Saison 1 - Épisode 10 - The Trap
L'explosion secoua tout le terminal.
Les vitres éclatèrent instantanément. Une onde de choc traversa le bâtiment comme un animal enragé. Des morceaux de béton tombèrent du plafond. Les écrans explosèrent les uns après les autres dans une pluie d'étincelles.
Pendant une fraction de seconde, plus personne ne vit rien.
Puis la poussière.
Le feu.
Les alarmes.
Et le chaos.
Au milieu de l'enfer, El Cuervo n'avait pas bougé.
Il regardait Emmanuel.
Comme s'il observait une expérience.
Comme s'il savait exactement ce qui allait arriver ensuite.
Luna fut la première à comprendre.
Elle attrapa Emmanuel par le bras.
— Ce n'est pas nous qu'il veut tuer.
Une seconde explosion fit trembler toute la structure.
Cette fois, beaucoup plus proche.
Emmanuel regarda autour de lui.
Les serveurs.
Les racks.
Les ordinateurs.
Tout était en train de brûler.
Alors il comprit.
Ils n'étaient pas venus éliminer des témoins.
Ils étaient venus effacer des preuves.
À l'extérieur, Alex roulait comme un fou entre les containers en flammes. Le quad sautait sur les rails, glissait dans les flaques d'eau, rebondissait sur les trottoirs industriels. Derrière lui, Joe conduisait le 4x4 comme un char d'assaut.
Pour la première fois depuis longtemps, Alex ne plaisantait plus.
Parce qu'il connaissait Emmanuel.
Et parce qu'il savait qu'à l'intérieur du terminal se trouvait aussi Luna.
Le problème n'était pas que Elga puisse mourir.
Le problème était que Luna puisse mourir avec lui.
Et ça...
Ça risquait de transformer Emmanuel en quelque chose de beaucoup plus dangereux.
Dans les haut-parleurs, Diana criait presque.
— Le bâtiment va s'effondrer !
— J'avais deviné ! hurla Alex.
— J'essaie juste de vous aider !
— Alors trouve-moi une entrée !
Diana pianota frénétiquement sur ses claviers.
Puis une carte apparut sur l'écran embarqué du 4x4.
— Tunnel de maintenance. Côté nord.
Joe écrasa sa cigarette.
— Accroche-toi.
Alex n'eut même pas le temps de répondre.
Le vieux militaire venait déjà d'enfoncer une barrière métallique à pleine vitesse.
À l'intérieur, Emmanuel avançait dans les flammes avec Luna.
Les deux progressaient rapidement entre les débris. Le feu gagnait du terrain. La chaleur devenait étouffante.
Mais quelque chose n'allait pas.
El Cuervo continuait de reculer.
Sans peur.
Sans précipitation.
Comme s'il les guidait quelque part.
Puis ils arrivèrent dans une salle beaucoup plus vaste.
Au centre se trouvait un immense écran encore allumé.
Une seule image.
Une liste.
Des centaines de noms.
Des centaines d'enfants.
Des centaines de destinations.
Le sang de Luna se glaça.
Elle avait déjà vu ce genre de listes.
Pas en Europe.
Pas au Portugal.
Mais elle connaissait les monstres qui les écrivaient.
Et elle savait ce que devenaient les enfants qui y apparaissaient.
Pendant quelques secondes, plus personne ne parla.
Même Emmanuel resta immobile.
Puis son regard s'arrêta sur deux lignes.
Deux noms.
Deux enfants.
Ses enfants.
Luna le vit immédiatement.
Et son cœur se serra.
Parce qu'elle comprit que la guerre venait de changer de nature.
Jusqu'ici Emmanuel combattait un réseau.
Maintenant il combattait pour sa famille.
Le silence fut interrompu par un applaudissement.
Lent.
Calme.
Presque élégant.
Viktor Arseniev apparut sur l'écran.
Assis dans un fauteuil.
Un verre de whisky à la main.
Comme s'il participait à une simple réunion d'affaires.
— Bonsoir Emmanuel.
La voix était douce.
Presque amicale.
— Tu as toujours été plus rapide que les autres.
Emmanuel ne répondit pas.
Viktor sourit.
— Regarde ce que tu as trouvé.
L'écran défila.
Des ports.
Des comptes bancaires.
Des politiciens.
Des entreprises.
Des magistrats.
Le réseau était immense.
Bien plus immense qu'ils ne l'avaient imaginé.
— Tout cela existe parce que des gens puissants en ont besoin.
Viktor but une gorgée.
— Tu ne peux pas arrêter un système entier.
Enfin, Emmanuel parla.
— Je peux commencer par toi.
Viktor éclata de rire.
Un rire sincère.
— Voilà pourquoi je t'apprécie.
Puis son regard devint plus sombre.
— Mais ce soir n'était pas destiné à te tuer.
Silence.
— C'était destiné à te prévenir.
La transmission coupa.
L'écran devint noir.
Et au même moment...
El Cuervo disparut.
Comme un fantôme.
Quelques minutes plus tard, Alex et Joe finirent par arracher une porte de service à l'aide du 4x4.
Cerb fut le premier à entrer.
Puis Alex.
Puis Joe.
Ils trouvèrent Emmanuel et Luna couverts de poussière, mais vivants.
Alex poussa un immense soupir.
— Bon. Vous êtes vivants. Je vais pouvoir recommencer à me plaindre.
Luna leva les yeux au ciel.
Joe regarda les flammes autour d'eux.
— On dégage.
Personne ne discuta.
Cette fois.
Tout le monde sentait que quelque chose venait de commencer.
Pas de finir.
De commencer.
Plus tard, très tard dans la nuit, Emmanuel était assis seul devant sa cabane.
L'océan était noir.
Les vagues frappaient lourdement le sable.
Les deux chats dormaient près de lui.
Dans sa main, il tenait la photo de ses enfants.
Il ne fumait même plus.
Il regardait simplement l'horizon.
Luna arriva silencieusement.
S'assit à côté de lui.
Ne posa aucune question.
Ne demanda aucune explication.
Elle resta simplement là.
Face à l'Atlantique.
À côté de lui.
Longtemps.
Puis Emmanuel murmura :
— Ils les ont approchés.
Le vent emporta presque les mots.
Luna regarda l'océan.
Puis posa doucement sa main sur la sienne.
— Alors on va les trouver avant eux.
Pour la première fois depuis le début de cette guerre...
Emmanuel ne regardait plus l'océan seul.
Et quelque part, très loin au large, dans l'obscurité de l'Atlantique, les premières pièces d'un jeu beaucoup plus vaste commençaient lentement à se mettre en place.

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