chapitre 7

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Lyon, le 23 juin 2025

Après quelques heures de repos passées dans leurs appartements respectifs, Laurie et David reprennent, chacun, le chemin du commissariat. Ils sont prêts pour une nouvelle garde, de jour cette fois-ci. Laurie préfère les gardes de jour. D’abord parce que, pour elle, la nuit est normalement faite pour dormir. Et puis parce qu’il est plus facile d’avancer sur une enquête en pleine journée. Ils peuvent interroger des témoins, effectuer des recherches, solliciter des administrations… autant de choses impossibles la nuit, quand les entreprises sont fermées et que la ville dort. En arrivant, après avoir salué tous leurs collègues déjà présents et pris connaissance des nouvelles informations tombées durant la nuit grâce aux équipes sortantes, David part s’installer à son bureau. Pendant que Laurie va leur préparer du café, il allume son ordinateur et se dirige directement vers sa boîte mail. Il les survole rapidement jusqu’à s’arrêter sur celui qu’il attendait. Il est enfin arrivé : le rapport complet de Maurice.

Objet : Rapport d’autopsie – Dossier Quai Nord. Expéditeur : Maurice. Il clique. Il commence sa lecture avec ce sérieux presque solennel que seules les enquêtes pour meurtre savent imposer. Son visage se ferme légèrement. Les premières lignes sont factuelles, cliniques.

Victime : femme. Âge estimé : entre vingt-cinq et trente ans. Taille : environ 1,70 m. Poids : approximativement 60 kg. Cheveux : bruns (analyse capillaire). Aucune trace de produit toxique détectée dans l’organisme. L’étude du bulbe capillaire confirme l’absence de drogue ou de sédatif. Donc elle était consciente. Maurice confirme également ce qu’ils pressentaient déjà : la victime était décédée avant l’incendie. Le feu n’était qu’une mise en scène. Cause du décès : strangulation. Cela implique proximité. Contact. Force. Intention. Ce n’est pas un accident. Ce n’est pas un geste impulsif isolé. C’est un acte volontaire, maîtrisé. Laurie revient avec deux tasses de café brûlant, encore fumantes. Elle pose celle de David à côté de lui et adopte la même posture qu’il avait pris la veille sur son bureau à elle : une fesse posée sur le bord.

— Qu’est-ce que tu lis ? Ça a l’air passionnant. Tu es très concentré, dis donc. C’est rare

de te voir aussi sérieux devant ta boîte mail.

— Maurice m’a envoyé son rapport complet. Pour l’instant, pas de grosse nouveauté… à

part qu’on peut noter qu’elle devait connaître son agresseur.

— Ah bon ? Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

— Elle n’avait aucune trace de drogue dans l’organisme. Pas de peau ni d’ADN sous les

ongles. Donc elle ne s’est pas défendue. Elle lui faisait confiance.

— Ouais… une confiance aveugle qui l’a conduite tout droit au cimetière, ajoute Laurie

avec une moue contrariée.

Elle retourne à son bureau pour relire ses notes pendant que David poursuit sa lecture avec attention. Le cliquetis discret de la souris et le bourdonnement des ordinateurs remplissent le silence du bureau. Laurie s’immerge dans ses annotations prises la veille : horaires, témoignages confus des badauds, position exacte du véhicule, température estimée de l’incendie. Elle surligne certains passages, relie mentalement les éléments entre eux. Elle veut structurer. Mettre de l’ordre. De son côté, David fait défiler lentement le rapport. Chaque paragraphe est dense, précis, chirurgical. Il s’attarde sur les détails techniques, sur les formulations choisies par Maurice. Puis soudain, il s’arrête net. Son doigt se fige sur la molette de la souris. Il relit la même ligne. Une fois. Deux fois. Trois fois. Son regard se durcit légèrement. Ce qu’il découvre ne colle pas. Ou plutôt… ajoute quelque chose qu’ils n’avaient pas envisagé. Un détail qui ne saute pas aux yeux au premier abord, mais qui, une fois repéré, devient impossible à ignorer. Il se redresse sur sa chaise. Son expression change imperceptiblement. Ce n’est plus seulement de la concentration. C’est de l’alerte. Il lève la tête pour chercher Laurie du regard. Elle est penchée sur son carnet, les sourcils froncés, un stylo coincé entre les dents. Tellement concentrée qu’elle ne remarque pas qu’il la fixe. Il hésite une seconde. Puis décide de l’appeler, d’une voix plus forte que d’habitude :

— Laurie !

Le ton est différent. Plus grave. Et ça suffit à la faire lever immédiatement les yeux.

— Laurie, viens voir. Maurice a trouvé autre chose après notre départ.

— Ah oui ? Qu’est-ce qu’il dit ?

— Apparemment, la victime présentait plusieurs fractures. Il les a constatées à l’ouverture

et a donc demandé des radiographies complètes. Il en dénombre six : trois côtes, une fracture du radius droit, une du cubitus droit et une du péroné gauche.

— Ça fait beaucoup de fractures pour une seule femme… Il précise si elles sont récentes ?

— Oui. Aucune trace de consolidation. Elles sont toutes récentes. Il a aussi retrouvé des

hématomes sur plusieurs organes, notamment le foie et les reins.

Laurie se retient d’exploser. Elle lève les yeux vers le plafond pour ravaler ce qui monte. Elle fait les cent pas dans la pièce, de long en large, incapable de rester immobile. Elle a des flashs qui remontent. Elle sent une peur la prendre dans les tripes. Le contenu de son sac stomacal remonte, la nausée la prend. Elle ferme les yeux, souffle un grand coup et tente de faire le vide à l’intérieur d’elle-même. Quelques secondes plus tard, elle se reprend. Elle a réussi à ne pas rendre son petit déjeuner et à faire redescendre sa fréquence cardiaque.— Elle a été passée à tabac avant d’être étranglée… par quelqu’un qu’elle devait connaître. Et elle ne s’est même pas défendue.

— Ce n’est pas tout. Lors de l’examen vaginal, il a retrouvé des traces de sperme.

— Elle a donc eu un rapport avant d’être frappée… Notre suspect pourrait être un mari

jaloux ou violent ?

— C’est une possibilité mais il ne faut écarter aucunes piste. Maurice précise même qu’il

pourrait s’agir d’un viol. Il a observé de petites déchirures au niveau anal.

— Donc elle a été violée, frappée, étranglée, puis brûlée… Quelle pourriture peut faire une

chose pareille ? Et crois-moi, un mari violent et jaloux peut parfaitement en être capable. Ce ne serait ni le premier ni le dernier. On est peut-être face à un féminicide.

— Je ne sais pas encore. Mais d’ici un ou deux jours, on devrait avoir un profil. Les

échantillons de sperme ont été envoyés en analyse. Ils devraient nous fournir l’ADN de notre suspect. Et il faudra voir aussi avec Nathan si il a pu tirer quelque chose des gants qu’il a trouver dans la voiture voir si l’ADN que Maurice à trouver et la même que celle qui pourrait trouver sur la paire de gants.

— Parfait. Et pour l’identité de la victime, on a quelque chose de concret ?

— Grâce au relevé dentaire, il s’agirait d’une certaine Laura Walter. Cherche dans la base

de données. Je veux tout : adresse, famille, situation maritale, enfants, travail. Épluche ses comptes bancaires, regarde s’il y a des mouvements d’argent suspects. Ses relations, ses amies proches, d’éventuels ennemis.

— Je m’en occupe.

Dans la minute qui suit, Laurie allume son ordinateur et se connecte à la base de données de la police. Elle tape le nom fourni par Maurice, navigue d’un fichier à l’autre, recoupe, vérifie.

— David… je crois que je l’ai.

— Vas-y, dis-moi.

— Laura Walter, vingt-six ans. Connue de nos services pour racolage sur la voie publique

quand elle était mineure, il y a dix ans. Comme elle était mineure, elle a été interpellée plusieurs fois mais jamais condamnée. Ensuite, quelques amendes pour excès de vitesse il y a cinq ans. Depuis… plus rien.

— Comment ça, plus rien ?

— Je pense qu’elle n’a simplement plus eu affaire à la police. Elle est passée sous les

radars.

— Cherche sur les réseaux sociaux.

Laurie poursuit ses recherches avec acharnement. Elle passe d’un réseau à l’autre, analyse les photos, les publications, les commentaires, les échanges privés visibles. Les heures filent sans qu’elle ne les voie passer. Autour d’elle, le commissariat vit, téléphone, imprime, interpelle. Mais elle, elle est plongée dans l’écran, concentrée, déterminée à faire parler cette vie numérique. Elle prend quelques notes par ci par là. griffonne des informations sur son carnet.

Quelques heures plus tard, ils sont, David et elle, convoqués dans le bureau du chef pour faire un point sur l’avancée de l’enquête. L’atmosphère y est plus lourde que le matin. La porte se referme derrière eux dans un claquement sec.

— Chef vous vouliez nous voir ?

— Oui. Asseyez-vous tous les deux.. Je voudrais qu’on fasse le points sur l’affaire de la voiture brulée d’hier soir. Vous en êtes où ? Vous avez un suspect ?

David commence, posé, structuré.

— Voilà ce que nous avons pour l’instant…

Il expose l’ensemble des éléments, s’appuyant sur le rapport de Maurice et les recherches de Laurie. Il déroule les faits, chronologiquement. Strangulation. Fractures récentes. Viol probable. Incendie post-mortem. ADN en cours d’analyse. Identification par relevé dentaire. Le chef l’écoute sans l’interrompre, bras croisés, mâchoire crispée.

— C’est tout ? demande-t-il, visiblement irrité par le manque d’avancées concrètes.

Le mot claque dans la pièce.

— Non, intervient Laurie.

Elle se redresse légèrement. Sa voix est ferme.

— J’ai retrouvé sa trace. Laura travaillait comme stripteaseuse dans une boîte du centre

ville, le Scarlet. Elle y était depuis trois ans. Ses relevés bancaires ne montrent aucun chantage : pas de mouvements suspects, ni gros retraits ni gros dépôts. Elle n’avait pas d’enfants. Elle vivait dans un appartement proche de son travail, qu’elle partageait apparemment avec une collègue. Pas de compagnon stable connu, donc pas de mari jaloux ou violent. En revanche, je n’ai pas encore retrouvé sa famille.

Un silence suit. Le chef réfléchit. Stripteaseuse. Viol. Fractures multiples. Incendie. L’affaire prend une autre couleur.

— Très bon travail, Laurie, finit-il par dire. Allez à son appartement. Fouillez tout. Chaque

détail peut compter.

Il les fixe tour à tour.

— Et passez au Scarlet ensuite. Je veux savoir avec qui elle travaillait. Clients réguliers.

Conflits. Problèmes récents.

David hoche la tête. Ils quittent aussitôt le bureau du chef. Dans le couloir, l’énergie a changé. Ce n’est plus une piste abstraite derrière un écran. C’est un lieu réel. Une porte à ouvrir. Un espace où la victime a vécu.

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