Prologue

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J’ai froid. Très froid. Tout mon corps tremble, de façon incontrôlable. Mes mains, mes pieds, mes doigts, mes orteils, tout s’engourdit, se glace peu à peu, comme si la vie quittait chaque parcelle de ma peau. Pourtant, nous sommes à la toute fin du printemps presque même au début de l’été. Ce mois de juin que beaucoup attendent avec impatience. Celui qui sonne la fin de l’année scolaire pour les plus jeunes, le début des vacances pour les moins jeunes. Le moment où les grands-parents sont sollicités de tous les côtés. Le moment où les soirées festives s’enchaînent, où les rires se prolongent tard dans la nuit, où la vie semble plus légère. Les jours s’allongent et se réchauffent, les nuits aussi. Alors pourquoi ai-je si froid ? Pourquoi cette sensation me traverse-t-elle jusqu’aux os, comme si un hiver intérieur s’était installé, me mordant sans pitié ? Pourquoi ce frisson permanent, cette morsure glacée qui traverse mon corps entier, qui me laisse engourdie, vulnérable, presque paralysée ? Je ne comprends pas. Je ne comprends rien à ce qui m’arrive. Je sens le sable sur mon visage. Les grains se collent à ma peau humide, s’infiltrent dans mes cheveux, s’accrochent à mes joues et à mes lèvres. Certains tentent même de pénétrer ma bouche. J’ai l’impression de mâcher de la terre. Le goût est amer, terreux, répugnant. J’essaie de bouger la tête, de lever ma main droite, mais mon corps refuse d’obéir. Je ne vois presque rien. La nuit est tombée depuis des heures. Le soleil, rougeoyant à l’horizon il y a peu encore, laisse place à un ciel noir constellé d’étoiles timides. Seule la lune apporte un halo de lumière pâle. Ses rayons glissent sur l’eau, dessinant une traînée blanche sur l’étendue noire et profonde qu’est l’océan. Un contraste hypnotisant, presque beau… si ce n’était pas si terrifiant. C’est calme. Trop calme. Un silence écrasant, oppressant. Pas un cri d’enfant, pas de rires lointains. Pas de chants provenant d’un groupe de jeunes autour d’un feu, à boire, à fumer, à refaire le monde. Ce monde qu’ils ne comprennent pas encore, mais qu’ils pensent pouvoir changer. Le seul son que je perçois, c’est le murmure régulier des vagues. L’océan dépose l’eau sur le sable, puis la reprend, encore et encore, comme une respiration lente et indifférente. Mais ce souffle de la mer est accompagné d’un frisson glacé dans mon dos. Quelque chose ne va pas. Mon instinct hurle. Le sable, l’air salé, la brise légère… tout me semble hostile, inquiétant. Je ne suis pas seule. Je le sens.

Je suis fatiguée. Épuisée. À bout de forces. Mon corps entier me supplie de me laisser aller. J’ai envie de dormir. De fermer les yeux. De tout arrêter. Mais j’ai peur. Peur que si je les ferme, je ne sois plus jamais capable de les rouvrir. Peur que ce soit la dernière chose que je le fasse. J’ai mal partout. Je ne comprends même pas l’origine de cette douleur. Chaque centimètre de mon corps hurle. Comme si on m’avait écrasée sous un rouleau compresseur, lentement, méthodiquement. Mes muscles brûlent, mes os hurlent, ma peau semble à vif, couverte d’une sueur froide et collante. Mon cœur tambourine dans ma poitrine comme si il allait éclater dans mon sternum. Dans ma tête, c’est un chaos permanent. Des coups de tambour résonnent sans cesse. Ça siffle, ça bourdonne. Mon crâne est sur le point d’exploser. Une pression immense cherche à me briser de l’intérieur. Chaque seconde s’étire, interminable, comme si le temps lui-même me punissait. C’est plus fort que moi. Je lutte de toutes mes forces, mais je n’y arrive plus. Chaque battement de paupière est un combat perdu d’avance. Je suis incapable de garder les yeux ouverts plus longtemps. Ils sont lourds, terriblement lourds. Ils se ferment malgré moi.

Je me sens partir. Lentement. Comme aspirée par un vide sans fond. Tout ce que je peux voir, tout ce dont je peux me souvenir à cet instant, ce sont les traits de son visage. Les traits de l’homme responsable de mon état. Celui qui, quelques instants plus tôt, était encore à mes côtés. Qui me regardait lutter, souffrir, qui voyait mon corps s’éteindre peu à peu sous ses yeux.

Mais par peur, par lâcheté, il a choisi de fuir. Il est parti calmement, sans même se retourner. Me laissant là. Seule.

Et sûrement… morte.

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