Surprise générale !

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Oyez oyez, messires et mesdames, mendiants et bouffons, pécors et moutons, écoutez moi; car à la surprise générale, je vais vous dévoiler ce qu'il y a de pire chez un homme, chez une femme, chez votre poisson rouge, et cette chose, je la tiens et la possède, en tout état de cause, et je vais vous la dire, cette chose : je n'ai point de volonté. Oh, misère ! Mais soyez bien sûr que c'est là mon unique défaut, et je vais vous le montrer, sans prétention aucune, car du reste, je suis le Phénix des hôtes de ces rues.

Laissez-moi me décrire sous l'oeil de mon pire ennemi, moi, mais soyez sans crainte, je m'estime, et ce mieux que les autres, mais les sommets que j'atteindrais par la force de l'esprit sont si hauts que nul ne les voit, moi de même, car mon corps ne suit pas mon âme. Voyez là ! N'est-ce pas de la modestie, qu'on dénonce souvent chez moi comme prétention ? Qu'y a-t-il, ciel, tu t'effondres sur ma tête ?! Un papier, je vous lis : On me demande de décliner davantage les subtilités métaphoriquement exigues de cette qualité maigre chez ma digne personne; fastoche !

Le problème, c'est le travail, croyez-moi, défiez vos jeunes marmots, dès l'âge où ils ne bavent plus en mangeant, et exercez-les : vous trouverez là la précision de leur esprit et la méthode de l'exercice. Mais moi, que dalle ! J'étais doué, c'est vrai, et ça l'a toujours été, mais le diable a fait maturer en moi, et mes semblables quoiqu'inférieurs, un poison qu'on ne tire que lentement de son sang, le poison de la flemme, de l'acquis et de la médiocrité, de la suffisance, du contentement et du jeu; si bien qu'à l'âge de raison, je pouvais dire sans rougir que je n'avais (presque) jamais travaillé. Mes parents, quoi qu'aimants, n'ont pas sû réveiller cette braise qui dormait en moi et exploiter mon génie transcendant à son plein potentiel, et ce n'est là que vérité, je vous l'assure; autrement, il m'ont laissé rêvasser, et rêvasser j'ai fait, mais si le rêve est bénéfique à l'enfant, et à l'adulte également, il ne contribue pas à se sortir les doigts de l'orifice anale pour les concrétiser ! Si bien que moi, génie des temps modernes, et humble de surcroît, peine à parler le langage de mon âme, et récolter le suc, le nectar de mes pensées, et à en faire oeuvre géniale qu'elle devrait être, pour faire vivre les flammes courageuses qui m'ont saisies trop tard, oui, trop tard : elles m'auraient aidées, daignant venir plus tôt, à travailler dans l'âge où le cerveau se forme encore et se fignole. Que nenni!

Dussé-je rejouer ma vie, je ne la rejouerai pas, le monde m'aime bien trop pour ce que je suis, au grand dam de ma volonté, de ma vie si étrangement pathétique, dont la flamme déjà faible semble s'amenuiser encore. Sans volonté, je fais partie des lâches, et le ciel sait que ça ne m'enchante guère, mais qu'y puis-je, ma mère m'a ainsi fait, peut-être lâche elle-même face à ce que j'aurais dû être, et le premier défi des lâches, des couards, des dégonflés, c'est déjà de vivre, et d'affronter la vie, car elle est remplie de défis que nous autres honteux pusillanimes ne souhaitons pas relever ! Mais même le plus grand, le plus abject des pleutres sait se battre, et il doit, car nul, en dépit de toutes les circonstances de la vie et les faits de la fortune, ne peut s'en tirer sans ne jamais rien mériter, au delà des aptitudes desquelles sa naissance l'a dôté, c'est le courage des lâches.

Voyez-là comme je tourne tout en ma faveur, encore, transmutant un vulgaire ressort de témérité qui ne vaut guère plus que du bronze en une pépite sans pareille au coeur d'or, ça, là, c'est ma nature. Assez, il est temps de travailler, car la vie est courte, mais le lâche que je suis préférerais attendre, faire couler, voire recourir à l'hypnose ; vraiment, c'est assez : il n'est d'autre âme pour faire ce que la mienne doit réaliser. Mais je sais, envers et contre tout, que je resterai à moi identique, impuissant, non pas sexuellement toutefois, incapable devrais-je dire, de me transformer profondément, et le flot de mes pensées ne s'écoulera non par vagues mais au compte-goutte, faute de mieux. Et si je ne puis changer, et que nul ne peut me changer d'avantage, alors c'est à eux, les autres, de changer, pour tirer le meilleur profit de cette tête, perdue et désordonnée, qui non moins génialissime, débite des phrases à tire-larigot pour un public imaginaire en grains de papier numérique; allons, je pourrais continuer indéfiniment, tel est mon intellect, mais il faut aussi vivre, et s'il faut que je meure, je mourrai : adieu (ne me regrettez-pas).

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