Post boum !
Mercredi 25 – 23:13
Tassé dans l'angle du box de la Lune Douce, cul par-dessus tête, Diago émerge lentement du coaltar. Une main passée sur son visage ranime une méchante odeur de pisse, merde et sanquette mélangées. Il déplie sa carcasse et se relève péniblement. Par réflexe, dans le même mouvement, il sort son pétard d’une main encore tremblante. Dans le noir des lumières explosées, tandis qu'il écarquille les yeux pour voir à travers la poussière et la fumée en suspension, les derniers événements lui reviennent en mémoire.
Au beau milieu d'un deal avec cette pédale de La Fouine, un vieux mendiant du quartier a débarqué en titubant et, sans leur adresser la parole, s'est dirigé droit sur la mallette de dope. Tenant sa bouteille d'une main, il a soulevé le couvercle de l'autre et... Boum ! Trou noir.
Que les Mexicains n’aient pas apprécié la mort d’Hector, soit, mais qu’ils lui envoient un kamikaze camé, c'est plutôt original. D’autant que La Fouine avait l’air aussi surprit que lui en voyant débarquer ce drôle de gus. Tiens, où est-il passé celui-ci ? Il n'a rien fait d'autre que poser sa mallette sur la table et, depuis l’explosion, a disparu. Cette tarlouze ne perd rien pour attendre. Lui transformer la boîte à Benco en turbine à chocolat sera déjà un bon début.
S’essuyant les yeux, encore à moitié collés par le sang et la tripaille du vieux poivrot, Diago jette un œil à travers l’ouverture nouvellement crée dans la cloison du fond. La première chose qu’il aperçoit, dans le salon d'à côté , au-dessus d'un tas de gravats, c'est son sac de pognon. Intact. Au moins une bonne nouvelle.
Il va pour escalader les débris et le récupérer, quand apparaît devant lui un énorme black au crâne rasé. Sorti de nulle part, le nouveau venu a déjà une main sur la poignée du sac. Là, çà commence à bien faire. Le sang de Diago ne fait qu'un tour (soit environ 360°). Depuis le début de l'affaire, tout y est passé. Des mexicains basanés, un kamikaze cramé et maintenant un black déplumé. Et tout ce joli monde n’a qu’une seule idée en tête de gondole, lui tirer son pognon ! Trop c'est trop. Diago lève son arme et, au jugé, tire sur le bonhomme sans même crier gare (comme disent les cheminots). Gêné par la fumée, il le rate de peu, ce qui, vu la corpulence du gars, est un véritable exploit. Le black roule aussitôt sur le côté et évite sa deuxième balle. Puis, tranquillement planqué derrière un buffet, il commence à riposter.
De plus en plus énervé par sa propre inefficacité, Diago perd toute prudence et se précipite à découvert pour contourner le meuble. Dans sa course, il prend le temps de baisser les yeux sur un trou qui vient d’apparaître dans sa chemise. Se rendant compte qu’il vient d’arrêter une balle d’un amortit de la poitrine, il laissa échapper un cri de goret. Puis, continuant sur sa lancée, il va s’écrouler derrière un canapé. Contaminé par la crémation du kamikaze camé, quasiment le quart du clic-clac en question commence à crépiter d’une acre combustion. À moitié asphyxié, perdant un flot de sang à chaque respiration, Diago réussit à se remettre à genoux. Dans un ultime effort pour se redresser, il pose son poing armé sur une partie métallique du siège rendue brûlante par l’incendie des coussins. La douleur le fait involontairement appuyer sur la gâchette et tirer la dernière balle de sa vie. Une pensée saugrenue lui traverse alors l’esprit :
« Depuis quand les truands Mexicains sont blacks, gros et chauves ? »
Mercredi 25 – 23:13
Tandis que la cloison s'abat avec fracas sur la tête de Yeng Fou, sa nuque prend un angle indécent. Avant que la poussière n’envahisse la pièce, Savi a le temps de voir les yeux du chinois se débrider de surprise avant de devenir vitreux. Pour trouver l’emplacement du trésor de guerre des Boxers, maintenant, c'est mal barré. Dans la foulée, un sac atterrit quasiment sur ses genoux. Encore abasourdi par le bruit de l’explosion qui venait de détruire le mur derrière Yeng Fou, il met une fraction de seconde à en apprécier le contenu. Les plaquettes de banque aparaissant par une déchirure du similimilicuir ne laissent pourtant aucun doute.
C’est quand il tend, par pur reflexe, le bras vers la poignée du sac que siffle la première balle. Changeant rapidement de direction, sa main se dirigea vers son arme, coincée entre son dos et son ceinturon. Tandis qu’il bascule sur le coté, la deuxième balle vient se loger, à peu de frais, dans le dossier de son fauteuil. Sa vitesse de réaction est surprenante pour un gars de sa corpulence. Il met à profit sa forme arrondie pour faire un tour complet sur le coté et se retrouver relativement à l’abri d’un meuble bas. Dans le même élan, animal pourtant placide, il réussit à sortir son arme et à arroser copieusement l’ouverture irrégulière qui se dessine maintenant au milieu du nuage de poussières. Comment les triades chinoises ont-elles réussi à suivre Yeng Fou jusqu’ici ? Et pourquoi un attentat à l’explosif ?
Au milieu de la pétarade, provenant de la pièce d’à coté, un aaargh ! de bon augure élimine l’option d’une balle perdue dans un coussin. Le concert de coups de feu se calme aussitôt. Rassuré d’être encore indemne, Savi prend le temps de jeter un œil sur la table qu’il vient de quitter précipitamment. A à la lueur du début d’incendie, il aperçoit le livre du chinois, le paquet contenant le paiement de ses services et le sac de billets tombé du ciel. Ils sont là, justes à portée de main. Savi se retient. Sans connaître le nombre de ses agresseurs, il serait imprudent de tenter de les récupérer à découvert. La meilleure option est de contourner l’autre salon par le grand hall et de s’assurer, d’abord, qu’il n’y ait plus de danger. En tous cas, il faut faire vite, sinon le feu risque de rafler la mise.
Prenant une grosse inspiration, il se lance dans une sortie façon western, roule de nouveau sur lui même, se redresse et, sans arrêter de tirer, recule dans le grand salon aussi vite que le lui permet son impressionnant embonpoint.
Toujours en marche arrière, il heurte de plein fouet la chaise de Mounia, venue en courant aux nouvelles. Basculant lourdement par-dessus le fauteuil roulant, il ouvre la bouche de surprise et avale au passage la dernière balle tirée par l’arme de Diago.
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