CLCQSM

7 minutes de lecture

Christophe Lagane, c’était l’archétype du type que tout le monde croit ordinaire, mais qui au fond, était bien au-dessus de la moyenne. Pas un milliardaire, loin de là, mais quand tu gagnes entre 9 et 14 mille euros par mois, t’as de quoi te faire plaisir. Ce n’était pas un enfant de la balle ni un héritier ; juste un gars avec des rêves de grandeur depuis tout petit. À seize ans, il décide que l’école, c’est pour les autres. Lui, il a mieux à faire. Il plaque le lycée, se lance dans les affaires, et là, bam, il trouve le truc, la faille. Ce petit truc qui fait que tu commences à grimper les échelons du succès. Le gars est une tête de mule, ouais, mais, bizarrement, il se remet constamment en question. « Mais attends, t’es en train de me dire que le mec est à la fois borné et autocritique ? Ça n’a aucun sens ! » Si, si, il y a une logique, t’inquiète. Il était patient, bosseur, mais aussi un peu hésitant, frileux quand il s’agissait de prendre des décisions cruciales.

Bref, Christophe mène sa petite vie tranquille. Un jour, il décide de s’offrir un petit week-end dans les Vosges. Oui, les Vosges, pas la Côte d’Azur. Entrepreneur, pas milliardaire, on a dit. Il se balade tranquillement, quand soudain... paf ! Pas écrasé par un camion, non, trop banal. Pas non plus par un train. Un mec, un inconnu, débarque et le plante sans raison. Christophe s’effondre, le sang coulant de sa plaie béante, et là, tout le monde panique autour de lui. Il se dit qu’il savait qu’on pouvait mourir à tout moment, mais il n’imaginait pas que ça arriverait si tôt. Et là, dans la douleur la plus extrême, alors que sa vision commence à se flouter, il se réveille... mais pas au paradis, ni en enfer. Non, dans un endroit totalement étrange.

Imagine un manoir, immense, avec des fenêtres rondes décorées de croissants de lune. Des bibliothèques, du sol au plafond, bordéliques à souhait. Y’avait même un livre par terre, couvert de poussière, intitulé "Futur, Futur et Rupture". Christophe, qui venait de se faire planter, a mal partout, surtout à la tête et au ventre. Complètement paumé, il regarde autour de lui, essayant de comprendre où il est. « C’est intrigant, n’est-ce pas ? » fait une voix, grave, qui résonne dans le silence.

Christophe sursaute et se retourne. Là, il voit un homme, peau noire, barbe d’un jour, cheveux courts. Pas le type à qui tu demandes l’heure, non. Il porte une toge bleu clair avec un croissant de lune brodé au centre, et autour du cou, un médaillon en forme de tête de mouton. Christophe, complètement largué, reste là, planté, et le type en toge lui fait signe de le suivre. Bon, il n’a pas vraiment d’autre choix, donc il obéit.

Après quelques pas dans cet étrange manoir, ils arrivent dans un bureau. Même style que le reste du bâtiment, avec des croissants de lune partout, des livres qui traînent et une ambiance un peu mystique. Le gars à la toge s’assoit et, très calmement, il se présente : « Je suis Celui Qui Siège, chef de la fabrication de la destinée humaine. » Christophe le fixe, les sourcils froncés. « La destinée humaine ? C’est quoi encore ce délire ? »

Celui Qui Siège esquisse un sourire, presque amusé par l’ignorance de Christophe, puis continue : « Chaque être vivant, chaque événement cosmique a une destinée écrite ici. Que ce soit un crocodile, une étoile, ou un simple entrepreneur comme toi. » Christophe, complètement sidéré, essaye de capter, mais c’est trop. « Attends, attends, tu me dis que ma vie a été écrite ? Que mes choix, c’était pas vraiment les miens ? » Celui Qui Siège se penche en avant, le regard pénétrant. « 99 % des choix que tu as faits ont été influencés. Même ta mort a été écrite par Aristote lui-même. »

Aristote ? Christophe a l’impression d’halluciner. « Mais pourquoi moi ? Pourquoi vous m'avez choisi ? » Celui Qui Siège fait mine de réfléchir un instant, puis répond : « Parce qu’on avait besoin de toi ici. Tu as un potentiel que tu n’as même pas encore compris. Ici, tu ne seras plus un simple humain. Tu seras un archi-humain. »

« Archi-humain ? Sérieux ? C’est quoi ce nom tout pourri ? » Celui Qui Siège rit doucement, puis continue : « Oui, le nom est nul, j’en conviens, mais ça n’a pas d’importance. L’idée, c’est que tu fais maintenant partie de la machine qui régit le destin. Tu écriras le futur de l’humanité, influenceras des événements, et parfois même, tu devras intervenir sur Terre. » Christophe, toujours sous le choc, essaye de tout digérer. « Attends, attends... donc, ça veut dire que je n’avais jamais de libre arbitre ? Que tout était planifié depuis le début ? »

Celui Qui Siège se lève, l’air un peu fatigué par toutes ces questions, puis déclare : « Jusqu’à maintenant, ton libre arbitre était limité, oui. Mais en tant qu’archi-humain, plus personne n’écrira ton destin. Tu seras vraiment libre. » Christophe, pensif, se passe la main sur le front, essayant de tout assimiler. « Mais alors, pourquoi tout ce cirque ? Pourquoi manipuler les destins ? » Celui Qui Siège prit une longue inspiration avant d’expliquer, d’un ton un peu plus détendu : « Bon, pour répondre à tes questions... Ce n'est pas les écrivains eux-mêmes qui choisissent le destin des gens. Sinon, ce serait un bordel sans nom, et il y aurait des fraudeurs à chaque coin de rue. Le fonctionnement est assez simple : tu alternes entre plusieurs postes, et tu t’occupes des parchemins à des horaires bien précis. Par exemple, le lundi, de 14h à 16h, tu t'occuperas du parchemin de Mich-Mich – tu rempliras les instructions, tu pourras y ajouter ta petite touche personnelle, et j’espère que tu ne laisseras pas trop de place au hasard. Ensuite, petite pause, bien méritée, et à 18h, hop, tu te plonges dans le rouleau de John Bidon. Chaque fois, tu changes de destinataire. »

Christophe écoutait, mais c’était comme essayer d’avaler une encyclopédie en une bouchée. « Et... à quoi ça sert, tout ça ? », osa-t-il demander. Celui Qui Siège eut un petit sourire en coin avant de répondre : « Voilà la question philosophique par excellence. Pourquoi, selon toi ? » Christophe hésita avant de tenter : « Pour... maintenir un équilibre dans l’univers ? » Celui Qui Siège éclata de rire : « Ni tort, ni raison, Niska » – il marqua une pause, un sourire narquois aux lèvres. « La blague réside dans le fait que ça se dit Ni Ska, t’as pigé ? » Christophe fronça les sourcils, pas vraiment convaincu par l'humour. « Bref, chacun a sa propre vision de la chose. Certains disent que c’est pour l'équilibre, d'autres pour la beauté du chaos ordonné. »

Christophe, encore sous le choc de tout ce qu’il venait d’apprendre, se rendit compte que sa tête était un véritable chantier. Pire que quand tu ressors d’un film de Nolan, où tu crois avoir tout compris, puis te rends compte que tu es perdu. Il se risqua à poser une autre question, un peu plus pragmatique : « Et donc... ici, on peut mourir ? Dormir ? Manger ? Boire ? Ou même, tu vois... se... se... reproduire ? »

Celui Qui Siège haussa un sourcil, amusé par l’embarras de Christophe. « Mourir, non. Mais tu peux ressentir la douleur. Et laisse-moi te dire que c’est trois fois plus intense qu’en bas. Pour ce qui est de dormir, manger et boire, oui, c’est possible. On fonctionne à peu près comme sur Terre, avec une certaine dose d'énergie qui diminue au fil du temps. Dormir, manger, boire, tout ça te permet de refaire le plein, de récupérer. Quant à la reproduction... c’est autorisé, oui, mais sous des conditions très strictes. Il faut des accords préalables. » Christophe, un peu mal à l’aise, hocha simplement la tête. « C’est tout pour les questions ? »

« Oui, je crois que ça ira », répondit Christophe. Celui Qui Siège s’adossa à sa chaise, les bras croisés. « Bien, bien... » Il marqua une pause avant de poursuivre : « Maintenant, tu vas avoir une semaine de validation. Pendant cette période, on va voir comment tu te débrouilles. Si tu fais les choses correctement, tu resteras parmi nous. Sinon... eh bien, on verra. Si tu as besoin de me parler, je te conseille de prendre rendez-vous au rez-de-chaussée. Je suis souvent débordé. » Il lui fit signe de la main, indiquant la porte. « D’ici une heure, tu es attendu dans la salle 73673, poste 143. Prépare-toi à entrer dans le grand bain. »

Christophe hocha la tête, se dirigeant vers la sortie. « Ok, tout va bien... » murmura-t-il pour lui-même, dans une tentative désespérée de se rassurer. « Rien de bizarre, tout est normal. La vie après la mort existe, et en plus, c’est une entreprise géante avec des bureaux et des horaires. » Il soupira longuement avant de se lancer dans les dédales du manoir.

L’endroit était immense, un vrai labyrinthe. Partout où il passait, des salles aux styles différents se succédaient. Les gens qu’il croisait étaient tous si... différents, visiblement de cultures et d’époques diverses. Mais un détail le frappa : il n’y avait aucun handicapé parmi eux. Une question de plus à ranger dans un coin de sa tête, déjà saturée.

Finalement, après avoir demandé des indications à quelques personnes qui semblaient aussi perdues que lui, il arriva devant la fameuse salle 73673. Il observa la salle devant lui : une grande pièce aux murs et plafonds blancs, décorée de motifs dorés. Des tables parfaitement alignées, chacune occupée par une personne écrivant sur des parchemins avec toutes sortes d'outils – plumes, stylos, machines à écrire... et même un type qui semblait graver ses mots avec un couteau.

Christophe inspira profondément. Il allait bientôt entrer dans la mêlée, écrire le destin de quelqu’un. Une pensée qui lui serrait un peu l’estomac. Il n’eut pas le temps de trop réfléchir, car un homme s’approcha de lui. Il était grand, large d’épaules, et sa voix rauque résonna comme une cloche dans le silence de la salle : « T’es nouveau, p’tite bite ? »

Christophe, pris de court pour la seconde fois en si peu de temps, bégaya : « Euh... oui... je viens d’arriver, je m’appelle Christophe. » L’homme tendit la main en souriant : « Maximilien. J’espère que tu sais écrire, Chris’. »

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Un Français Bizarre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0