Un repas entre écrivain

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Ça y est, nous étions déjà tous attablés chez Paulette, comme tous les derniers samedis du mois, parfois même les premiers et quelques fois à la quinzaine.

Bon plus rarement il est vrai, mais c'est déjà arrivé, comme quand Maurice s'est fait quitter.

On l'avait tous deviné, ses textes le criaient, par des métaphores obscures, il avait dit-il "rejoint son spleen afin de l'embrasser". Alors on s'était réunis, une fois de plus, même Joan était là, bien que Maurice ne cessait de lui reprocher son style fantasque et "complètement évaporé". Il était pourtant devenu plus sympathique, moins ours grognon ces derniers temps, il avait rencontré l'Amour, mais ça n'avait pas duré. Parce que Maurice c'est un de ces aventuriers qui navigue sur les flots noirs, qui se roule dans des mares de tristesse et qui fait rejaillir le tout dans ses paroles après les avoir bien secoués. Mais il n'était pas méchant, ça nous en prenions conscience dès notre première rencontre bien que nous fûmes à l'unanimité étonnés qu'il accepte l'invitation.

Paulette (05 Janvier 2019 19:36) : Bonne année à tous, ça vous dirait qu'on se rencontre ? Samedi prochain, chez moi, autour d'un bon repas.

Paulette.

Maurice était seul, et ce club d'écriture en ligne, c'était devenu sa famille. Alors, c'est tout rougissant qu'il répondit "Je suis disponible".

Paulette elle était une vieille mémère, à qui le monde manquait cruellement et elle trouvait dans ses personnages un refuge que nul ne savait plus lui apporter depuis la mort de son mari.

Alors elle s'exclamait la Paulette, lorsque l'on débarquait tous, dans son petit appartement parisien pour partager un vers, une note, un repas.

Elle et Huguette étaient déjà bonnes copines, et bien qu'Huguette n'écrivait que des love-story que Joan exécrait et qualifiait de "mielleuses", ça ne l'empêchait pas de l'aider à se resservir, lorsqu'il constatait que ses mains tremblantes n'étaient plus coopératives.

Sally avait l'air de venir par courtoisie, toujours l'air de s'ennuyer.Elle s'asseyait au bout du salon dans un fauteuil et lisait éperdument en ayant l'impression d'y être seule.

Pourtant, on voyait bien ses sourires en coin et son soupir de bonheur lorsqu'elle prenait place autour de la table, et puis elle n'était pas exempt de conversation.

Au final, nous six, nous étions comme une famille : différents en tout point mais réunis par l'amour : celui des mots, cette passion dévorante qui nous poussait à partager nos récits et à nous nourrir d'encouragements.

Il n'était pas pour autant question de faux-semblants. Après tout, nous avions tous lu les quelques aventures libertines de Sally, dont son malin plaisir était d'y inscrire Histoire vraie.

Alors, quoi de plus à cacher ? Nous nous étions déjà tous vus nus, tout en restant habillés.

Ce soir-là était un peu particulier, car Hugo qui nous avait rejoint il y a quelques mois déjà, était venu nous présenter son bébé.

Paulette avait eu les yeux qui pétillent à l'instant même où elle le vit, un soupçon de jeunesse la ravissait à tel point qu'elle avait passé toute une nuit à confectionner un petit pyjama à pois rayés sur lequel était inscrit : Chef-d'œuvre de mon papa.

Même Sally que l'on entendait peu, n'avait pas cessé de s'occuper du bébé, et au fond de ses yeux je crus lire la fierté d'être tata, au moins un tout petit peu.

- Ilyan... C'est joli, mais j'aurais peut-être opté pour Arthur ou Guillaume, Paul ou Charles. Fit Maurice, désappointé.

- Moi, fit Joan tout en buvant d'une traite son verre de rouge, j'aurais plutôt dit Bram ou Stephen. Ilyan c'est trop...contemporain.

- Quoi ? Vous auriez préféré qu'il l'appelle Humbert ? Sally avait prononcé cette phrase tout en se saisissant de l'adorable.

- Quelle horreur, laissez donc cet enfant tranquille et finissez plutôt vos assiettes, ah, incorrigibles, il vaut mieux vous nourrir que vous écouter ! S'écria Paulette.

C'était ça au final leur club des six, six histoires parallèles qui n'auraient jamais dû coexister. Mais c'était sans compter sur l'amour des mots et du partage, l'envie d'éloigner la solitude et de faire briller les zygomatiques.

Il n'y avait jamais de silence que Maurice redoutait, parce qu'il savait que ça donnait de l'anxiété à Sally. Et puis il n'y avait jamais de silence car ces âmes enlacées avaient envie de hurler lorsqu'elles se rencontraient. On dansait, on chantait, on jouait du piano et buvait des vers qui s'entrechoquaient.

On était heureux de se retrouver et parfois de se confronter, même si Paulette tenait à ce que "la famille reste soudée."

Premier jet d'un tableau net que j'ai en tête, je le pose seulement afin qu'il germe.

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