Saison 1 - Épisode 4 - Ghosts From Marseille

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La pluie tombait sur Lisbon comme si la ville essayait d’effacer quelque chose.

Dans la Supra, personne ne parlait.

Alex mangeait silencieusement des céréales directement dans la boîte.

Joe fumait.

Luna regardait l’océan défiler derrière les docks.

Et Emmanuel conduisait.

Calme.

Trop calme.

Diana parlait dans les haut-parleurs.

— J’ai récupéré les logs du container rouge.

— Et ? demanda Emmanuel.

Silence informatique.

Puis :

— Les serveurs ne sont pas reliés à du trafic classique.

— Plus fort, Einstein.

— Merci Alex, répondit-elle sèchement. Les machines servent à faire transiter des identités numériques.

Joe fronça légèrement les sourcils.

— Des faux papiers ?

— Non. Pause.

— Des vraies personnes.

Silence.

Même Alex arrêta de manger.

Diana fit apparaître plusieurs visages sur l’écran embarqué de la Supra.

Passeports. Comptes bancaires. Historique médical. Empreintes.

Puis : tout disparaissait.

Comme si les gens n’avaient jamais existé.

Luna murmura :

— Ils effacent des humains…

— Ou ils en recréent, répondit Emmanuel.

Joe regarda la pluie tomber derrière la vitre.

Et soudain :

— Marseille aussi faisait ça.

Emmanuel tourna légèrement la tête.

Enfin.

Joe souffla sa fumée lentement.

— 2009. Port autonome. Containers fantômes. Des gens disparaissaient des systèmes. Plus d’identité. Plus de passé. Plus de dette. Plus de crime.

Alex fronça les sourcils.

— Attends… t’es en train de me dire qu’on peut littéralement effacer quelqu’un administrativement ?

Joe regarda Emmanuel.

— Ou créer des soldats parfaits.

Silence lourd.

Luna observa immédiatement Emmanuel.

Micro réaction.

Presque invisible.

Mais elle la vit.

Et elle comprit : Emmanuel connaissait déjà ce programme.

Pendant ce temps.

Rooftop de Saorie Nakamura.

Jazz japonais. Vent nocturne. Vue sur le Tage.

Saorie préparait un verre sans regarder l’homme assis face à elle.

Viktor Arseniev.

Les deux semblaient se connaître depuis longtemps.

Très longtemps.

— Elga remue beaucoup de choses, dit Saorie calmement.

Viktor sourit légèrement.

— Emmanuel a toujours été incapable de laisser les morts tranquilles.

Saorie posa le verre devant lui.

— Et toi tu continues à jouer avec des monstres.

Viktor regarda les lumières de Lisbonne.

— Le monde appartient aux monstres maintenant.

Silence.

Puis Saorie : très doucement.

— Tu oublies une chose.

— Laquelle ?

— Emmanuel déteste les cages.

Viktor eut un léger rire.

— C’est justement pour ça qu’il m’intéresse.

Triplex de Diana.

Diana travaillait seule.

Écrans partout. Code rouge. Ports européens affichés.

Puis : une caméra de surveillance s’activa toute seule.

Une plage.

Nuit.

Vide.

Et au milieu du sable : un homme.

Capuche noire.

Immobile.

El Cuervo.

Diana sentit immédiatement son ventre se serrer.

Le type regardait directement la caméra.

Comme s’il savait qu’elle observait.

Puis : très lentement…

il leva la main.

Et coupa la transmission.

Écran noir.

Diana resta figée.

Puis murmura :

— Euh… Les gars ?

Cabane d’Emmanuel.

Plus tard.

Luna était assise dehors face à l’océan.

Le chapelet tournait entre ses doigts.

Emmanuel arriva avec deux verres de whisky.

Elle prit le sien sans parler.

Long silence.

Les vagues frappaient fort.

Puis Luna :

— Tu connaissais Marseille.

Pas une question.

Emmanuel regarda l’horizon.

— Oui.

— Tu étais quoi exactement avant Caparica ?

Silence.

Long.

Puis :

— Quelqu’un qui faisait des choses utiles pour des gens inutiles.

Luna le fixa.

Elle comprit immédiatement : ce n’était qu’une partie de la vérité.

Puis :

— El Cuervo ne travaille jamais pour rien.

— Je sais.

— S’il est ici… c’est qu’il y a quelque chose de beaucoup plus gros derrière.

Emmanuel but une gorgée.

Puis : son téléphone vibra.

Message inconnu.

Une photo.

Deux enfants. Un garçon. Une fille. Quelque part aux États-Unis.

Et juste dessous :

“Tu leur manques.”

Le regard d’Emmanuel changea immédiatement.

Luna le vit.

Et comprit : le passé venait officiellement de rouvrir la porte.

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