Peccatrix (2/3)

5 minutes de lecture

Elle se déchaussa en entrant dans l’appartement de Pierre. Tout en notant le crucifix dans l’entrée, accompagné d’une branche de buis.

Mais qu’est-ce que je fous là ? Je vais finir enchaînée dans les cryptes de Saint-Nicolas du Chardonnet, obligée d’écouter la messe en latin jusqu’à la fin de mes jours parce que je me suis moquée de Bastien quand il allait chez les scouts.


Elle s'approcha de lui. Et fut accueillie par une bise…

La bise, merde ! Je n’ai peut-être rien compris ? Il va me demander en mariage avant de me toucher ? Loreleï et ses pulsions, millième épisode… Même le plan avec le mec de la fontaine, c’était moins tordu que ça. Enfin, presque…

… puis elle déposa ce qu’elle avait apporté dans la cuisine. Pierre s’étonna.

  • Des figues et des noix ? C’est original… ou symbolique ?
  • Symbolique et bon. Le charnel et le cérébral. Et d’autres symboles. Je te laisse choisir ceux qui te conviennent.

Il disposa les fruits sur un plateau, avec du fromage de brebis.

  • Ça s’accordera parfaitement avec mon crumble.

Le four ouvert dispensait une odeur épicée de cannelle et de pommes chaudes. Loreleï avisa la salade et le risotto aux champignons sur la table.

  • Tu as tout cuisiné ?
  • Ton étonnement va me vexer. Oui, j’aime cuisiner. Les plaisirs de la chair empruntent plusieurs voies. À ce propos…

Le silence s’étira jusqu’à Loreleï, qui décida de ne pas faciliter la tâche de Pierre.

  • Précise ta pensée.
  • Tu veux commencer à jouer ? Très bien. — Il s’approcha d’elle — tu as respecté la règle ?
  • On est d’accord que la douche, ça ne compte pas vraiment ?

Pierre rit, et lui tapa sur les doigts, les sourcils froncés. Elle protesta :

  • Mais c’était dur ! Surtout quand je me demandais quelle serait ta prochaine idée.
  • Surprise ! dit-il en attrapant le saladier et le plateau, afin de les apporter dans le salon.

Elle le suivit, avant de stopper devant sa bibliothèque.

  • Un analyste financier qui lit ?
  • Une féministe qui obéit à un catho ?

Elle s’assit à table en riant :

  • Touché ! Promis, j’arrête.
  • Surtout pas !

Le repas se poursuivit dans la même légèreté des mots. La tension demeurait dans les regards. Pierre nota la finesse du pull dont le col en V découvrait la ligne des clavicules et une bretelle de velours noir. Le chignon – encore – et quelques boucles sur la nuque. Loreleï nota la bouche, plus rose et charnue que dans son souvenir. Les mains, grandes, et la mâchoire qui se contractait par moment.

Elle protesta quand il apporta le crumble :

  • Je vais exploser. On peut faire une pause ?
  • Tu veux un thé ?
  • Je vais finir par croire que les cathos sont des gens civilisés…

Elle s’installa dans le canapé pendant que Pierre faisait bouillir l’eau. Au-dessus des tasses de thé à la bergamote, les sourires devinrent hésitants. En posant la porcelaine, Pierre sembla prendre une décision.

  • Viens sur mes genoux.

Loreleï but une dernière gorgée. Abandonna sa tasse sur la table basse, puis passa ses cuisses autour de celles de Pierre. Elle resta silencieuse. Attentive.

  • Défais tes cheveux.

Elle enleva son chouchou bordeaux, l'enroula à son poignet, puis secoua ses boucles souples, qui dégringolèrent jusqu’au milieu de son dos. Plus de coiffeurs depuis la rupture avec Vivian. Elle le remarqua seulement maintenant. Le regard de Pierre. Chargé comme au restaurant. Loreleï commença à tirer sur son propre pull, hésita…

  • Je peux ?

Il confirma d’un signe de tête. Sous le pull, un bustier de dentelle noir sur fond chair. La poitrine légèrement comprimée, la couleur plus foncée de l’aréole gauche qui se devinait, les bretelles de velours noir. Il prit ses cheveux dans ses mains. Les respira en fermant les yeux, avant de les disposer par-dessus les épaules de Loreleï. Voix rauque qui se propagea jusque dans son ventre.

  • « Ses nombreux péchés sont pardonnés, car elle a beaucoup aimé. »

Elle compléta :

  • « Mais à celui qui aime peu, on pardonne peu. »

À califourchon sur lui, elle se demandait à quoi il jouait.

  • Tu me compares à Marie-Madeleine ?

Les mains de Pierre frôlèrent les bretelles de velours à travers les cheveux. Y revinrent. Les baissèrent lentement sur les épaules. Il se redressa dans le canapé pour mieux la voir, la dominant à peine dans cette position. Ses paumes brûlantes à plat sur le jean de Loreleï, il ordonna :

  • Dans la salle de bain, sous le lavabo. Prends la bassine et remplis-la d’eau chaude.

Loreleï s’exécuta et revint avec une cuvette en émail blanc, parsemé de fleurs bleues.

Qui a ça chez soi ? C’est un héritage ? Merde, concentration ! Sinon je vais renverser de l’eau sur le parquet. Il s’est assis sur le fauteuil. Royal. C’est à ça qu’il a pensé toute la semaine ? Limite, la crypte c’était plus sexy.

Après avoir posé la bassine fumante devant les pieds de Pierre, Loreleï s’agenouilla. C’est à ce moment précis qu’elle se ravisa. Le fauteuil Chesterfield usé. Les jambes de Pierre légèrement écartées. La vapeur d’eau entre eux. Son regard intense sur elle. Elle bascula.

Elle enleva les chaussettes de Pierre en éprouvant la texture de sa peau. Les poils blonds sur les mollets. Les orteils, soignés. Elle commença par le masser. Les pouces creusant la voûte plantaire, puis traçant fermement le contour externe. Les doigts de pieds étirés un par un. Pierre ferma les yeux et s’affaissa légèrement. Elle fit des ourlets à son pantalon, afin de ne pas mouiller le tissu. Les caresses se poursuivirent dans l’eau. Les bras entièrement mouillés, elle se perdit dans sa tâche. Il rouvrit les paupières, contemplant son œuvre : la pécheresse, la pointe des cheveux trempant dans la cuvette, la poitrine offerte à demi.
La bassine fut poussée sur le côté. Des gouttes sur le parquet. Loreleï s’avança, toujours à genoux, plus près du fauteuil. Elle s’arrêta. Le regarda, puis défit le bouton de son jean. La fermeture éclair glissa toute seule, laissant apparaître la dentelle noire.
Sa tête toucha presque le sol lorsqu’elle commença à essuyer les pieds avec ses cheveux. Longuement. La respiration de Pierre s’accélérait. Elle passa entre chaque orteil. Les boucles humides s’enroulaient et se déroulaient. Toujours à genoux sur le parquet, elle leva le visage vers lui. Cheveux mouillés entortillés. Le regard d’en bas. L’implorante.

Le désir de Pierre ne se cachait plus. L’azur virait à l’orage. Son souffle s’accélérait.

Elle courba la tête. Baisa la cheville de Pierre. Glissa sa langue sur la malléole. Gémissements. De lui. Soupirs. D’elle.
Loreleï lui écarta les cuisses. S’y logea, les mains appuyées sur le haut du pantalon. Les pouces malaxant son aine. De moins en moins délicatement. Elle recula à nouveau. Resta immobile. Pierre se pencha légèrement vers elle et dégagea un de ses seins. Le caressa avant de prendre ses lèvres. Affamé. Les pouces de Loreleï retrouvèrent leur chemin. Pierre trembla et grogna dans sa bouche.
Elle s’assit sur ses talons. Attentive à la suite.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire En attendant la pluie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0