontent.
Ceux de son enfance, dans un village du sud, près d’un vieux lavoir.

Le soleil cognait fort, l’été. La verdure finissait par se transformer en une terre presque brûlante, qui craquelait sous les pas. Sèche, aride, brulé par une chaleur d’été.

À l’ombre du mûrier centenaire, sa mère était assise. Elle n’était plus toute jeune, redoutait ce virus — mais jamais elle n’aurait admis qu’il puisse la faire renoncer.

Pour elle, le confinement était presque une règle de vie : on peut le respecter, on peut s’organiser, on peut tenir bon. Cela l’amusait parfois… autant que cela la terrorisait en secret.

Pierre comprenait que sa plus grande peur n’était pas pour elle-même. Ce qui la hantait, c’était l’idée de perdre l’un de ses enfants.

Le soleil revenait chaque jour, réchauffant les pierres — et, d’une certaine manière, les cœurs.

Le printemps là-bas semblait la saison parfaite : la nature s’éveillait, s’ouvrait, fleurissait, et offrait, à qui savait regarder, un émerveillement discret — mais infini.

Pierre se surprit à sourire.

Il se dit que peut-être, le monde n’était pas seulement en train de trembler…
peut-être qu’il essayait aussi, maladroitement, de se rappeler au souvenir de ces choses simples.

Le rêve de Lily

« Papa m’a parlé de son village.
Ça a l’air trop beau — avec le soleil, le lavoir, les arbres.

Moi aussi, j’aimerais bien y aller, à son époque, et jouer dehors dans une cabane, comme dans les histoires.

Les enfants, on aime les jardins, l’eau…

J’aimerais aller chez Mamie aussi. Elle me manque beaucoup.
Je lui ferais un dessin, on parlerait longtemps…

Mais je sais qu’il faut la protéger.
Alors je ne l’embrasse pas,
et je reste à la maison. »

Le rêve du Sage

Le Sud, c’est le Sud.

Il n’y a rien à dire — rien à redire. Tout y devient symbole.

Quand il s’éclipse, les plaintes renaissent ; quand il revient, les visages s’apaisent.
Ainsi va la vie, rythmée par sa lumière.

Le soleil joue avec la Terre, comme deux amis complices qui se partagent les heures du jour et de la nuit.

Dans ce ballet silencieux, le Sage voit une question ouverte discrète :

ce n’est pas tant le lieu qui change nos vies, que la manière dont nous apprenons à habiter sa lumière… et à traverser ses ombres.

Dans ce monde confiné où nous pourrions peut‑être apprivoiser notre propre espace, nous aurons tendance à nous considérer en détention. Erreur, je crois, parce que la pensée est libre, aussi petit soit l’espace.

Dans certaines civilisations ou certains rites, l’espace peut être clos et soigneusement fermé pour que toutes les forces spirituelles puissent s’y retrouver. Penser qu’être chez soi est un acte de détention est un contresens.

Être chez soi peut favoriser l’expression de votre « moi », de votre pensée qui se libère de ses chaînes quotidiennes.

Rome ne s’est pas faite en un jour, et vous passerez par plusieurs sentiments humains, je crois, avant de comprendre le sens de votre libération.

Mais l’esprit ne demande pas à être confiné. Or, c’est cet état de fait que vous lui avez imposé en devenant ce que la Société a voulu de vous, plutôt que ce que vous souhaitiez.

Dans notre civilisation occidentale, la seule détention est physique : la privation d’une liberté de circuler.

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