Chapitre 35 - Partie 3

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C’est à ce moment-là que quelqu’un toque à la porte puis entre : Thomas.

  • Bonjour tout le monde !
  • Salut Toto.
  • Salut.

Il fait quelques pas et s’arrête d’un coup.

  • C’est quoi ce trou ?
  • Ça, c’est Ceddy. Et estimons-nous heureux, ça a bien failli être ma tête ! lance Nate.
  • J’espère que t’as une bonne excuse, s’esclaffe mon autre frère.
  • Je trouverai. Bon allez, on met la table, ça aidera peut-être à faire passer la pilule.

Ils se regardent quelques secondes, j’imagine sans mal ce qui se trame dans leur tête. “Il rêve, là”, “On le changera pas.”...

Je lève les yeux au ciel et je file vers la cuisine. Dès qu’ils me rejoignent, la mécanique traditionnelle s’enclenche : l’aîné en charge des couverts, le benjamin gère les sets de table et les serviettes, et moi les boissons et condiments. On installe tout sur la table du salon, réservée aux grandes occasions, sans avoir besoin d’échanger un mot.

Je pose la carafe d’eau quand mes parents entrent. Ils parlent, rient, comme si tout allait bien et puis les voix s’arrêtent. Mon père est le premier à franchir le seuil de la salle à manger, une moue agacée sur le bout des lèvres.

  • Pourquoi il y a un trou dans mon mur ?

Nate et Thomas éclate de rire depuis la cuisine tandis que je hausse les épaules, coupable mais résigné et bafouille :

  • Je… je suis tombé… en accueillant Nate.
  • Tombé ?
  • Euh… Ouais… Je paierai les dégâts, bien sûr.

Ma mère secoue la tête, soupire, l’air exaspérée, mais attendrie.

  • Ah, mon fils… Quand est-ce que tu vas devenir sérieux ?
  • J’y travaille, maman… J’y travaille.

Elle s’approche, pince ma joue dans un petit geste affectueux qui me fait sourire malgré moi. L’orage semble évité.

Nous rejoignons Nate et Thomas, en pleine mise en place d’une partie de dés. Ma mère et moi commençons les préparatifs du repas pendant que les autres jouent. Elle épluche, je découpe, ajoute les morceaux dans le fait-tout avant qu’elle ne couvre le tout.

La partie jeu se déroule naturellement, entre rires, petites piques et coups de chance malchanceux. Le trou dans le mur devient une anecdote, dont je vais entendre parler encore longtemps.

L’odeur du repas qui cuit emplit la pièce. Le tintement des dés et des verres se mêle au parfum des sauces et des légumes sautés. Je me force à participer aux échanges, mais mon esprit est ailleurs. Sur cette double coche bleue. L’attente me ronge, chaque rire me paraît plus loin que d’habitude. Même la bière que j’ai prise, pour me donner un peu de courage, ne calme pas l’agitation dans mes veines. L’envie de Gin, lancinante, revient.

Je tente de me concentrer sur le jeu, je mime les réactions, mais c’est comme si mon corps avait envie de tourner en rond, de se défouler, d’être ailleurs. Et puis…

Bidip

Le son que je ne finissais plus d’attendre me fait sursauter. Je sors mon téléphone, un peu trop vite, quitte la pièce sans explication.

Le doute m’assaille d’un coup : peut-être qu’elle va m’envoyer bouler, peut-être que ce n’est pas elle, pas un message mais juste une notification quelconque…

Je m’astreins au calme et puis j’allume l’écran.

C’est bien un texto. De Maud.

Demain. 14h. Même banc.

Je relis le message plusieurs fois. Mon souffle se fige, mes mains se crispent. Un sourire idiot se dessine sur mon visage. Tout le reste disparaît : le bruit des dés, les voix de mes frères, le parfum du repas. Il n’y a plus que ça.

Demain. 14h. Même banc.

C'est peu. Et c'est tout. Tout ce dont j'ai besoin.

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