Sancta - La sainte
Bordeaux, 2006. Loreleï, 29 ans.
Loreleï
J’y pense depuis… longtemps. Des petites pensées qui s’ajustent ensemble. L’intensité ajoutée par Thomas.
Les rencontres avec les couples échangistes.
Les discussions avec Julien sur le site libertin. On s’est jamais rencontrés parce que Camille voulait un plan avec un autre couple. Pas deux mecs. Et j’ai suivi.
Éric n'a aucun souci avec ça... J'ai bien aimé être le cadeau de son pote.
Mais.
Mais, je ne veux même pas lui en parler. Il me fournirait le cadre. Et les clous avec. Il planterait des idées dans ma tête, l'air de rien.
Ce que je voudrais vraiment – je dois être folle – c’est trois ou quatre mecs.
Juste pour moi. Et juste moi. Pas moi et mon mec. Je veux des inconnus. Personne pour se sentir en droit de me dire « fais ci, pas lui, comme ça ». Personne pour me rassurer, non plus. Si je me vautre, ce sera ma responsabilité.
Est-ce que ça en vaut la peine ?
Jusqu’à présent, j’ai évité les agressions. Pas les emmerdes. Mais ça… Je fais avec. Et aucun rapport avec mes histoires de cul, d’ailleurs.
Faut peut-être que je gère ça comme une rencontre normale… mais puissance quatre.
J’organise et j’avise.
Je me lance ?
Je me lance !
Mon cœur s’emballe déjà. Comme sur le chemin de la fontaine. Pire.
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Méthodologie retenue : forums de discussion, sites de rencontres (généraliste et libertin).
Pseudos : Libertad et Bellaciao. On verra qui capte.
Postulat de base : un mec qui écrit mal (je parle pas orthographe, mais répartie), baise mal. L’inverse n’est pas forcément vrai. Échantillon pas assez représentatif.
Méthode de tri : classique.
Photo de bite = blocage immédiat.
Humour = on continue.
Fun fact :
Sur le site ordinaire, un mec qui me propose direct un rendez-vous dans un club échangiste. Sur celui de cul, un autre qui prétend tomber amoureux au bout de trois messages.
Sélection finale : quinze profils. C’est seulement là que j’ai partagé mon projet. Si je l’avais fait plus tôt, il y aurait eu une avalanche de types croyant à la mère Noël.
J’avais longuement préparé le terrain. Pas encore de photos. Mais on s’était bien chauffé.
« J’ai un fantasme. Moi et plusieurs mecs. Mais pas version porno. C’est moi au centre. Pas de double péné, pas de douche de sperme. Et des mecs qui ne vont pas bondir si leurs cuisses se touchent. On joue tous ensemble ! »
Il y en a deux qui ont insisté sur la double et la sodo. Recalés. C’est pas que je sois contre la sodo – c’est le manque d’écoute qui m’a refroidie.
Quatre autres ont bloqué sur le contact entre mecs. « Je suis pas pédé » : je ne supporte plus cette phrase.
Reste neuf à rencontrer. Protocole habituel. Photos avant. Rendez-vous dans un lieu public. Vérifier que le courant passe. Si oui, un baiser. Mon baiser : tout le corps qui s’engage. Si ça répond, si ça chauffe, si je mouille et soupire.... casting final.
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Un mois pour tester et me décider.
Trop. Je prends le risque du trop. Quatre.
Yann : bi. Bon point. J’ai trop envie de voir des mecs ensemble. Il est massif. J’imagine déjà son poids sur moi.
Abdoulaye : j’adore son prénom. Je sais, argument complètement idiot. Mais il est drôle. Et ses yeux ! Ses mains ! Sa manière de dire qu’il aime les femmes de tête.
Timothée : je me sens vieille. Il a vingt ans. Des cheveux d’ange. Pas contre tester avec un mec. Je trépigne intérieurement !
Jean : le plus vieux. Quarante ans. C’est un peu limite. Mais humour noir et recul sur le sexe. J’ai parlé du risque de confondre amour et intensité. Il a répondu : « À mon âge, on confond plus. On se contente de ce qui reste. » Je lui ai demandé s'il était lucide ou triste. Il a répondu qu'il n'aimait tout simplement pas le gaspillage. J’ai ri. Je l'ai embrassé.
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J’ai repensé à mes groupes de TD. Les premières fois, je les avais laissés choisir avec qui ils voulaient bosser. Ils sont adultes. Foirage classique : un élève fait tout pendant que l’autre regarde. Pas forcément par flemme. Juste pas d’espace pour lui ou elle. Maintenant, j’orchestre. Les discrets ensemble (ils finissent par craquer et parler), les grandes gueules dans un autre groupe (obligés de s’écouter pour avancer).
Pour mon plan, c’est pareil. Faut que j’accorde mes instruments.
Alors j’ai proposé un pique-nique aux Buttes Chaumont. Ambiance marrante. Timo avait apporté un frisbee. Abdou et Jean ont découvert qu’ils avaient grandi dans le même bled. Susmiou. J’en rigole encore. Ils étaient navrés. Pourtant, ce nom est tellement... Susmiou, quoi ! Yann a regardé plusieurs fois Timo d’une manière qui lui a fait baisser les yeux.
On a parlé de cul. Fantasmes, expériences – top et flop, pression de la performance… C’est là que j’ai eu l’image. Moi à genoux, dans les bras de l’un des quatre pendant qu’un autre me prend en levrette. Avec quatre, j’allais – enfin ! – avoir une levrette assez longue pour jouir. Qu’ils se lâchent. Qu’ils grognent dans mes cheveux. Pas besoin de serrer les dents en pensant à sa grand-mère.
Jean a littéralement roulé dans l’herbe, hilare. Abdou m’a embrassée : « femme, femme. » On aurait dit une prière. Yann a dit qu’il n’avait pas pensé à cet aspect « partage de charge ». Timo a rougi. J’ai noté : « le faire oser ».
On s’est quittés moins nerveux. Je leur ai fixé le rendez-vous. Qu’ils se retrouvent en bas de chez moi pour entrer ensemble.
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Et maintenant… j’ai ouvert la fenêtre pour entendre la vie normale. Un matin ordinaire. Je ne me suis pas rhabillée quand ils sont partis. Je suis encore... ailleurs.
Je n'ai pas vraiment réagi à la demande d'Abdoulaye : « On se revoit quand ? » Jean m'a fait sourire quand il a bouclé sa ceinture : « Putain de miettes ! Un vrai crumble ! »
Cette nuit, j’ai pris tous les risques. J’ai été récompensée.
Cette nuit...
Timo qui a arrêté de rougir : « Suce-moi. » Je lui ai donné une claque sur la fesse : « On dit s’il te plaît ! »
Le fou rire quand Jean est tombé du lit.
Leurs odeurs, leurs souffles. Leurs poids qui variaient sur moi. La saturation. Un froid le temps qu'ils changent de place. Les yeux sur moi. Noirs, bleus, marrons... L’intensité de Yann. Il me voyait. Vraiment.
Chaque miette de moi a été mangée. Léchée, avalée. Ma peau lavée de tout. Langue large, pointue, taquine, directe, lente ou pressée de me faire jouir. J'étais le calice et le vin. Ils ont tout bu. Jusqu’à la lie. Hallalie.
Jean a planté ses dents en plein dans mon "point G de nuque". Il avait retenu. J'ai pas les mots pour le tsunami. De base, ça me vrille, mais prise en cuillère des deux côtés en même temps... Putain.
Les coups de coude, les rythmes à trouver. Le flot allait et venait. Tout se diluait dans l'excès.
Yann, sa masse brune contre le corps svelte de Timo. Grâce à moi. Moi. Leurs soupirs, mon orgasme avec Jean en moi et Abdoulaye qui mordait mes épaules.
Frénésie. Requin dans la masse. Le moment où il ne reste que la peau, la faim.
Tête vide. Chair pleine.
Mes bras autour de la nuque brûlante d’Abdoulaye. Les grandes mains de Yann sur mes hanches. Puis la poigne ferme de Jean. Puis les doigts crispés de Timo. Nos bassins humides qui claquent. Puis, Abdou gémissant dans mon cou : « T’es une déesse. »
« Oui ! »

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