Chapitre 3

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° ~ Nate ~ °

Aujourd'hui, c'est mercredi. Enfin. J'attends ce jour depuis... quatre jours exactement. C'est toujours comme ça. Une fois que j'ai quitté le ring, je ne rêve plus que d'y retourner. Je n'aime pas avoir mal, je n'aime pas recevoir des coups. J'aime avoir ce sentiment de puissance quand je parviens à renvoyer les coups, que je me défends. J'aime ce sentiment de liberté, quand l'adrénaline me traverse et que la seule chose que je ressens est le bien-être.

— Natacha, occupe-toi de ta sœur au lieu de rêvasser.

La voix de mon père est semblable à un râle, à peine compréhensible et marmonnée dans sa barbe. Depuis que maman est partie, il s'est renfermé sur lui-même. Mais, surtout, il m'en veut. Quand elle était encore là, c'est ma mère qui gérait la maison, qui la faisait tenir debout. Elle n'a jamais essayé de reboucher tous les trous dans cette famille détruite, elle a simplement essayé de ne pas les élargir davantage.

Raté.

Pour ne pas que mon père use ce qui lui reste d'énergie pour me sermonner, je m'approche de Cathia, la seule lumière de cette famille. Une lumière qui va finir par s'éteindre à force d'être engloutie par notre obscurité contagieuse. Moi aussi, j'étais heureuse, avant. Le résultat n'est pas très convaincant. Je ne veux pas que la même chose arrive à Cathia. C'est pour ça que je fais tout pour elle. Je ne la laisserai pas tomber. Pas après tout ce que j'ai dû endurer pour survivre à cette famille de fous.

— Nate, regarde.

Quand j'arrive à la hauteur de ma petite sœur, elle me tend son dessin pour que je le regarde. Celui-ci montre... heu... Un personnage qui tient une maison dans sa main gauche ?

— C'est très beau, lui réponds-je avec un grand sourire aux lèvres.

— Oui, c'est toi.

Mes livres s'étirent encore un peu et je me penche pour lui planter un baiser sur le haut de son petit crâne. Cathia est mon portrait craché : de longs cheveux bruns, des tâches de rousseurs et des yeux verts perçants. La différence entre ses yeux et les miens, c'est que les siens brillent d'avidité de la vie alors que les miens sont le reflet de ma colère.

Cathia fronce les sourcils, retroussant son petit nez, une moue boudeuse sur le visage.

— Tu as un bleu sur la joue, me dit-elle en approchant sa main de mon visage.

Je l'écarte délicatement et lui souris pour la rassurer.

— Ne t'en fais pas, Microbe. Je suis tombée il y a quelques jours.

Elle acquiesce et retourne à son dessin, enroulant sa main potelée autour d'un pastel. Quand Cathia se remet à griffonner sur sa feuille, je laisse mes pensées s'envoler vers mes problèmes. D'habitude, je ne me laisse pas aller en présence de ma sœur, mais, parfois, je n'arrive pas à faire autrement.

Mes pensées vagabondent vers ce qu'il s'est passé la semaine passée. On pourrait croire que ça m'a marquée, mais je commence à avoir l'habitude, en fait. Alors, je fais la forte, je joue à l'insensible et j'utilise mon sarcasme contre eux. Mais la vérité est aussi crue que leurs actes : j'ai mal et je n'arrive pas à oublier. Je n'ai pas mal physiquement ; je sais supporter les coups. Non, j'ai mal en mon for intérieur. Parce qu'à chaque fois que quelqu'un lève la main vers moi, je sens quelque chose se briser un peu plus en moi.

Je suis sur un petit radeau, je cherche désespérément à avancer, mais chaque rafale me retient un peu plus, et je vais finir par couler, qui sait jusqu'où.

— Nate, j'ai cassé mon pastel, renifle Cathia.

Je me tourne vers ma sœur, quittant mes pensées sombres, et je me concentre sur ce qu'elle me montre. En effet, le petit objet rouge est cassé en deux dans sa petite poigne.

— Ce n'est rien, Cat. On t'en rachètera, d'accord ?

Elle acquiesce docilement avant de poser ses pastels et de s'assoir sur mes genoux, son visage face au mien.

— Pourquoi t'as l'air triste ?

Je retiens ma respiration et souris pour sortir cette idée de la tête de ma petite sœur. Je ne veux pas qu'elle s'inquiète pour moi.

— Je suis un peu fatiguée, ce n'est rien.

— C'est parce que tu tombes trop souvent. Tu devrais faire attention, me sermonne-t-elle en fronçant les sourcils. T'as toujours des bleus quand tu rentres à la maison.

— Je ferai plus attention, Microbe, c'est promis.

Satisfaite de ma réponse, elle quitte mes genoux. Je n'aime pas le fait qu'elle remarque tous ces petits détails, chez moi. Les bleus sur mon corps, mon air attristé... Elle a tellement mieux à faire que se soucier de moi. Qu'elle prenne soin d'elle avant de se préoccuper de son état.

— Nate, je peux regarder la télé ?

Ses yeux suppliants me font céder. Comme à chaque fois. J'acquiesce et je donnerai tout pour pouvoir contempler cet air réjoui sur son visage quand elle se met à trottiner vers le canapé avant d'allumer la télévision pour lancer son dessin animé.

Inconsciemment, je souris.

Mais mes lèvres retombent rapidement quand j'entends un fracas sourd dans la cuisine. Cathia sursaute et se tourne vers moi, les yeux écarquillés.

— T'inquiète ! Je m'en occupe.

Je peux voir dans son regard qu'elle s'inquiète, mais elle se retourne et me tourne le dos pour se concentrer sur l'écran face à elle. Quand elle ne peut plus apercevoir mon expression perturbée, je me précipite vers la cuisine et trouve mon père assis par terre, un essuie vaisselle près de ses pieds.

Je soupire et m'accroupis pour l'aider à se relever. Il titube légèrement avant de se tenir au plan de travail qui fait le centre de la pièce. Son regard croise le mien et, quand je plonge mes yeux dans les siens, rouges et gonflés, je comprends qu'il n'est pas dans son état normal. L'odeur de la nicotine et d'alcool suffit à assembler les pièces manquantes du puzzle.

— Arrête avec cette merde, sifflé-je en le fusillant du regard.

Il hausse un sourcil et laisse échapper un rire sans joie.

— T'en as du culot, de me dire ça. Tu penses que je n'ai jamais remarqué l'odeur de cigarette dans ta chambre ? Et tous ces moments où tu es un peu trop heureuse, alors ? Ne me prends pas pour un con, Nate. T'es aussi bousillée que moi.

Je serre les dents. Je m'en doutais un peu, qu'il était au courant. Mais le fait qu'il le dise avec une telle désinvolture fait remuer quelque chose au fond de moi.

N'aimant pas être prise en tort, je lui rétorque amèrement :

— Peut-être, mais, moi, je ne suis pas père de famille, je ne dois pas veiller sur mes deux filles.

Il lève les yeux au ciel.

— Tu t'occupes de ta sœur, je n'ai rien à faire.

— Alors comme ça-

— Natacha, tais-toi, me coupe-t-il d'une voix sèche.

Je m'apprête à répliquer d'une voix tout aussi cinglante que la sienne, mais l'expression de son visage m'en dissuade. Ses yeux sont révulsés, son visage rouge de colère et, en cet instant, j'ai peur de ce qu'il serait capable de faire.

Mon père n'a jamais levé la main sur moi. Jamais. Mais il y a un début un tout. Je ne soupçonnais pas ma mère de pouvoir faire une telle chose. Ne jamais tirer de conclusions trop hâtives.

— Ne fais pas comme si tu ne comprenais pas, comme si rien de tout ça n'était de ta faute. C'est à cause de toi que je suis comme ça, c'est à cause de toi si tu es comme ça. Et, si ça continue, Cathia aussi deviendra comme nous. De toute façon, c'est tout ce que nous sommes dans cette famille. Des déchets.

Je retiens mon souffle devant la cruauté de ses mots. Comment ose-t-il dire de telles choses sans ressentir la moindre once de culpabilité ?

— Arrête de faire l'innocente plus longtemps, Natacha. Si tu n'avais pas agi comme ça ce soir-là, Cassie serait encore là.

Cassie. Mon père n'appelle jamais ma mère par son prénom. Jamais, sauf quand il est mal.

Je pourrais lui reprocher ses actes, mais je finis par croire que je l'ai mérité. Peut-être que je n'ai pas agi comme il le fallait, finalement. En fait, je l'ai compris au moment où je suis passé à l'acte, mais, récemment, cette vérité commence à prendre une place de plus en plus importante dans mon esprit.

De toute façon, il est trop tard, maintenant.

Je m'apprête à répliquer, mais je suis coupée dans mon élan par la petite tête de Cathia qui apparait dans l'embrasure de la porte.

— Nate ? Papa ?

— Tout va bien, mon ange, je me précipite de lui répondre. On discutait. Il y a un problème ?

Elle me dévisage un instant puis décide de prendre en compte le sourire que je lui donne. Presque timidement, ma petite sœur finit par acquiescer légèrement.

— La télé s'est éteinte toute seule, je n'arrive plus à la rallumer.

— J'arrive tout de suite, microbe.

Elle hoche la tête de haut en bas et fais demi-tour. Je soupire et me passe une main dans les cheveux. Avant que je ne quitte la pièce, j'entends mon père ricaner et les paroles qu'il murmure me font froid dans le dos.

— Joues à la grande sœur parfaite. Quand elle comprendra ce que tu as fait, elle ne pourra sûrement plus te regarder de la même manière.

J'accélère le pas et claque violemment la porte de la cuisine derrière moi. Je n'aime pas perdre mes moyens, je déteste ça. D'autant plus quand Cathia est si proche que moi. Elle ne doit pas me voir perdre mon sang froid, ne doit pas voir à quel point je hais notre père autant que je haïssais notre mère avant.

Quand je la rejoins au salon, elle est assise sur le canapé, serrant ses frêles genoux contre sa poitrine. Je fronce les sourcils et m'assois à côté d'elle.

— Tout va bien, Cat ?

Elle hausse les épaules et je lui presse gentiment le bras pour l'inciter à se confier.

— C'est juste que... Je n'aime pas quand t'es fâchée contre papa et quand il est fâché contre toi.

Je me force à sourire un peu plus.

— Tu ne fois pas t'en faire, tu sais ? C'est normal de se disputer, ça arrive à tout le monde.

Elle acquiesce, mais je peux voir qu'elle n'est pas convaincue.

— Dis, est-ce qu'on reverra bientôt maman ? Tu m'as dit que je la reverrai, mais ça fait un an qu'elle est partie...

En fait, ça ne fait pas encore un an. Ça fait neuf mois et une semaine.

J'ai peur de dire à Cathia qu'elle ne reverra pas notre mère. Mais je ne peux pas le lui dire, elle ne comprendrait pas. Et je ne veux pas qu'elle vive son enfance avec cette douleur dans la poitrine. Alors, je fais ce que je fais le mieux ces derniers temps. Je mens.

— Un jour, Microbe. Un jour, tu la reverras.

Elle ne répond pas, alors, je plante un baiser sur sa joue et me lève pour me diriger vers la télévision. Là, je déplace quelques câbles et, quand j'essaie d'allumer l'écran, cela fonctionne. Je suis heureuse de voir que j'ai réussi à faire apparaitre un petit sourire satisfait sur les lèvres de Cathia.

— Merci Nate, souffle-t-elle.

Je lui offre un sourire et prend la direction de ma chambre. Là, j'attrape mon sac de boxe, mon casque, une veste et, après avoir salué ma sœur, je quitte la maison, la musique vibrante dans mes oreilles.

J'aime la musique car je me noie dans celle-ci pour retrouver tout ce que je ressens dans les expériences des autres. Je n'écoute pas la musique, je la vis, et c'est ce qui fait toute la différence.

Sur le chemin de la maison jusqu'au club, j'enfonce mes mains dans mes poches et hoche la tête au rythme de la musique, essayant de faire le vide dans ma tête.

Aujourd'hui, comme très souvent d'ailleurs, mon père m'a énervée. Dans ce genre de moment, je suis plus qu'heureuse de pratiquer un sport de combat pour me défiler. Il me suffit de visualiser le visage de mon géniteur sur un sac de frappe, et puis frapper, frapper, frapper. Ensuite, la colère finit par lentement s'évacuer, mais jamais complètement. Car il n'est jamais bon de baisser toutes ses barrières. Il faut toujours se méfier. Car, si on ne le fait pas, on est surpris par la toxicité des gens et ce qu'ils sont près à commettre. Parfois consciemment, parfois non.

Ma mère en est la preuve même. Qui aurait un jour pu prédire que la belle, la grande, la sage Cassie décide de lever la main sur sa plus jeune fille ? Qui aurait un jour cru que cet évènement signerait sa descente aux enfers, entrainant à la suite celle de toute notre famille ? 

___

Hello ! Voilà pour le chapitre 3 ! Dites-moi ce que vous en pensez. 

Votre avis sur le père de Cathia et Nate ? 

Cathia ? 

Que pensez-vous de cette histoire avec la mère de Nate ? 

Vos prédictions/théories pour la suite ? 

Si vous avez aimé ce début, la suite ne devrait que vous plaire d'avantage ! Le chapitre suivant est déjà en ligne, n'hésitez pas à le lire également. 

N'oubliez pas les commentaires et les votes, ainsi que de me suvire sur mes réseaux si ce n'est pas encore le cas ! 

XO, Chloé

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