Le Foedel
La salle de commandement était une grande place ovale avec une baie vitrée en deux épaisseur d'une cinquantaine de mètres chacune, permettant d'admirer à échelle humaine les dégâts que faisait la bataille. Devant la vitre flottaient quelques débris noircis et l'on pouvait en partie voir le vaisseau en lui même, se dressant tel une forêt de canons, de câblages, et de coque ornementée de motifs d'aigle. On ne voyait pas assez loin dans le vide spatial pour pouvoir contempler avec des yeux d'humains la bataille qui se déroulait en ce moment même. Au centre de la salle, une myriade d'écrans d'ordinateurs divers et d'hologrammes perfectionnés montraient selon différent point de vue le champs de bataille spatial qui s'étendait sur une sphère de plusieurs milliers de kilomètres. Simplement comprendre les signaux de ces appareils n'était pas donné à tout le monde. Quand à mener une quelconque forme de stratégie lors d'une bataille spatiale, c'était tout simplement impossible pour un humain. Le fait était que le cerveau humain n'était tout simplement pas adapté à de tels situations, l'humain étant par définition une créature terrestre, il ne dispose pas de la faculté de calculer et de raisonner parfaitement et de façon naturelle dans un environnement en trois dimension où n'importe quoi peut se déplacer dans absolument n'importe quelle direction de l'espace. Les vaisseaux spatiaux ne restent pas sur le même plan, et ceux qui pourraient s'imaginer qu'une bataille spatiale pouvait ressembler à une bataille navale auraient tort. L'être humain n'est pas naturellement capable d'anticiper les mouvements que peuvent faire les vaisseaux, ceux ci sont très maniables et la plupart ont des réacteurs sur tout les côtés et n'ont donc pas besoin de manœuvrer pour changer de direction. Les vaisseaux les plus maniables ont d'ailleurs la forme de boules métalliques couvertes de réacteurs et de canons, leur permettant de se déplacer et de tirer dans toutes les directions imaginables. Les premiers humains assez avancés pour être confrontés aux problèmes de combats spatiaux s'étaient arrachés les cheveux face à la complexité des problèmes. Ne pouvant décemment pas mettre la vie de leurs hommes entre les mains d'ordinateurs pouvant fréquemment être piratés par l'ennemi et n'étant de toute façon pas assez rapides pour rivaliser avec le cerveau d'extraterrestres originaires de milieux aquatiques déjà habitués à ce genre de situation, l'empire de l'humanité trouva une solution à ce problème. Les enfants nés dans des vaisseaux, des stations spatiales, ou des planètes devenus inhabitables, étaient - pour certains d'entre eux et selon une sélection très peu expliquée - déportés vers des stations spéciales dans lesquelles ils étaient élevés, éduqués, et entrainés. Certain d'entre eux étant encore des nourrissons en arrivant, les plus grands sachant à peine encore marcher. Sur la station école, appelée centre de formation de la marine impériale, abrégé CFMI, les enfants apprennent dès leur plus jeune âge à effectuer des calculs complexes auxquels les humains ne sont pas habitués, comme exprimer le volume de quelque chose de tête juste en le regardant, chose que les humains normaux sont étrangement le plus souvent parfaitement incapables de faire. Les enfants au CFMI apprennent les mathématiques la géométrie et la physique à des niveaux très poussés, et on leur apprend à se familiariser avec tout le matériel d'un vaisseau, notamment à lire les plans en trois dimensions qui apparaissent sous diverses formes pour leur donner diverses informations à recouper de tête pour pouvoir réellement concrètement savoir ce qui se passe et où se trouvent les objets. Mais ce n'est pas tout. Les stations du CFMI sont particulières. Elles sont aménagées de la façon la plus tordue possible afin de mettre le cerveau des étudiants à rude épreuve, avec des escaliers tortueux se croisant et se recroisant encore et encore, des salles au sol sphérique, et des architectures jouant sur les générateurs de gravité permettant de changer le sens de la pesanteur en passant d'une salle à l'autre, où même de façon progressive le long d'un couloir où d'un escalier. On s'y retrouve avec par exemple des escaliers ne faisant que monter mais avec lesquels on arrive à monter plus bas qu'on ne serait descendu avec un escalier prévu pour descendre. Le tout additionné de certains endroits où il n'y a tout simplement pas de gravité. Au final, ces enfants finissent, grâce à toutes ces mesures, par développer des capacités à calculer et anticiper des mouvements dans l'espace de façon inhumaine. Et leur apprentissage en tactiques, mais aussi en combat, logistique, commandement, etc finissent par en faire les meilleurs éléments des armées impériales, et parmi les meilleurs capitaine de la galaxie toute race confondue, assurant ainsi la suprématie de l'humanité sur les autres peuples. Seuls les meilleurs d'entre eux parviennent jusqu'au bout de l'entraînement sans perdre la vie ou la raison. La concurrence entre les élèves est très encouragée, et la fourberie dont ils sont capables de faire preuve n'a d'égale que la dévotion à l'empire qui leur est inculqué. Étant dès leur entrée au CFMI considérés comme des militaires, ils disposent d'armes et de l'entraînement pour s'en servir. Les duels et autres assassinats entre élèves sont très courants, et rares sont ceux qui réussissent leurs études sans avoir une seule fois agi de façon peu orthodoxe pour se débarrasser d'un rival ou intimider les plus faibles pour mieux les manipuler. Les meilleurs des meilleurs étaient alors placés sur un vaisseau de guerre, en fonction de leurs relations et du pistonnage, ils étaient assignés à un capitaine en tant qu'assistants, avec la promesse de pouvoir devenir un jour capitaines à leur tour. C'était ainsi que tous les capitaines finissaient par obtenir leur place, généralement un vieux capitaine désigne parmi ses assistants son favoris qui sera son second, lequel aura alors le devoir de faire toutes les tâches que le capitaine n'a pas envie d'effectuer lui même. En contrepartie, le capitaine lui enseigne toutes les ficelles du métier et lui promet de le recommander quand l'empire aura besoin d'un capitaine où de lui accorder son propre vaisseau quand il prendra sa retraite. En théorie pour devenir capitaine, il suffit à un apprenti d'être choisi par l'amiral pour commander un vaisseau, ou être assigné à un vaisseau par le gouvernement impérial. Quant à l'amiral, c'est un capitaine qui est promu par l'empire après qu'il ait prouvé qu'il avait les capacités nécessaires et uniquement après avoir passé un test de loyauté au cours duquel il sera torturé abominablement et devra avouer tout ses vices et tout ses péchés en étant évalué par des hauts dignitaires de l'empire qui, s'ils l'estiment trop faible ou trop corruptible, n'hésiteront pas à le faire sommairement exécuter. Les amiraux de l'empire étaient donc des gens admirés et respectés par tous, ayant manifestement prouvé leur valeur. Un capitaine peut également être promu directement par le gouvernement impérial directement, sans autres tests, mais cela est très rare.
Xellus avait tout fait pour atteindre sa place de second à bord du croiseur de guerre "Hécatombe". Xellus avait suivi son entraînement au maximum, sachant dès sa naissance lui semblait il, qu'un jour, tôt ou tard, il serait capitaine. Il avait accompli bien des actions dont il n'était pas fier, faisant passer sa carrière avant ses amitiés, ou même la morale. Il avait appris que lorsque l'on a la force d'écraser les faibles, s'en priver par souci de morale n'est qu'une preuve de faiblesse. Il savait que les autres étaient impitoyable, et que la pitié ne ferait que faire de lui une cible de choix. Il s'était battu pour se hisser jusqu'à sa position. En se liant d'amitié avec les bonnes personnes, en apprenant auprès des meilleurs, et en sabotant la carrière de ses concurrents. Il était désormais le second du capitaine Gallus. Xellus admirait ce capitaine qui avait déjà une grande expérience et qui avait instantanément repéré le potentiel et la détermination du jeune homme. Pour Xellus, Gallus était un modèle, l'exemple à suivre. Il admirait chez cet homme son sang froid, sa bonté, son savoir, et sa compétence. C'était un homme âgé, un peu grassouillet comme toute personne prenant de l'âge. Il avait un menton et un cou bouffis, lui donnant un léger aspect batracien, mais il avait encore tous ses cheveux et toute son énergie. Il avait de la prestance et du charisme malgré son physique peu avantageux, mais ce qui était le plus époustouflant était sa grande expérience, et sa capacité à faire en toute circonstance le lien avec une situation passée. Xellus savait qu'il avait beaucoup à apprendre de lui, et il le servait humblement, le regardant toujours lorsqu'il planifiait ses actions, et transmettait la plupart des ordres du capitaine. Lorsqu'ils n'étaient pas en période de combat, comme lors des longs trajets qui mènent d'une bataille à une autre où lors des missions d'escorte calmes, Gallus s'asseyait sur des coussins en soierie qu'il avait acheté spécialement pour son confort personnel, et il parlait avec Xellus pendant de longues heures, sans s'arrêter. Le second l'écoutait attentivement, debout, sans bouger, s'abreuvant d'informations. Il en apprit plus sur la stratégie en quelques années avec lui qu'en toute les années passées au CFMI. L'expérience du capitaine lui permettait en fait de savoir exactement ce qu'il convenait de faire dans chaque situation.
Mais en l'occurrence, la situation était spéciale. La bataille tournait mal, du moins pour leur vaisseau. L'amiral les avait envoyé sonder l'ennemi au début de la bataille et ils étaient tombés sur une force dépassant tout ce à quoi ils auraient pu s'attendre. La salle de commandement était silencieuse, à l'exception de Gallus, qui, pour la première fois semblait il, s'affolait. Les serviteurs et les soldats présents dans la salle restaient silencieux, leurs lèvres closes, leurs regards autant que possible maintenus droit devant eux. Malgré les hologrammes et les écrans placés juste sous leurs nez, ils n'avaient aucune idée de ce qui se passait et ne voulaient pas le savoir. Hélas, bien malgré eux, ils sentaient planer dans l'air une odeur de peur qui les faisait frissonner sans qu'ils ne s'en rendent compte. La peur du capitaine se transmettait insidieusement à ses hommes. Toujours, même pour les soldats les plus courageux, il suffisait que leur chef montre un signe de panique pour que les soldats soient eux aussi envahi par la peur. Un capitaine ne devrait pas se permettre d'avoir peur, et encore moins de la montrer à ses hommes. Xellus était choqué, il n'avait jamais vu Gallus dans un tel état, mais lui quelque part comprenait vaguement la situation, et la peur du capitaine était peut être justifié. Leur vaisseau avait été le premier attaqué par l'ennemi, face à une flotte plus grande que prévu, l'"Hécatombe" avait fait demi tour aussi vite que possible pour rejoindre le reste de la flotte impériale. Mais alors, les ennemis s'étaient stupidement jetés à sa poursuite, tels des bêtes affamées, négligeant toute prudence. Un mouvement normalement si stupide que l'amiral n'avait pas prévu un tel cas de figure. L'"Hécatombe" avait été harcelé par des vaisseaux largement supérieurs en nombre et n'avait pas pu se risquer à engager le combat. Les ennemis étaient finalement parvenus à l'isoler en l'éloignant du reste de la flotte impériale, laquelle avait préféré ne pas réagir, pour se préparer à une attaque d'envergure et s'organiser. L'"Hécatombe" avait subi des dommages énormes sans pouvoir répliquer, et ses moteurs étaient maintenant trop endommagés pour pouvoir échapper à l'ennemi simplement en accélérant. On les informait que des troupes ennemies étaient parvenues à aborder le vaisseau grâce à des navettes. Pendant ce temps, le gros de la flotte impériale avait lancé l'assaut, en dépit du fait que leurs sondes aient été neutralisées sans avoir pu identifier les ennemis. Un vaisseau de guerre d'une taille et d'une puissance de feu phénoménale les attendait de pied ferme et avait ravagé la flotte, faisant subir de lourds dégâts aux bâtiments impériaux, au point d'en anéantir un, le "Patriarche". L'amiral s'était replié avec le reste de la flotte et prévoyait de contrer l'avance ennemie avec une manœuvre complexe, et pour se faire, il ordonnait au capitaine de l'"Hécatombe" de faire demi tour et d'éperonner le vaisseau ennemi juste derrière lui. Chose extrêmement grave: Gallus refusait.
- "Vous êtes fou!" Criait il dans son poste de télécommunication avec dans la voix une vibration de détresse." Nous allons tous mourir si nous continuons ainsi!
- Capitaine Gallus!" Faisait la voix de l'amiral dans le haut parleur." Vous devez éperonner ce vaisseau maintenant!
- Je ne peux pas! Nous ne pouvons pas! Les dégâts que nous avons subi sont trop graves. Si nous manœuvrons ils vont nous tuer!
- Capitaine! La situation est critique. Vous devez me faire confiance! Allez! Manœuvrez maintenant!
- Je refuse! Ce combat est perdu! Nous devons nous désengager! Il nous reste suffisamment de puissance pour passer en vitesse supraluminique. Ils ne pourront pas nous rattraper.
- Comment! Capitaine Gallus! Vous ne pouvez pas ignorer les ordres!
- Je me fiche des ordres! Cette bataille est perdu! Je ne compte pas mourir ici!"
La voix de l'amiral dans le haut parleur émit un grésillement.
- Capitaine Gallus! Je vous le répète. Faites demi tour et éperonnez ce vaisseau! Si vous désobéissez vous serez considéré comme un traitre."
Xellus comprit que c'était là la chance de sa vie. Il avait appris au cours de ses années au CFMI que lorsqu'une occasion se présente, il ne faut sous aucun prétexte la laisser passer. Ne laissant le temps ni à Gallus ni à l'amiral de changer d'avis, Xellus dégaina son pistolet, mit Gallus en joue et déclara solennellement:
- "Capitaine Gallus, vous êtes un lâche et un déserteur, votre couardise et votre incompétence sont indignes de vos fonctions de capitaine impérial. Au nom de l'empereur et de l'empire de l'humanité, vous êtes démis de vos fonctions et condamné pour couardise au combat."
Et Xellus tira. La balle transperça la tête de Gallus de part en part et éparpilla le sang et la cervelle sur les tableaux de télécommunication. Le cadavre s'écroula sur les commandes avec un son flasque étrangement gratifiant. Xellus s'approcha alors de l'appareil de télécommunication et annonça à l'Amiral:
- "Mes respects mon amiral. Ici Xellus Corvang, second du capitaine Gallus Wildang. Je viens d'exécuter le capitaine Gallus. J'attends vos instructions.
- Parfait jeune homme… Xellus… je vous nomme capitaine de l'hécatombe à la place du défunt et décevant Gallus. Tâchez de ne pas nous décevoir jeune homme.
- Vous pouvez compter sur moi! Je suis à vos ordres amiral.
- Bien. Faites virer votre vaisseau à cent soixante sept degrés et utilisez la proue pour éperonner le croiseur adverse. Puis vous pousserez vos moteurs au maximum de leur capacité. Conservez vos munitions pour la suite des événements.
- Bien amiral. Il en sera fait selon vos ordres."
À ces mots, Xellus se tourna vers les serviteurs.
- "Vous avez entendu! Faites virer à cent soixante sept degrés du plus vite que vous pourrez, chargez les boucliers et orientez leur force de déviation vers l'avant, rappelez les navettes défensives et utilisez leurs troupes pour nettoyer l'aile numéro douze des troupes ennemies. Utilisez toute l'énergie qu'il nous reste dans les boucliers."
Un serviteur, chauve et pâle, vêtu de noir avec des galons d'un gris terne, fit un pas en avant:
- "Capitaine! Êtes vous bien certain de confirmer cet ordre? Les propulseurs latéraux sont affaiblis, et nos réacteurs ont été endommagés, impossible encore de déterminer la nature précise des dégâts, si on les utilise à pleine puissance, on ne sait pas ce qui pourrait arriver."
Xellus réfléchit rapidement. Il était trop tard pour reculer. Le vaisseau pouvait très bien exploser sitôt que les moteurs surchaufferaient, mais Xellus s'était déjà engagé à faire preuve de courage, et il se devait de faire la meilleure impression possible et d'éblouir par sa bravoure, sans quoi il ne vaudrait pas mieux que Gallus et ne connaîtrait pas un sort différent. Advienne que pourra. Il ne s'occuperait pas de peur ou de risque pour aujourd'hui. Il avait choisi de se mettre dans cette situation où il avait maintenant toute les chances de mourir, il se devait d'aller jusqu'au bout, ou de mourir en essayant. Il se décida à faire le discours d'un capitaine courageux, après tout, ce serait vraiment cruel qu'après tout ce travail d'une vie entière un homme aussi jeune que lui meure le jour même de sa promotion au grade de capitaine.
- "L'avant du vaisseau est encore intacte n'est ce pas? Alors nous allons éperonner. Nous n'aurons qu'à prier pour que les moteurs latéraux soient encore suffisamment performants pour faire pivoter le vaisseau avant que l'ennemi ne nous ai détruit. Et ils le seront, parce que le destin favorise les justes. Puis nous chargerons avec toute la puissance de notre bâtiment, et nous montrerons à ces chiens le véritable sens de l'Hécatombe. En ce jour nous serons victorieux, le destin fera que nous serons victorieux! Envoyez les ordres aux servants machinistes!"
Le servant hocha la tête et appuya sur une télécommande et parla dans son appareil de communication personnel. Il ne fut pas le seul, et tous les chefs servants de la salle transmirent les instructions adaptées aux contremaîtres en traduisant les ordres de la façon appropriée, en indiquant les réglages précis de chaque moteur, chaque machine, chaque appareil. Les ordres se divisèrent et se précisèrent à chaque étape de l'échelle des contremaîtres, les contremaîtres des contremaîtres passant le message au contremaîtres qui le transmettaient aux contremaîtres inférieurs et ainsi de suite, jusqu'à ce que les techniciens se chargent de tourner les bonnes manivelles, de taper les bonnes instructions sur les ordinateurs et d'appuyer sur les bons boutons. Le vaisseau commença lentement à pivoter, lentement, trop lentement. Xellus sentit son cœur battre à tout rompre et il lui semblait percevoir les vibrations que faisaient dans tout le bâtiment chaque minuscule torpille heurtant la coque. Il avait envie de hurler aux serviteurs:"Plus vite! Plus vite!" Mais c'était inutile. Les serviteurs avaient accompli leurs tâches, et maintenant, leur destin était entre les mains de la machinerie froide et insensible qui faisait fonctionner leur vaisseau. Xellus croisait les doigts. Il n'avait vraiment pas envie de mourir pour le coup. Il ferma les yeux, s'imaginant déjà ce qui se passerait si l'ennemi perçait leur coque avec ses torpilles, ou s'il utilisait ses autres armes. Un frisson lui parcourut l'échine. Il avait souvent vu des vaisseaux exploser et les débris se disperser, et alors on pouvait voir aussi de petites formes grisâtres, c'étaient les corps déformés et congelés des gens morts dans le vide. Un jour au CFMI il avait assisté à l'exécution d'un espion qu'on avait jeté dans le vide spatial, et il avait pu admirer au travers une vitre la courte mais terrible agonie du malheureux. Ce n'étaient pas des pensées à avoir dans sa situation actuelle, mais c'était plus fort que lui.
Le chef des servants essuya une goutte de sueur qui perlait sur son front, et avec un soupir de soulagement, il annonça:
- "Mon capitaine! L'opération s'est déroulée avec succès."
Xellus ouvrit les yeux et en regardant les écrans et les hologrammes il comprit vite que tout allait bien. Avec une joie non feinte il leva un doigt vers le ciel pour illuminer ses propos et s'exclama:
- "La bonne fortune est avec nous! L'empire triomphe toujours! Pleine puissance dans les réacteurs! Je veux voir ces stupides parodies de vaisseaux qu'utilisent les ennemis de l'empereur voler en éclat sur notre passage! Enseignons leur le véritable sens de l'"Hécatombe"! Chargez! Pour l'empire et pour la marine!"
Et les réacteurs s'enflammèrent violemment, propulsant d'un coup le vaisseau avec une force redoutable. Le vaisseau ennemi derrière eux leur exposait son flanc alors qu'il orientait ses canons spéciaux vers le gros de la flotte et ne tirait vers l'"Hécatombe" que de petites torpilles. Le flanc était particulièrement vulnérable, et la collision entre les deux vaisseaux le coupa en deux et fit voler en éclat sa coque, faisant taire ses armes une bonne fois pour toute. Filant tout droit dans un nuage de débris, l'"Hécatombe" traversa le champs de bataille en dispersant sur son passage des vaisseaux ennemis trop surpris pour réagir à temps, infligeant des dégâts massifs qui permirent finalement à la flotte impériale de les détruire les uns après les autres avant qu'ils n'aient pu se remettre du choc. Les derniers vaisseaux ennemis s'enfuirent, laissant le cuirassé géant seul terminer la bataille. Face à la puissance de feu réunie de toute la flotte, cet unique vaisseau ne fit pas long feu, et pendant que l'"Hécatombe" continuait d'avancer dans le vide à toute vitesse, la bataille était gagnée par l'empire. Et cependant, dans la salle de commandement, résonnait le rire maintenant hystérique de Xellus, beaucoup trop excité par ce qui venait de se passer.
Finalement ils durent stopper les réacteurs quand l'un d'entre eux explosa et propagea un incendie à l'intérieur du vaisseau. Mais malgré tout, Xellus était heureux comme jamais il ne l'avait été.
- "Et voilà comment je suis devenu capitaine." Acheva Xellus en reposant sa tasse de thé. À ses côtés, le lieutenant Harpson venait de s'arrêter de siroter sa propre tasse, et avec un regard un peu dans le vague, il déclara:
- "Oh c'est très classique au fond. C'est là le parcours standard. La plupart des capitaines ont eu leur place ainsi, peut être même était ce le cas de Gallus.
- Peut être en effet. En tout cas moi je prendrais pas un second de sitôt." Harpson posa sa tasse et demanda d'un ton courtois:
- "Quelque chose toutefois ne me parait pas encore très clair… deux choses en fait. Premièrement, à aucun moment vous n'avez dit quel ennemi vous combattiez.
- La raison en est bien simple: j'en sais rien. Le second peut voir la carte tactique, mais à part ça on ne lui explique rien. Je ne sais même pas si c'étaient des Aliens ou des sécessionnistes.
- Je vois… et deuxièmement, pourquoi n'avez vous pas gardé le commandement de l'"Hécatombe"?
- C'est bien simple, le vaisseau était inutilisable. Il risquait à tout moment d'exploser, on a du l'évacuer et plutôt que de le réparer l'empire à jugé plus rentable de le démonter. En même temps, ce vaisseau devait être maudit. L'"Hécatombe", à quoi il pensait le type qui a choisi ce nom? Ça porte malheur un nom comme ça.
- Et donc vous avez été redirigé vers des missions spéciales?
- Pas tout de suite. J'ai été capitaine à bord du "Revanche" pendant plusieurs années, et j'ai quand même bien expérimenté le métier. Maintenant le gouvernement m'envoit en mission spéciale aux quatre coins de la galaxie. Tout ça c'est à cause de cette connerie qu'ils appellent "diplomatie". À une époque on trucidait tout ce qui n'était pas humain à vue. Maintenant on a beau rester la première puissance de la galaxie, l'empire tient à rester en bons termes avec des espèces diverses et variées qui ne font que nous mettre des bâtons dans les roues. Enfin, à leurs yeux je présume que traiter avec nous doit leur paraître comme filer du fric au voisin qui a écrasé ton chien pour pas qu'il t'écrase ton gosse. S'ils sont tous ensemble ils peuvent rivaliser avec nous, mais individuellement, chacun de ces peuples est trop faible et ils tremblent à l'idée de contrarier notre empire. Et ça! C'est une bonne raison pour être fier. Ça au moins ils nous l'ont gardé. Notre fierté… de quoi je parlais déjà? Ah la diplomatie. Maintenant on tolère que ces conneries d'Androsirs viennent nous dire comment on doit vivre, bien sagement et en suivant leurs règles bien sûr. Autant dire que c'était mieux avant, mais ce serait quand même assez hypocrite de dire ça. On ne peut nier une chose, hélas, et même si c'est un fait discutable, depuis que l'empire fait de la diplomatie, la galaxie est relativement en paix."
Harpson approuva ces sages paroles d'un hochement de tête. Xellus se passa la main dans ses boucles blondes et déclara à voix basse:
- "J'ai la tête qui tourne… vous mettez trop d'alcool dans votre thé."
Toutes les boissons alcoolisées étaient interdites aux officiers de l'empire pendant leurs fonctions, il était donc de coutume chez eux de se saouler discrètement avec du thé, une pratique qui était en fait tolérée. Le lieutenant Harpson se contenta de sourire à la remarque du capitaine tout en s'enfilant une seconde tasse de thé.
Puis il contempla avec mélancolie le fond de sa tasse.
- "Moi ma carrière a été assez simple. J'ai passé plus de temps à servir du thé aux officiers qu'à faire la guerre. J'ai bien peur d'être moi même ce qu'on appellerait un officier de parade. Je suis là pour augmenter les quotas d'officiers et apparaître dans un coin lors des réunions diplomatiques tout en faisant joujou avec mes galons. J'ai un peu combattu, notamment j'ai fait la campagne de Tarnèle. On a beau en parler comme d'une des dernières campagnes glorieuses de l'empire, ça tirait pas beaucoup. J'étais tout excité pendant toute la durée de la campagne, mais au final j'ai buté que trois Aliens, et encore, pas à moi tout seul. Au final on m'a fait exécuter plus de déserteurs que d'ennemis. C'est un peu le comble. Enfin tout ça pour dire que c'est un plaisir d'être sous vos ordres capitaine. Du moins pour la durée de cette mission.
- C'est ça. Entendons nous bien et tout se passera bien. Mais avant il y a un truc que vous devez savoir sur moi…
- Quoi donc?" Fit Harpson interloqué.
Xellus se gratta la tête.
- "J'ai oublié. Mais je vous en reparlerais quand ça me reviendra. En attendant, votre thé est très bon mais il va falloir revoir vos dosages sans quoi on sera tous dans le coma après deux jours de mission."
- "Capitaine Xellus. Lieutenant Harpson. Commandeur Vitlus. Je vous ai réuni ici pour faire un briefing de votre mission."
Le général Bulvar était debout derrière son bureau. Sa masse imposante et ses épaules carrées semblaient prévues spécialement pour supporter ses immenses galons et la masse impressionnante de médailles dorées qu'il portait.
Le commandeur Vitlus était un homme à l'aspect soigné et raffiné, avec un visage d'enfant et des cheveux d'un beau blanc lunaire. Son uniforme était gris et rouge avec des galons argentés. Il se tenait assis nonchalamment sur l'accoudoir du seul fauteuil de la salle. Xellus et Harpson se tenaient debouts, raides comme des piquets, avec un regard de travers pour le commandeur qui jouait à entortiller ses longs cheveux autour de son doigt. Le général semblait ne pas du tout y faire attention.
- "Cette mission est d'une importance capitale. Vous partirez tous sous le commandement du capitaine, vers le système Naurava, là vous trouverez une station spatiale espionne secrète dont le code clé d'identification par les détecteurs vous sera transmis juste avant votre départ. Ces codes sont très précieux et s'ils tombaient entre les mains de nos ennemis nos bases d'espionnages pourraient alors être révélées, alors je compte sur votre discrétion à cet égard. Une fois à Naurava vous recevrez les instructions et le matériel nécessaire pour la suite. Sachez déjà que vous ne serez pas seuls. Pour cette mission vous devrez supporter la compagnie d'un Alien de la race des Kabals."
Le général désigna la silhouette encapuchonnée qui patientait derrière lui. L'Alien s'avança en écartant sa capuche noire, révélant un visage et un corps très proche de ceux d'un humain. Il avait néanmoins une peau noire comme le charbon, de petits yeux brillants uniformément rouges avec des pupilles verticales comme un chat, et à la place des cheveux des sortes de longs poils rêches et épais en bataille. Il affectait un sourire un peu benêt révélant de grosses dents pointues et tranchantes. Il portait une sorte de robe de bure d'un noir profond qui faisait ressortir le rouge de ses yeux. Lorsqu'il porta sa main à sa capuche, cela révéla de longs doigts fins munis de grosses griffes aux extrémités. Il prit la parole d'une voix hautaine et légèrement sifflante:
- "Salutation capitaine. Vous pouvez m'appeler Narydjinsuridilactilaf. Ou Naryd si vous préférez. Je parle couramment plus d'une centaine de langues.
- Ce Kabals parle le Vkolx." Ajouta le général." Ce sera utile pour votre mission.
- Le Vkolx?" Fit Xellus. "Mais il faut des mandibules pour parler cette langue non?"
Le Kabals s'empressa de répondre:
- "C'est là tout le fruit de mon entraînement mêlé à un grand talent inné. J'ai peut être un très léger accent, mais je maîtrise la langue aussi bien que leurs plus grands diplomates."
Vitlus ne pût s'empêcher d'intervenir.
- "Je devine que vous devez maîtriser les méthodes de claquement dentaires par vibrations mastiqués ondulatoires biaisées n'est ce pas? J'ai ouï dire que les Kabals en étaient capables. Cela vous permet d'émettre des claquement semblables à ceux des mandibules. De plus les Kabals ont une capacité de dilatation de la trachée particulièrement développée, ce qui doit vous permettre d'imiter avec une certaine exactitude les nombreux sifflements qui ponctuent la langue Vkolx."
Bulvar s'éclaircit la gorge pour couper court à la conversation qui risquait de partir en vrille. Puis il annonça de sa voix de stentor:
- "Comme vous vous en doutez probablement, nous ne pouvons pas vous faire partir dans une mission comme celle là sans vous placer sous la surveillance d'un commissaire politique de l'empire. Vous serez donc surveillés par la commissaire Ankassen qui sera chargée de s'assurer de votre foi en l'empire, de votre loyauté, et de la bonne marche de votre mission." Il s'éclaircit à nouveau la gorge."Pour peu qu'elle daigne nous honorer de sa présence. C'est tout de même une honte pour une commissaire d'être en retard quand même l'Alien arrive à être là en avance."
Xellus se permit un sourire. La mission s'annonçait plus tranquille que prévue s'ils avaient un commissaire aussi peu pointilleux pour les surveiller. Habituellement ceux ci étaient de vrais plaies, capables d'exécuter un officier simplement pour "incompétence".
- "Si elle tarde encore," poursuivit Le général," on risque de devoir continuer le briefing sans elle. Pas que ça me dérange personnellement de mettre un commissaire dans l'embarras, après tout ces c…"
Il fut interrompu quand la porte de son bureau s'ouvrit violemment avec un bruit qui les fit tous sursauter. Au son des pas lourds et rapides de bottes frappant durement sur le sol, il ne fit de doute pour personne que c'était bien une commissaire qui venait d'entrer.
C'était une jeune femme aux longs cheveux raides d'un noir de jais. Elle était plutôt petite et maigre, fine d'épaules et une tête de moins au moins que tous les autres. Elle portait un long manteau noir descendant jusqu'aux chevilles ainsi qu'une casquette d'officier marquée du logo complexe des commissaires de l'empire. Ses bottes noires claquaient violemment sur le sol à chacun de ses pas. Comme les autres elle n'avait pas d'armes dans le bureau du général, mais elle tenait dans son dos une épaisse cravache. Dans ses yeux gris, au travers un regard de tueuse froide et implacable, se lisait une certaine appréhension. Elle était stressée.
- "Je vous prie de pardonner mon retard général." Dit elle en se pliant en deux pour effectuer une courbette." Cela ne reproduira plus."
Le général Bulvar grogna. Moins gêné par son retard que par le fait d'avoir été interrompu en plein milieu d'une phrase.
- "Bah! Prenez place. Vous arrivez juste à temps." Dit il avec un regard noir. " J'allais commencer à révéler la nature de votre mission. Comme je le disais, vous serez sous les ordres de Xellus. C'est lui qui commandera cette mission. Compris commandeur?"
Vitlus haussa nonchalamment les épaules. Bulvar poursuivit:
- "Vous trouverez les détails quand vous aurez atteint la station espion de Naurava. Sachez simplement que votre mission sera de remettre la main sur des documents secrets ayant été volés par des puissances hostiles à l'empire. Ces documents concernent des accords de partages territoriaux. S'ils tombent entre de mauvaises mains, nos rivaux pourraient user de certaines des clauses secrètes de ces documents pour revendiquer des territoires impériaux. La réussite de votre mission peut donc potentiellement empêcher une guerre d'éclater. Pour cette mission vous allez devoir poursuivre des agents ennemis sur des distances d'échelle galactique. Nous allons donc vous placer dans un vaisseau prototype. L'un des derniers modèles sortis. Le meilleur quand on parle de vitesse. Je parle biensûr du Foedel. Capitaine. Vous serez aux commandes du Foedel 20184. Ne demandez pas pourquoi 20184 alors qu'il n'y en a pas eu d'autres avant. Ce machin atteint des vitesses grandioses, mais les essais ont été… disons longs.
- J'ose espérer que le 20184ème prototype fonctionne correctement général." Fit Xellus.
- "Ne vous inquiétez pas pour ça. Les tests ont été concluants. Vous aurez normalement tout le temps de vous familiariser avec l'engin. Quand au commandeur, il lui sera demandé de commander les troupes d'infanteries que vous aurez avec vous, mais là encore, uniquement sous l'autorité du capitaine. Si le besoin s'en fait sentir, pour rattraper vos adversaire sur un territoire terrestre, vous aurez une petite armée à porté de main que vous pourrez déployer en cas de besoin. Mais je le répète, même ainsi vous restez sous les ordres du capitaine Xellus. C'est bien compris?"
Vitlus haussa à nouveau les épaules sans rien dire.
- "Harpson vous servira de médiateur. J'ai cru comprendre que le capitaine et le commandeur n'étaient pas en très bon termes…"
Xellus détourna le regard avec une mimique arrogante.
- "Bon. Et l'Alien vous servira d'interprète avec tous ceux que vous rencontrerez." Conclut le général." Des questions?"
Vitlus fut le premier à prendre la parole, sans cesser d'entortiller ses cheveux autour de son index.
- "Puis je savoir en quoi consistent les effectifs de la "petite armée" dont vous parlez. Et si je garderais des hommes de mes commandos habituels?
- Non. Vous pourrez choisir cinq de vos hommes. Du reste, vous en aurez deux cents nouveaux que vous ne connaissez pas, avec des chars basiques et du matériel de fortifications rapides. Vous pourrez rapidement vous déployer, fortifier une position, et affronter des agents secrets et leurs inévitables escortes. Vous pourrez livrer bataille contre les agents hostiles, et vous défendre, et même explorer les planètes peu évoluées avec vos troupes. Mais avec ça ne croyez pas pouvoir faire une guerre."
Xellus demanda soudain:
- "Puis je savoir combien d'hommes j'aurais en tout dans mon escorte à moi?
- Vous aurez Dix gardes sous vos ordres directes. Du reste vous vous appuierez sur les troupes de Vitlus. Mais ils sont aussi sous vos ordres puisque Vitlus lui même se doit de vous obéir.
- Je ne suis pas pour autant rassuré.
- L'équipage du vaisseau représente au total une bonne centaine de gens je crois. Et vous en serez le capitaine. Vous serez par ailleurs le premier vrai capitaine qu'ils auront. Comme je vous l'ai dis, le Foedel 20184 est presque flambant neuf. Et c'est vous qui commanderez tout ça. Ça ne vous convient pas peut être?
- Si si. Bien-sûr." Siffla Xellus.
Le capitaine voyait très bien qu'ainsi Vitlus n'aurait qu'à claquer des doigts pour prendre le vaisseau de force et le liquider lui et son escorte ridicule. Cela n'annonçait rien de bon.
La commissaire Ankassen leva la main comme un élève en classe et s'écria:
-"Général! Si je puis me permettre, je n'étais pas là lorsque vous avez dû faire les présentation. Serait il possible de présenter tout le monde à nouveau si ce n'est pas trop demander?"
Le général souffla.
- "Après tout, ce sera déjà ça de fait." Dit il. Puis désignant les hommes un par un en même temps qu'il parlait d'eux, il fit le minimum de présentations:
-"Voici le commandeur Vitlus. Chef de brigade des commandos du corps d'élite des Chacals ardents de Xibura, héritiers des troupes de tirailleurs du colonel du même nom. Stratège de l'empire depuis bien des années. Il commandera l'infanterie et les unités motorisées terrestres.
Le lieutenant Harpson lui… heu… est là pour la cohésion vous voyez. Enfin, son rôle est de transmettre les ordres et de superviser la logistique. Tâche que ni le commandeur ni le capitaine n'ont envie d'effectuer.
Le Kabals restera avec vous en tant qu'envoyé spécial. C'est principalement un interprète, mais aussi un agent plus ou moins au service de l'empire. Il vous expliquera mieux ça lui même. Toujours est il qu'il faudra prendre un minimum soin de lui, s'assurer qu'il reste en vie et en bonne santé et qu'il ait accès à un certain confort. Il vous faudra tenir compte de ses différences biologiques et aussi aviser avec sa religion. Toujours est il qu'il se montrera utile en temps voulu.
Enfin, le capitaine Xellus, dirigera toutes les opérations de a à z. C'est à lui que vous demanderez ce que vous devez faire, et vous obéirez à tous ses ordres. L'état major au complet lui accorde son entière confiance. Xellus est un des meilleurs produits du CFMI et est parfaitement qualifié pour cette mission." Il s'interrompit pour reprendre son souffle, puis il désigna la commissaire tout en balayant les autres du regard."Et la commissaire Ankassen sera là pour s'assurer que tout se passe bien et que vous ne fassiez pas de bêtises. Alors tenez vous à carreau car elle peut tous vous exécuter à tout moment. Notamment elle est là pour s'assurer que vous n'essayiez pas de vous tirer avec le vaisseau Foedel. Sait on jamais. Au moins vous êtes prévenus.
Voilà pour les présentations. Au mieux vous vous entendrez bien. Au pire, merde. Ne vous tirez pas une balle dans le pied en vous chamaillant entre vous. Ça ne mène à rien. L'entente entre officiers est toujours tendue, mais faites l'effort de faire passer la mission avant vos gamineries. Ça s'applique aussi pour l'Alien. Il a beau avoir une religion bizarre, vous feriez mieux de vous y plier, sinon il fera encore plus chier."
Le Kabals fit un grand sourire de ses dents pointues et dit:
- "Je confirme."
Le général le fusilla du regard. Mais préféra ne rien dire, sachant comme l'Alien pouvait se montrer ennuyeux quand on lui parlait trop, pour ne pas dire carrément chiant.
- D'autres questions?"
Naryd leva un doigt et demanda d'un air innocent.
- Général! Je me demandais… combien de corps sphériques d'un diamètre de six cent nanomètre chacun peuvent être contenus en moyenne dans le volume du corps d'un humain dont le poids est d'exactement soixante dix kilogrammes?
- Pas de question? Bon, alors vous allez pouvoir visiter le vaisseau. Vitlus! Vous avez une heure pour choisir cinq de vos hommes! Xellus! Vous me suivez jusqu'au pont du Foedel! Harpson! Flanquez votre poing dans la figure de Naryd!
- À vos ordres monsieur!" Fit Harpson en avançant vers le Kabals qui le regardait avec de grands yeux, comme médusé.
Le Foedel était un vaisseau d'aspect original, en forme de goutte pointu à l'arrière, avec de petits réacteurs surbaissés. Il était plus petit que la plupart des vaisseaux impériaux, mais mesurait tout de même près de sept cent mètres de long entre le nez et la pointe de la queue. Pourvu d'une coque d'un gris bleu sombre, et totalement dépourvu de vitres, il formait un profond contraste avec les vaisseaux de la marine, généralement plus grands, et aux formes baroques mêlant l'argent et l'or en une myriade de motifs et d'ornementation cérémonieuses témoignant du respect que l'on éprouvait pour ces bijoux volants. Le Foedel était non seulement dans la catégorie des petits vaisseaux discrets, mais en plus ses formes arrondies rappelaient un vaisseau Alien. Xellus renifla de mépris en voyant le bâtiment de loin. L'on ne pouvait nier que cet engin transpirait une certaine grâce, mais le regard de militaire de Xellus vit dans ce vaisseau de mission une assiette de porcelaine qu'on s'apprêtait à jeter dans l'ouragan déchaîné de la guerre. De plus, il n'était pas vraiment beau, trop sobre, et pas assez original.
- "C'est ça votre Foedel 20184?" Fit Xellus à l'attention du général.
- "C'est le vaisseau le plus rapide et polyvalent de cette génération, capitaine.
- Rassurez moi, c'est résistant au moins?
- Si c'est résistant? Ah capitaine vous ne savez pas de quoi vous parlez.
- En temps normal dans la marine on privilégie les vaisseaux dont la coque forme une courbe fractale, parce que ça permet au blindage de bien mieux absorber les projectiles énergétiques sans user les boucliers.
- Ici nos scientifique sont élaboré un tout nouveau système qui ferait de nos habituelles bâtiments baroques des antiquités. Grâce à un ingénieux système dont je n'ai même pas compris les bases du fonctionnement, on oublie les boucliers classiques, car ici nous avons des couches de boucliers qui collent à la coque, se superposent à celle ci ou même la traversent, générant un champs protecteur beaucoup plus compact qui rend le vaisseau presque invulnérable, en plus de beaucoup moins entraver ses mouvements et de diminuer le volume inutile de vide entre deux boucliers. C'est aussi grâce à ça que le Foedel peut réguler avec une précision toute particulière sa déformation quand il génère son champs de distorsion pour dépasser la vitesse de la lumière. Grâce à une astucieuse combinaison de systèmes complexes insérés dans la coque, et de régulateurs automatiques des nombreux boucliers, nos savants sont parvenus à gérer à la perfection chaque détail de la déformation du Foedel, lui permettant de se déformer en même temps que l'espace temps pour optimiser la vitesse, et accélérer bien plus rapidement. On est donc face au vaisseau le plus rapide de la galaxie à peu de choses près.
- Si je comprends bien, la moindre erreur dans leur système de gestion de la déformation et le vaisseau part littéralement en fumée.
- C'est pour ça qu'il y en a eu vingt mille cent quatre vingt trois ayant mal fini. Mais celui là est parfaitement au point. Le premier vaisseau humain capable d'accepter la déformation en mode supraluminique. Après des siècles de recherches, de tâtonnements et d'essais, le Foedel 20184 est tout simplement le sommet de notre technologie de transport spatial. Tous les tests se sont avérés concluants, et pourtant on y est pas allés de main morte. Si ça marche vraiment, d'ici un siècle on aura équipé toute la flotte de ces vaisseaux nouvelle génération. Dites vous bien que si vous réussissez cette mission, vous serez le premier à avoir eu l'honneur de diriger un tel engin dans une vraie mission.
- C'est trop d'honneur." Fit Xellus d'un ton sardonique. "Je serais donc vraiment un des meilleurs produits du CFMI pour qu'on m'ait choisi moi?
- Vous êtes bien loin d'être le meilleur capitaine qu'on ait Xellus. Mais ne vous trompez pas: vous n'êtes pas mauvais. Vos compétences ont été jugées correctes, vous avez un certain potentiel pour ce qui est de l'initiative et du courage, ce qui est toujours bien. Naturellement nous avons d'autres capitaines plus qualifiés que vous, mais eux nous ne pouvons pas nous permettre de risquer leurs vies. Si, chose improbable mais toujours possible, un défaut technique du Foedel le fait subitement exploser, on voudrait pas perdre d'un coup les meilleurs éléments de la marine. Vous n'êtes pas le meilleur, et vous êtes certes sacrifiable, mais vous êtes tout de même le plus sacrifiable parmi les meilleurs. Et ça, c'est déjà pas mal.
- Je suis heureux de voir que je compte beaucoup à vos yeux." Dit sèchement le capitaine.
- "Entre nous, capitaine, vous n'avez pas grand chose à perdre et beaucoup à gagner. On se connait depuis longtemps, et vous savez bien que je ne vous aurait pas recommandé pour cette mission si ça n'avait pas été l'occasion pour vous de propulser votre carrière. Réfléchissez! Le prestige que vous aurez en terminant avec succès cette mission sera à la hauteur de vos ambitions, et vous entrerez dans l'histoire de la marine comme un pionnier. Sans oublier les promotions. Inaugurer un vaisseau aussi révolutionnaire, entre nous, j'en ai vu être nommés amiraux pour moins que ça."
Xellus écoutait cette fois le général avec beaucoup d'attention, et quand il eut finit, Xellus hocha lentement la tête.
- "Bon." Dit il finalement. "Allons donc voir l'intérieur de ce vaisseau."
Les différents étages étaient répartis en fonction de la hiérarchie de commandement, les salles des machines tout en bas, la cabine du capitaine au sommet. Aux abords du centre du vaisseau se trouvait une salle de réunion stratégique dans laquelle le commandement pouvait se réfugier en cas d'attaque.
Tout empestait le neuf, les tableaux de bord immaculés, les murs proprets, et le sol à peine foulé. L'équipage, qui s'affairait à préparer le décollage s'arrêtait au passage des deux hauts officiers pour saluer leur capitaine en se mettant au garde à vous. Le général et le capitaine ne les regardaient que fugitivement, comme s'ils faisaient partie du décor. Xellus nota tout de même que la majorité des techniciens étaient très jeunes, au moins en apparence, et que la plupart semblaient intimidés par le capitaine. Il comprit que pour beaucoup d'entre eux comme pour le vaisseau lui même, c'était leur première vraie mission.
- "Toi!" Lança le capitaine Xellus à un jeune homme d'équipage pris au hasard." Répond à mes questions veux tu! Combien y a-t-il d'hommes sur ce bâtiment?"
L'homme trembla un peu sur ses jambes, pris par surprise, il réfléchit un peu avant de répondre:
- "Euh… l'équipage comprend cent soixante personne, cent techniciens, vingt cinq ingénieurs, vingt cinq contremaîtres, et dix… euh…
- Dix quoi?" Aboya le capitaine.
- Je sais pas. Faudrait demander à un contremaître."
Se tournant vers le général Bulvar, Xellus demanda:
- "Vous m'avez dit que j'aurais dix gardes du corps, non?
- Certes." Répondit le général." Mais je crois qu'il faisait plutôt références aux agents du référencement principal axé de la CCPI* enclavés du réseau de la science militaire. Une délégation de fonctionnaires et d'agents de liaison en somme.
- Des espions de l'empire pour me surveiller?
- Certains peut être. Pas tous."
Et à ces mots le général se remit en marche et Xellus lui emboîta le pas.
- "Je comprends votre geste, mais à l'avenir, abstenez vous de me frapper, ou même simplement de me toucher. Le général Bulvar est responsable de moi, donc il avait le droit de donner cet ordre, mais en dehors de lui, personne ne peut me toucher ou donner l'ordre de me toucher. Si jamais vous tentez à nouveau de me frapper, je vous mords."
Naryd et Harpson marchaient dans les couloirs de la base, discutant calmement et posément de la mission qui allait les forcer à se côtoyer pendant un long moment.
- "Me mordre?" Fit Harpson. "Vous en avez des réactions.
- C'est ainsi. Ne croyez pas que mes crocs sont là pour faire joli. Vous ne pouvez pas comprendre, vous êtes des herbivores, alors que moi…
- Ah pardon! Je suis omnivore.
- Encore pire.
- Dites, le général avait l'air de dire qu'on serait vite tenté de vous en coller une. Je constate qu'il ne faisait pas fausse piste.
- Que voulez vous, c'est ainsi.
- Et en dehors de nous plomber l'ambiance, que pourrez vous faire pour le groupe qui ne nous donne pas envie de vous frapper?
- Vous me jugez hâtivement lieutenant, en plus d'être un excellent interprète, je puis me targuer d'être expert en quelques facéties verbales qui ont tôt fait d'égayer un voyage.
- Qu'est ce à dire?
- Je sais être drôle. Je connais des blagues que vous autres ne connaissez probablement pas encore.
- Ah. En voilà quelque chose d'intéressant." Harpson adorait les blagues." Vous pourriez m'en raconter une là, comme ça?
- Naturellement. Tenez: comment fait on rentrer trente Carkessiens dans une cabine téléphonique?"
L'Alien sourit jusqu'aux oreilles en regardant Harpson qui ne pût que dire:
- "Je dois dire que j'en sais rien.
- C'est simple. En enlevant leurs exosquelettes."
Alors la gueule du Kabals s'ouvrit en laissant échapper un son proche du ricanement de hyène et qui lui tenait lieu d'éclats de rire. Harpson le regarda avec curiosité. Il avait envie de rire lui aussi, mais c'était compliqué. Cela eut peut être mieux marché si le lieutenant avait eu la moindre idée de ce que pouvait bien être un Carkessien.
Naryd vit bien que Harpson ne réagissait pas, mais il ne se découragea pas.
- "Sinon il y a celle là qui est pas mal. Que dit un Hipporaptor à un Hécatonchire qu'il croise dans l'espace?"
Il regarda Harpson avec insistance. Le lieutenant se contenta de déclarer:
- " Là, je suis complètement paumé.
- Et bien il dit: salut, ça gaze?"
Et aussitôt Naryd commença à se tordre de rire. Il se plia en deux, la gueule grande ouverte en émettant des couinements étranges.
- "Salut ça gaze?" Répétât-il avant de s'esclaffer de plus belle. Puis il le répéta dans une autre langue qui ressemblait à des gazouillis d'oiseaux, puis il se tourna vers Harpson en retrouvant subitement un air sérieux et une mine austère.
- "Vous ne riez pas? Vous n'avez pas le sens de l'humour on dirait.
- Bof." Fit le lieutenant qui ne voulait pas avouer qu'il n'avait rien compris. "Je suis habitué à un autre type d'humour.
- Ah? Par exemple?
- Et bien celle là." Naryd se pencha vers lui pour l'écouter attentivement. "Quelle est la différence entre un phagocyte et une prostituée?"
Sur le pont de commandement du Foedel 20184, le capitaine Xellus accompagné du général Bulvar faisait connaissance avec les futurs gardes du corps du capitaine.
- "Bon!" Fit Xellus. Dites moi vos noms l'un après l'autre, que j'essaye de les mémoriser."
Les dix soldats se regardèrent un peu perplexe, puis ils s'avancèrent l'un après l'autre pour parler.
-"Numéro 1
- Numéro 2
- Numéro 3
- Numéro 4
- Numéro 5
- Numéro 6
- Numéro 7
- Numéro 8
- Numéro 9
- Angmar, Derollion. Pour vous servir capitaine."
Xellus, éreinté, se tourna vers le général.
- "Dites moi qu'il y a une explication valable.
- En effet. Vos gardes du corps sont des cyborgs auxquels on a retiré la capacité de stocker de la mémoire pour toute la durée de cette mission. Ils obéiront à tous vos ordres, mais leur mémoire reviendra à zéro toutes les vingt heures. La seule choses dont ils se souviendront toujours c'est leur rôle de garde du corps de votre personne, capitaine. Ainsi vous pouvez parler de la mission et évoquer des informations secrètes devant eux sans risque. Ce sont de vrais robots. Cet état ne durera que pendant la mission, à leur retour on leur remettra leurs systèmes mémoriels en place. Quand à Angmar, il fait figure d'exception, son rôle étant d'aider la communication avec les autres auxquels on a lavé le cerveau. C'est principalement à lui que vous vous adresserez.
- Bon. On est plus à ça près."
C'est à ce moment là que la porte automatique du pont de commandement s'ouvrit pour laisser entrer Vitlus qui s'avançait d'une démarche soignée faisant se balancer sa chevelure à chaque pas. Entre ses bras il tenait un chat, tout blanc, qui ronronnait en bougeant lentement sa queue. Xellus fut aussitôt révulsé par cette vision. Il s'écria:
- "Que fait cet animal sur mon vaisseau? Vous ne comptez pas l'emmener tout de même?
- Oh mais biensûr que je l'emmène. Leprince Ringuet reste avec moi. Enfin quoi? Je ne vois pas où est le problème.
- On embarque pas d'animaux de compagnie sur un vaisseau! Ce chat n'a pas sa place ici!
- Et pourquoi cela?
- Parce que j'ai décidé qu'il en serait ainsi, et que je ne tolérerai pas que ce chat soit présent dans mon vaisseau."
Vitlus se tourna vers Bulvar qui regardait la scène avec surprise.
- "Général! Vous conviendrez que les chats ne posent aucun problème à bord d'un vaisseau spatial. Dites lui donc que ce qu'il dit n'a aucun sens."
Xellus ne laissa pas au général le temps de répondre.
- "Commandeur! Vous n'avez visiblement jamais mi les pieds sur un vaisseau spatial! Sachez que c'est un environnement qui se doit le plus possible de rester stérile, et que pour prévenir l'apparition de parasites et autres nuisibles, on applique un contrôle rigoureux sur tout ce qui entre dans un vaisseau. On ne peut pas accepter d'animaux parce qu'ils ne suivent pas les règlements, vont dans les zones interdites, abîment le matériel, laissent leurs déjections partout, et je n'ose même pas imaginer tous les parasites et les puces que peut avoir votre chat."
Vitlus eut un reniflement dédaigneux.
- "Sachez pour votre gouverne que Leprince Ringuet n'est pas un simple animal. Ce chat est finement dressé, et il sait se tenir bien mieux que la plupart des gens dans ce vaisseau. Il fait ses besoins dans les réceptacles prévus à cet effet, mange aux heures des repas, se lave lui même, et est naturellement traité à fond contre les parasites, aussi bien, si ce n'est mieux qu'un humain; tant et si bien que ni virus, ni mauvaise bactérie, et encore moins puces ne peuvent l'approcher à moins d'un kilomètres. Pour finir permettez moi de préciser que ce n'est pas la première fois que je voyage dans l'espace accompagné de Leprince Ringuet et ça c'est toujours très bien passé, le brave félin ayant parfaitement assimilé les règlements et les procédures des vaisseaux impériaux. Aussi tous vos arguments tombent à l'eau."
Xellus bouillait. Il serrait les poings, prêt à lancer une nouvelle invective, mais le général Bulvar l'en empêcha.
- "Capitaine." Dit le général." Ce qu'il dit au sujet de ce chat est vrai. C'est invraisemblable, je vous l'accorde, mais après tout le commandeur n'est il pas quelqu'un d'invraisemblable lui même? Ça a dû déteindre sur son chat. Laissez le prendre son animal et vous vous éviterez bien des disputes inutiles."
Xellus le contempla avec les yeux écarquillés, se sentant comme trahi. S'il commençait à accorder des faveurs à Vitlus, celui ci ne tarderait pas à s'accaparer le commandement du vaisseau. En regardant le général dans les yeux, il déclara:
- "Il est hors de question que le commandeur laisse son chat monter à bord de mon vaisseau! Et tant que c'est moi qui commanderai ça ne changera pas.
- Ça tombe bien." Répondit Bulvar." Parce que pour l'instant c'est encore moi qui commande, et je dis que cet ahuri a le droit de ramener sa bestiole si ça lui chante à condition qu'il s'assure qu'elle soit nettoyée de toute infection et que le chat ne sorte pas du vaisseau pendant toute la durée de la mission. Vous avez entendu commandeur?
- Parfaitement!" Fit Vitlus, qui posa alors son chat sur le sol, lequel se dressa aussitôt sur ses pattes, la queue relevée comme une antenne, et d'un pas souple et assuré le chat s'éloigna sans quitter le capitaine des yeux.
"Manquerait plus que le chat soit un espion." Songea Xellus.
La porte s'ouvrit à nouveau et entrèrent le lieutenant Harpson et le Kabals Naryd qui étaient précédés par le son de leurs voix en pleine discussion.
- "En tout cas, les blagues racistes y a que ça de vrai!
- Tout à fait! Mais d'une façon général, l'humour a complètement déserté nos sociétés. De nos jours le monde souffre d' un manque cruel de sens de l'humour. Les gens ne voient plus l'intérêt de rire, et quand ils voient une blague ils commencent par réfléchir à tout ce qu'on peut dire dessus et aux controverses qu'on peut faire plutôt que de simplement s'esclaffer comme on le fait normalement.
- C'est bien vrai. D'autant qu'avec la nouvelle politique impériale, les humains ne veulent plus fâcher personne.
- Le problème il est pas là, il est dans le fait que les gens savent plus faire la différence entre la méchanceté, la satire, et la blague juste pour la blague. Par exemple on peut exploiter des clichés racistes pour faire des blagues sans avoir aucunement l'intention de légitimer, exprimer, transmettre ou même confirmer lesdits clichés. On s'en sert juste comme moteur à une blague idiote, et une blague n'est vraiment drôle sans arrière pensées douteuses que si elle est idiote.
- Tenez, ça me rappelle celle du type qui rentre dans un bar, et s'écrie…"
C'est alors que la commissaire Ankassen surgit derrière eux et les interrompît en disant d'un ton faussement guilleret:
- "Désolée, j'ai entendu quelques bribes de votre conversation et je me demandais de quoi vous parliez. Et qu'est ce que vous disiez au juste au sujet de la politique impériale? Je n'ai pas tout entendu."
Harpson devint livide, mais Naryd ne montra aucun changement d'émotion et s'exclama aussitôt:
- "Notre conversation actuelle portait sur l'usage des blagues racistes et leur implication nulle ou non dans les mécanismes politiques indicibles. En somme nous en étions venus à nous interroger sur la façon dont lesdites blagues racistes sont perçues au fil des âges et des fluctuations politiques, en nous questionnant sur le bien fondé de nos observations d'un point de vue scientifique. Car en effet si l'on ausculte la façon de penser humaine, on constate que celle ci suit principalement et a toujours suivi la politique impériale ou une interprétation plus ou moins véridique de celle ci. Ce qui est bien avantageux du moment que personne n'essaie de tricher avec celle ci en apportant de fausses interprétations de la volonté impériale aux peuples crédules."
Contre toute attente, le visage de la commissaire s'illumina.
- "Oh! Sujet très intéressant que voilà. Il est vrai que les blagues racistes font partie des traits culturels humains dont les facteurs sont trop nombreux et trop fluctuants pour pouvoir être justement listés, mais au moins la politique suivie par notre saint et très sacré gouvernement influe fort heureusement sur la façon de penser d'une très majeure partie des peuples de l'empire. Hélas pas autant qu'il se devrait à cause de la distance et de la relative autarcie de chaque planète, en faisant des foyers culturels très indépendants mais malgré tout subtilement inféodés à la pensée impériale."
C'est le général Bulvar qui les rappela à l'ordre.
- "Vous trois là! Vous avez un peu fait le tour du vaisseau?
- Non.
- Tant pis. Vous vous démerderez. Votre mission est des plus urgente, et moi j'ai des affaires importantes qui m'attendent, alors vous partirez sur le champs dès que les derniers contrôles seront effectués! Préparez vous! Vous allez sûrement passer plusieurs mois à bord du Foedel 20184, alors je vous conseille de ne rien laisser au hasard et d'embarquer vite fait tout votre matériel personnel. Magnez vous le train! Vous devez partir dans moins de deux heures standards."
Pendant que les autres déballaient leurs affaires, Xellus faisait la connaissance avec son siège de capitaine. Un fauteuil au design arrondi, plus petit que la norme des vaisseaux impériaux mais nettement plus confortable. Il balaya du regard les tableaux de bord, essayant de reconnaître chaque appareil malgré leur aspect pour le moins original. Il fit les quelques rites qui étaient de coutume pour se remettre dans le bain, calculant la position du vaisseau, son volume et sa masse en se basant sur les capteurs, les écrans et les hologrammes disposés devant ses yeux. Il constata que le Foedel n'avait réellement rien à voir avec les autres vaisseaux de la marine impériale. Beaucoup plus petit, mais nettement plus dense, tout l'éloignait des engins massifs touts de coque et de canons; ce vaisseau là n'était pas massif en lui même, mais était bourré d'appareils perfectionnés de toute part et notamment derrière chaque infime fragment de sa coque. Cela expliquait son poids énorme par rapport à sa taille, mais en revanche sa puissance de propulsion était amplement supérieure à celle de tout autre vaisseau. Xellus en eut des frissons rien qu'en parcourant les panneaux de commande. Il était évident que ce vaisseau pourrait aller très vite. Surtout ce qui le démarquait était sa capacité à dépasser la vitesse de la lumière en quelques instants. Xellus avait déjà entendu parler de projets comme celui là, bien qu'ils soient top secret, l'idée ne datait pas d'hier. Seulement il avait fallu des siècles et des milliers d'essais infructueux avant de mettre au point le parfait système de boucliers et de les réguler automatiquement avec la bonne précision de telle sorte à ce que tout fonctionne sans que la structure ne vole en éclats. Xellus était à la fois excité et inquiété par ce vaisseau nouveau qu'il allait inaugurer. Il était à la fois impatient et craintif à l'idée de mettre ce blindage frêle mais qu'on disait néanmoins indestructible face au vrai feu d'une bataille.
Il fut interrompu dans sa rêverie lorsque quelqu'un pénétra dans la salle de commande. Le bruit de pas lourds d'un individu imposant et bardé de métal annonça la venue du garde du corps Angmar. Le colosse de chair et d'acier se mît au garde à vous et annonça:
- "Capitaine! Vos compagnons ont fini de charger leur matériel, et le général m'a envoyé un message selon lequel nous devons décoller immédiatement. Quels sont vos ordres?"
Xellus émit un soupir. C'était toujours ainsi dans l'armée, les hommes ne pouvaient strictement rien faire par eux même, il fallait toujours qu'ils aillent demander à un supérieur. Xellus s'en accommodait, mais il ne pouvait s'empêcher de trouver qu'il y avait une certaine ironie là dedans.
- "Qu'on amorce le décollage, ainsi que l'a aimablement ordonné le général. Et quand ce sera fait, appelez moi le lieutenant Harpson."
Le soldat salua d'un geste sec, puis fit demi tour sur ses talons et sortit de la salle sans rien dire.
"Celui là n'avait pas besoin d'un lavage de cerveau pour être un robot." Songea Xellus.
Peu de temps après, le lieutenant Harpson arrivait, une théière dans une main et dans l'autre un plateau avec cinq tasses.
- "Vous me demandez capitaine?
- Je vois que vous ne perdez pas de temps vous.
- J'ai pensé qu'on pourrait vouloir fêter le décollage. Alors j'ai fait du thé.
- Attention quand même à la commissaire.
- Oh rassurez vous, ce thé là est sans alcool, et il contient un mélange de baies dont vous me direz des nouvelles.
- J'en suis très heureux. Mais ce n'est pas pour ça que je vous ai fait venir.
- Que puis je faire alors?
- Vous allez dresser une liste de tout le personnel du vaisseau, y compris les guerriers de Vitlus, vous me donnerez sur chacun d'entre eux un rapport de format classique.
- Biensûr. Quoi qu'avec trois cent soixante personnes ça va prendre un bout de temps mais bon. J'ai l'habitude.
- Ensuite, et c'est plus important, je vous charge de surveiller l'Alien.
- L'Alien?
- Naryd machin chose là.
- Ah le Kabals!
- Lui même. Je me méfie des non humain, alors je vous donne la charge de vous occuper de tous les problèmes qu'il peut provoquer. Si vous estimez que le besoin s'en fait sentir, je vous autorise à le cogner comme vous avez fait tout à l'heure.
- Ce serait avec plaisir capitaine.
- Assurez vous que ce Naryd ne sabote pas notre mission et tout ira bien.
- Ce ne devrait pas être bien compliqué. Autre chose?
- Ce sera tout."
Il y eut un instant de silence. Harpson posa son plateau et demanda alors au capitaine:
- "Au fait. N' y avait il pas quelque chose que vous deviez me dire à votre sujet?"
Le capitaine réfléchit longuement.
- "Non. Je ne crois pas m'en souvenir." Dit il enfin.
Bientôt l'on pût sentir les quelques vibrations dues au lancement du vaisseau dans l'espace. Le capitaine frissonna de plaisir en sentant la structure se mettre en mouvement. Puis bientôt ils ne ressentirent plus rien. Le vaisseau avançait maintenant à vitesse constante dans le vide spatial.
- "Cap sur le système Naurava!" S'écria le capitaine dans un haut parleur. " Nous allons rester un temps à cette vitesse pour tous mieux nous familiariser avec l'appareil, puis nous passerons en vitesse supraluminique pour faire quelques sauts étapes par étapes. Nous n'irons pas Directement à Naurava, mais pour l'instant on garde le cap. Restez attentifs aux ordres à venir. Terminé."
Il coupa la communication et se coula dans son fauteuil tout en auscultant les écrans de commande et de guidage. Il préférait partir à basse vitesse pour mieux se familiariser avec le matériel en étudiant les mouvements du vaisseau au travers les tableaux de bord.
C'est alors qu'entra le commandeur Vitlus, suivi de près par son chat. Sans dire un mot, il s'allongea dans un siège et sortit un livre. Son chat bondit sur ses genoux et Vitlus se mît à le caresser distraitement d'une main tout en lisant.
Pendant ce temps Harpson remplissait les tasses de thé d'un geste professionnel, tout en souplesse.
La commissaire entra alors d'un pas pressé, faisant crisser ses bottes de cuir sur le sol. Avec une certaine agitation dans la voix, elle demanda:
- "Capitaine… on… on a déjà décollé?
- En effet." Fit Xellus sans lever les yeux de ces tableaux.
- "Oh! Fichtre, bigre, diantre de purée de ténia!
- Plaît il?
- J'ai oublié quelque chose à la base. C'est bête. Enfin bon, ce n'est pas si grave, je peux aisément m'en passer."
Le capitaine sourit intérieurement. Un commissaire n'avait normalement besoin de rien d'autre que ce qu'il avait toujours sur lui. Une cravache, un pistolet, un sabre, sa casquette, son uniforme, et quelques objets plus rituels comme des mouchards des livres d'endoctrinement et autres outils indispensables à un maintient moral. Si elle avait oublié quelque chose de dispensable, il ne pouvait alors s'agir que de deux choses. Soit des outils de torture, soit des outils d'espionnages comme des caméras ou des micros. Le fait qu'elle les ait oublié était plutôt bon signe pour le reste de la mission.
Naryd apparut quelques temps après, avec une bouteille à la main.
- "Salut l'état major! Je viens me poser ici si vous permettez." Et sans laisser le temps à qui que ce soit de répondre, il prit place dans un siège et déboucha sa bouteille.
- "Tenez, voilà le que le Kabals ramène sa boisson." fit Harpson. "J'allais vous proposer de prendre du thé.
- Hélas! Je ne puis.
- Pourquoi donc?
- Ma religion m'interdit de boire de l'eau alors que j'ai ici ma liqueur. Et oui. Moi je ne suis pas un officier impérial, je peux donc boire autant que je veux. De toute façon chez moi l'alcool entraîne l'extase sans la déficience cognitive."
Et à ces mots il s'enfonça le goulot de sa bouteille dans la bouche et commença à boire goulûment.
- "Elle est faite à base de quoi votre liqueur Alien?" Demanda Harpson.
Naryd retira la bouteille de sa bouche. Et dit avec un sourire dévoilant ses grosses dents pointues:
- "C'est fait à partir de tout un tas de gentilles petites bébêtes. On retrouve un peu du goût tendre et amer de la viande et du sang, avec un léger goût sucré en plus. Ça a des effets aphrodisiaques chez les humains, mais pour nous aphrodisiaque ça ne veut rien dire. C'est une liqueur rituelle que je suis supposé boire sitôt que j'ai soif tant que j'en ai. Sinon je me rabat sur l'eau."
Le lieutenant Harpson haussa les épaules. Et demanda qui voulait du thé. Il donna une tasse à tous les humains de la salle, puis s'assit pour siroter sa propre tasse.
- "Au fait, capitaine." Dit il alors." Ça ressemble à quoi le système Naurava?"
Xellus leva les yeux de son tableau de bord, et avec un sourire amusé lança:
- "C'est un système sauvage peuplé d'Aliens belliqueux qui se catapultent littéralement des vaisseaux d'une planète à une autre pour aller se faire la guerre entre eux. Des missionnaires humains y ont été envoyés et se sont faits dévorer. Mais officiellement cette zone est sous le protectorat des Arauens qui se le disputent avec les Androsirs. Les Arauens expédient des armes aux peuples de Naurava et en échange ils exploitent les ressources de toutes les planètes, limitant ainsi le développement des races qui y habitent. L'espace entre les planètes est presque vide, et les Arauens n'y patrouillent jamais, mais sur le sol des planètes des centaines de races d'Aliens se foutent sur la gueule continuellement dans un chaos sans nom."
Vitlus releva la tête de son livre, et déclara d'un ton condescendant:
- "Sans entrer dans le détail, vous oubliez un élément qui n'est pas sans importance. Le système Naurava fut autrefois colonisé par l'empire qui l'a totalement déserté voilà trois millénaires en raison d'un traité avec les Arauens. Les races qui peuplent ces planètes descendent en fait des animaux de compagnie et du bétail des colons humains." Il abaissa son regard vers son chat. "D'où il ressort que ces individus ne savaient pas traiter les animaux. Ce n'est pas Leprince Ringuet qui donnerait naissance à des êtres aussi barbares et bornés."
Le chat miaula d'assentiment.
Le général Bulvar était occupé par des affaires importantes, lorsqu'un signal lui signifia qu'on l'appelait sur son télécran. À contrecœur, il se leva, et consulta rapidement l'appareil. Il commença par désactiver l'image, puis il connecta le son à une oreillette qu'il enfila, car cet appel contenait sans doute des informations confidentielles qui devaient être gardées hors de portée des oreilles indiscrètes.
- "Oui j'ai désactivé l'image. Passons… Oui… Mais encore… ah bon… vous l'avez trouvé quand au juste?… bah c'est trop tard du coup… Mouais… C'est ça espérons qu'ils n'en auront pas besoin… Oui, si ils ne s'en servent pas il n'y aura pas de problème, et pourquoi s'en serviraient ils… Ah je vois… Pauvre Xellus quand même… Non non, c'est trop tard… c'est ça… bon je vous laisse j'ai des affaires importantes qui m'attendent."
Il éteignit son télécran puis se tourna à nouveau vers la fille.
- "Bon. Où on en était déjà? Ah oui! Alors tu fais la fellation aussi?
- Ça ça va vous coûter plus cher.
- Bah! Qu'importe! J'ai l'argent moi."
Et pendant ce temps le Foedel 20184 filait au loin, sans que personne à son bord ne se doute qu'on venait de retrouver une pièce qui avait été démontée et qu'on avait oubliée de remettre en place.

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